Le Dernier Nabab : chef d'oeuvre inachevé
Dernier livre de Francis Scott Fitzgerald, le Dernier Nabab aurait sans nul doute été un aussi beau et grand livre qu'il a été un bon film de cinéma - Elia Kazan, Robert Mitchum, Robert De Niro. Fitzgerald, en 1940, n'est plus que l'ombre de celui qu'il a été quinze ans avant. Sa flamboyance dont on peut lire les traces anciennes sur son visage, devenu rouge et soufflé, sent désormais le gin à plein nez. Fitzgerald prend appui sur la vie du producteur Irvin Thalberg pour inventer Monroe Stahr, le producteur héros du Dernier Nabab (The Last Tycoon). Au lieu de peindre, comme cela deviendra la mode plus tard, un Hollywood d'opérettes où les crocs sont tirés sur les ambitions, les superficialités en 1ère couche, Fitzgerald donne un point de vue incroyablement équilibré mais désabusé sur les choses de la vie et du cinéma. Monroe Stahr est un producteur jadis précoce (il a démarré à 23 ans), qui à la quarantaine est essoré. Sa femme est morte et il s'abrutit dans le travail, enchaînant les réunions et les visionnages de rushes, prenant dix décisions à la minute, sur un rythme enivrant. Stahr souffre du coeur et n'a sûrement plus que quelques mois à vivre. Il y a une langueur et un érotisme somptueux dans le Dernier Nabab qui font de ce livre dont il manque un bon tiers (celui-ci a été reconstitué à partir des plans de l'auteur si bien qu'on connaît la fin et qu'on peut en lire un résumé) une sublime balade introspective. Le personnage de Monroe Stahr est d'une épaisseur dramatique impressionnante et sûrement le plus beau personnage de Fitzgerald, le plus crédible, le plus incroyablement américain qu'il ait jamais inventé. Note : j'en profite pour signaler la sortie d'un numéro hors-série de la revue Transfuge, consacré entièrement à l'oeuvre de Fitzgerald. Le dernier nabab
Commentaires
De martin, posté le 28.06.07 à 08:45
![]() C bizarre tout le monde se met à parler de fitzgerald en ce moment : ila fait un nouveau livre ou quoio ? De Nicolas, posté le 28.06.07 à 14:13 ![]() Le film de Elia Kazan passe ce soir au "Quartier Latin" 9 rue Champollion dans le 5ème ![]() De stael, posté le 03.07.07 à 19:17 ![]() Très curieux, en effet, tous ce passe comme s'il était dans l'air... Le 16.06.2007, Transfuge (très bon N°) n'était pas sortit, on ne parlait de la nouvelle traduction de Gatsby, pourtant je n'ai pu m'empêcher de l'évoquer, à la volé et pour des raison très personnelles, sur mon blog... Et maintenant le voilà partout en même temps... Esprit es-tu là ??? De En même temps,, posté le 04.07.07 à 10:24 ![]() Il faut préciser que ce n'est pas un hasard si Myosotis s'est fendu d'une notule sur le sujet. Il a lui-même collaboré au numéro hors-série de Transfuge, sous son vrai nom (Benjamin Berton, pour ceux qui ne le savent pas encore). Il est donc logique, sinon normal, qu'il en fasse la promotion... au détour d'un hommage inspiré au dernier roman de Fitzgerald. De myosotis, posté le 04.07.07 à 13:17 ![]() C'est vrai que je n'avais pas pris la précaution de mentionner ma participation plus qu'anecdotique (1 page) à ce supplément d'une revue dont je n'avais jamais parlé jusqu'à présent mais qui a été évoquée ici à plusieurs reprises, par d'autres (Maxence notamment). Ca m'a donné l'occasion de lire ou relire Fitzgerald et donc de reproposer quelques balises dans son oeuvre via le blog. Loin de moi l'idée de forcer quiconque à acheter ce supplément qui coûte la peau des fesses (7,90 euros, j'ai vu ça hier en kiosque) et que je n'achèterai pas non plus (pour cette raison), même s'il a l'air intéressant. En disciple de feu Schneidermann (la critique de la critique de la critique), je prends sur moi cette faute (excusable, j'espère) déontologique. Ajouter un commentaire |
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