Travailler fatigue avec Cesare Pavese
"Le jour sera tranquille, froidement lumineux,/ comme le soleil qui naît ou qui meurt/ et la vitre hors du ciel retiendra l'air souillé.// On s'éveille un matin, une fois pour toujours,/ dans la douce chaleur du dernier sommeil : 'lombre/ sera comme cette douce chaleur. Par la fenêtre/ un ciel plus vaste encore remplira la chambre./ De l'escalier gravi une fois pour toujours/ ne viendront plus ni voix ni visages défunts. // Il sera inutile de se lever du lit./ Seule l'aube entrera dans la chambre déserte./ La fenêtre suffira à vêtir chaque chose/ D'une clarté tranquille, une lumière presque./ Elle posera une ombre décharnée sur le visage étendu./ Les souvenirs seront des noeuds d'ombre/ tapis comme de vieilles braises/ dans la cheminée. Le souvenir sera la flamme/ qui mordait hier encore dans le regard éteint. " Souvent tristes et mélancoliques comme dans ce Paradis sur les Toits, tiré du recueil Travailler Fatigue, les poésies de Cesare Pavese valent pour leur simplicité lexicale (quelques centaines de mots peut-être travaillés avec acharnement) et par leur rythme singulier. La versification utilisée par le poète négligé constitue une tentative d'échapper au romantisme et de proposer une approche réaliste de l'Italie dans laquelle il vit, finalement assez proche de ce que proposera Pasolini ) pau près au même moment mais d'une façon plus radicale encore (Pavese ne recourt pas aux dialectes). Adossée solidement sur le vers italien (12 à 14 pieds en général, 13 presque tout le temps chez Pavese), la poésie de Pavese n'inspire pas cette régularité que provoque chez nous la longueur et la pureté de l'alexandrin. Au contraire, elle conserve sur chaque vers cet aspect granuleux et chaleureux des terres de Calabre, depuis lesquelles le jeune poète écrit, entre 1932 et 1935, la majorité des textes du recueil. Le livre NRF qui lui est consacré élargit le champ et couvre de fait toute sa poésie, incluant en plus de poésies de jeunesse, un second recueil, plus classique et peut-être moins intéressant que le premier baptisé La mort viendra et elle aura tes yeux. Ce titre est tiré du texte retrouvé par la police au chevet de l'écrivain communiste et antifasciste en août 1950, après qu'il "Il arrive qu'une femme rencontre une épave et qu'elle décide d'en faire un homme sain. Elle y réussit parfois. Il arrive qu'une femme rencontre un homme sain et décide d'en faire une épave. Elle y réussit toujours." Commentaires
De argh, posté le 12.07.07 à 12:27
![]() "Après qu'il se FUT fait sauter". je sais, ça sonne mal, mais c'est comme ça. De pradoc, posté le 12.07.07 à 13:13 ![]() Curieusement, à lire ta description de l'univers de Pavese, et de sa simplicité lexicale, j'aurais envie non de le rapprocher de Pasolini mais plutôt du peintre Morandi. Disons, que chez Pasolini, il y a assez peu de place pour la contemplation, que tout est toujours social et que son oeuvre s'intéresse peu à la lumière ou à la nature. De Montsé, posté le 15.07.07 à 10:02 ![]() "Il arrive qu'une femme rencontre une épave et qu'elle décide d'en faire un homme sain. Elle y réussit parfois. Il arrive qu'une femme rencontre un homme sain et décide d'en faire une épave. Elle y réussit toujours." Normal ! Il est tellement plus facile de se laisser entraîner dans les dérives que d'oeuvrer à devenir meilleur. Mais l'homme préfère mettre son manque de caractère ou de volonté sur le compte de la perversité féminine ! Ca ressemble bien à de l'Oscar Wilde. Pffft Homme de mauvaise foi !!! De willy, posté le 16.07.07 à 15:43 ![]() ça resemble à du sacha guitry De DIDIER, posté le 16.07.07 à 16:10 ![]() Cher pradoc - permettez moi de rectifier légerement votre propos concernant la poésie de Pasolini, " moins contemplative et plus sociale " que celle de Pavese - c'est une erreur - la production poétique de Pasolini, celle des années 40, quand il est encore tout jeune homme, cette italie Virgilienne - ce renouveau du pastoralisme est intimement liée à la contemplation mystique et sereine de l'environnement dans lequel encore insousciant et non déchiré par sa sursensibilité, le jeune poète évoluait alors - il est encore très proche du style de leopardi, d'une belle mélancolie et d'une délicatesse extrème, l'aspect sociale ne se développera qu'après l'exil à Rome, ou il connaitra la pauvreté, l'humiliation et le scandale - les poèmes de jeunesse, poèmes de casarsa, suites frioulanes sont eux eminemment influencés par les bosquets, les plaines, les montagnes et la vie rustique et désintéressées des populations locales, baignant dans une sensualité délicieuse et un rapport au monde dont il n'ont guère conscience, et dont la disparition; en partie provoquée par l'arrivée du monde industriel et la massification de la culture, donneront au pasolini de la seconde période la tonalité prophético - polémique que la plupart des amateurs de littérature ont retenu - Pavese, mais c'est une question de goût est poétiquement très loin de l'intensité lexicale de Pasolini - sa poésie, neutre, éthérée m'a toujours un peu ennuyée, contrairement à son journal, d'une très grande acuité psychologique, et d'une sincérité bouleversante - pour la poésie italienne, pavese est à rapprocher de Sandro Penna ou d'atilio Bertolluci qui ont exploité les mêmes ressorts thématiques - je conseille également de Pavese cette fois sa magnifique série d'essais critiques " poésie et société " qui révèle un cesare très engagé politiquement - et dont la rigueur théorique est très loin des atermoiements un peu pénibles auxquels nous avaient abusivement habitués ses poèmes - Ungaretti est lui aussi un grand poète italien, le meilleur d'entre tous étant probablement après Leopardi, umberto Saba, l'illustre auteur du canzionnere - pour la délicatesse de ton et le retour aux mythes anciens, carducci fera l'affaire au doux menu de l'évasion topographique- quant à Vittorini, l'excellent romancier et indépassable auteur des " conversations en sicile " qui avaient rendu malade de jalousie pavese, à cause de l'énorme succès littéraire ( et critique ) qui en suivit la publication, sa découverte est plus que jamais nécessaire en ses temps de troubles spirituels. Amitiés, didier BOUDET. De carnaki, posté le 10.11.07 à 22:17 ![]() Bien à vous , Je viens de lire la bio et je suis étonné de cette grossiere erreur et je vous l'accorde on ne peut plus macabre... "après qu'il se soit fait sauter la tête au pistolet dans un hôtel de Turin" c'est faux archi faux!!! Mais dans la nuit du 26 au 29 août, il se suicide en ingérant des sommnifères à l'hotel Roma de Turin. Merci de ne pas entacher une mort qui est propre à la douceur de s'effacer discretement et non pas avec violence . Pavese fût le poète de la tendresse , de la douceur , de la lumière qui lentement nous laisse la trace fugitive du souvenir. Merci Cesare d'avoir été un grand poète et de tes lumineuses images . Cordialement . Et désolé de cette funeste correction . Carnaki
De myosotis, posté le 11.11.07 à 12:18 ![]() Mille excuses Carnaki. Je ne sais d'où m'est venue cette info de suicide au pistolet. Mauvaise source sans doute, mauvaise doc, mauvaise vérification. Erreur grossière. J'en profite néanmoins pour faire un lien vers ce site très bien http://agora.qc.ca/thematiques/mort.nsf/Dossiers/Cesare_Pavese Ajouter un commentaire |
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