De la probabilité d'être lu dans le métroPosté par Myosotis le 22.06.07 à 17:37 | tags : elucubration
Le rêve de tout écrivain (je pense) est de pouvoir observer incognito, dans le métro par exemple, une jolie fille ou un homme en train de lire l'un de ses livres. Dans le silence de la contemplation (ok, entre les roumains qui mendient et les impros de violons mal accordés, les pleurs de gamins et les touristes qui traînent un sac de 10 m3 et menacent de vous exploser les rotules si vous ne tournez pas les genoux), l'écrivain peut alors juger sur pièce des effets de sa prose sur un visage et une conscience humaines. N'ayant jamais eu l'occasion d'assister à ce phénomène avec mes propres productions, j'ai essayé de réfléchir à la question : combien faut-il vendre de livres, quand on est écrivain, pour avoir une chance de croiser une jolie nana en train de lire l'un de ses livres dans le métro ? Le problème est évidemment mathématique et doit s'appuyer sur des hypothèses que d'autres, plus doués que moi en statistiques, pourront compléter si ça les amuse. Pour ma part, j'ai évidemment eu à maintes reprises l'occasion de croiser des lecteurs de Marc Lévy, de Jean d'Ormesson, de Beigbeder, de PPDA et Amélie Nothomb. Et je ne parle pas des lecteurs d'écrivains morts ou classiques, qui, de fait, se retrouvent hors champ de cette étude. Il semble donc que si vous vendez plus de 80 000 livres, la probabilité soit forte que vous puissiez par ce biais espionner vos lecteurs en toute discrétion. Le modèle est néanmoins neutralisé dans la mesure où VOUS ne pouvez peut-être plus (pour un tas de raisons) prendre le métro si vous vendez autant et êtes célèbre. Je n'ai jamais vu, du moins, l'un de ces auteurs sur aucune ligne francilienne. Reprenons néanmoins la modélisation : si on nomme x vos ventes totales, on peut considérer qu'à un instant t, seuls 10% de vos lecteurs lisent votre livre en même temps (le livre ayant une durée de vie de 6 mois). Si 20% de ces lecteurs habitent en région parisienne, le taux de lecteurs susceptibles d'être croisés dans le métro est de 10% de (20%x), 2% de vos ventes. En admettant qu'en heure de pointe, 1% des personnes d'IDF se retrouvent dans les transports en commun soit 0,02% de vos ventes en valeur absolue et que vous y trouviez aussi (posons 0,02% de chances), la probabilité que vous vous rencontriez, sachant que vous ne pouvez observer dans votre périmètre-wagon qu'une dizaine de personnes serait de l'ordre de 0,02 au carré divisé par 10 puissance 4. Au global (et si je ne me suis pas trompé), la chance de croiser un de ses lecteurs est de l'ordre de 4 x 10 puissance moins 6 ou 7, ce qui représenterait quelque chose comme x chances sur un million ou x chances sur 10 millions, ce qui est à la fois peu et assez, probabilité qui doit être divisé par 4/5 si on considère qu'1 lecteur sur 5 est un homme et redivisé par 1/3, si on admet qu'il y a une jolie femme toutes les 3 femmes (proportion un peu haute peut-être) Si vous vendez une dizaine de milliers de livres, ce qui n'est pas mal du tout, on voit très nettement, et selon les lois de la probabilité retournées de Terry Pratchett et Douglas Adams, que vous ne vendez pas suffisamment pour avoir des chances sérieuses de croiser l'une de vos belles lectrices et TROP pour que les probabilités se retournent sur elles-même et vous donnent ce bénéfice par accident. Il y a donc une presque impossibilité mathématique à ce qu'un écrivain de calibre "moyen-plus" accède au bonheur suprême, ce qui encore une fois, suffit à illustrer la vanité et la désespérance attachée à ce "métier". Je suis évidemment preneur de toute démonstration qui nierait cette triste réalité ou de toute expérience qui la contradirait. (A suivre donc)
Commentaires
De Lil', posté le 22.06.07 à 20:29
![]() Arf ça dépend de ce qu’on entend par « calibre moyen »…
Perso, j’étais absorbée dans un énième ouvrage de R. Confiant. Tête plongée dans mon livre, j’ai malgré tout senti un regard pesant sur moi.
Pffff encore un gros relou de la vie ! Puis au bout de quelques stations ça commençait à m’agacer très sérieusement car ça me déconcentrait (chui assez grognon le matin), je lève les yeux (la version regard noir) pour que ce cinéma cesse, et qui vois-je ? L’auteur himself !
Le temps de réaliser, de passer en 2s de l’agacement à un sourire connivent, il est descendu en me laissant un regard simple « je vous souhaite une bonne journée ». Bon il y’a eu Tahar Ben Jelloun, mais ce n’étais pas dans le métro, ça compte quand même. Enfin ceci étant, je reprends le métro depuis peu, et j’ai relevé qu’il n’y avait pas énormément de personnes qui lisaient. Il y’a soit, l’occupation au lecteur Mp3, soit à ma grosse consternation des personnes scotchées au téléphone à nous faire suer (je reste polite, mais c’est à un autre mot que je pense) en étalant leur vie, quand ça capte entre 2 stations! De Anne Onyme, posté le 22.06.07 à 23:33 ![]() A paris la proportion 1 belle femme pour 3 est respectée.. maintenant chez les bouseux.. De Alex, posté le 23.06.07 à 09:27 ![]() Lire des classiques dans le métro, quelle infamie ! De Jérôme, posté le 23.06.07 à 16:30 ![]() Pour vous rassurer, imaginez le calvaire du musicien qui trépigne en regardant toutes ces jolies têtes casquées d'un ipod ou autre baladeur... De celec, posté le 24.06.07 à 17:37 ![]() Bonjour à tous, Je ne sais pas s'il est possible de lire des classiques dans le métro, mais je vous propose de lire mon roman inédit "Buseness" en ligne, sur mon blog ! Chaque semaine de nouveaux extraits, n'hésitez pas à me laisser vos commentaires ! Il s'agit d'un thriller qui se déroule dans une entreprise... De Montsé, posté le 24.06.07 à 23:02 ![]() Je vis à la campagne, par conséquent, je prends peu souvent le metro. La dernière fois, je me rendais à la foire du livre. Je lisais "Foudres de guerre". Pas de chance...
De Hubert Guillaud, posté le 25.06.07 à 10:56 ![]() C'est horrible les mathématiques, ça tue toute part de rêve. De meteomarine, posté le 25.06.07 à 13:00 ![]() De la probabilité de rencontrer l'auteur du livre que je suis en train de lire dans le métro. Etant donné que dans mon salon de lecture (le métro) je lis principalement des auteurs comme Borges (ce matin), Vila Matas (la semaine dernière) et tant d'autres de même farine, je risque peu de tomber nez à nez avec eux au détour d'un couloir de Havre Caumartin ou de l'escalator de Bonne Nouvelle. Une image m'a longtemps hantée. C'était sur la ligne 1, rame ouverte vers la Défense. Debout au milieu, je lisais, si je me souviens bien, le rendez-vous secret d'Abe Kobo. J'ai levé les yeux. Et j'ai vu, tout au long de la rame, des têtes penchées sur le Da Vinci Code. Après quelques secondes d'angoisse, j'ai pensé "toute lecture en amène forcément une autre". Et je suis repartie dans Abe Kobo que je rencontre souvent dans ce lieu. Comme bien d'autres. Il suffit de se laisser aller. En fait, être lectrice, dans le métro, c'est bien mieux qu'être auteur... . De Montsé, posté le 25.06.07 à 22:07 ![]() Myosotis a l'air de bien aimer les chiffres. Marc Levy en 2 heures et 58 minutes c'était pas mal aussi. Il faut arrêtre de parler de Lévy, tu lui fais de la pub !!!
De greg, posté le 26.06.07 à 11:05 ![]() 2 conseils de matheux si tu veux faire remonter la probabilité : 1 - en considérant que la proportion de lectrices/passager est identique a n'importe quelle heure de la journée, passe 15 heures d'affilée dans le métro et tes 2 lectrices quotidiennes ne sont plus très loins ! mais rien ne dit qu'elles soient jolies... 2 - en admettant l'hypothèse que les étudiantes en lettres sont aussi impliquées dans les lectures que les critiques ou les auteurs eux-mêmes mais plus faciles à "encercler", concentres tes 15 heures de métro autour des facs et c'est gagné !! et la proportion de jolies étudiantes en lettres est assez élevée d'ailleurs... De Lolla, posté le 26.06.07 à 12:04 ![]() Un peu obsédés les mecs ![]() De Vittorio Conte, posté le 24.09.08 à 20:21 ![]()
Votre étude est amusante mais erronée, établir des statistiques même inexactes n'est pas l'appanage de tous. De plus le paramètre de la "belle femme" est un peu gênant, si j'étais un auteur, je préfèrerais et de loin, des lecteurs qui ne soient pas des adonis ou des vénus mais des personnes dotées d'intelligence et de sensibilité, cer qui n'enlève pas la possibilité aux personnes canons d'être capable de lire.... Plutot que d'en arriver aux paramètres de cette étude, il m'interesserait de connaitre quelle est la probabilité d'être édité, j'ai lu sur le site d'un éditeur qu'ils recevaient en moyenne 500 manuscrits par mois et que 5 étaient retenus......Bigre ..... Ajouter un commentaire |
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