On approchera traditionnellement avec le respect réservé à la souffrance une BD comme Chaînes de
Jorge Garcia et Fidel Martinez qui parle des femmes emprisonnées par l’Espagne fasciste dans les années quarante dans des conditions inhumaines etc… On traînera aussi peut-être discrètement les pieds devant encore un autre « devoir de mémoire » à faire après une dure journée de boulot. Le truc c’est que bon, je me suis déjà souvenu de la traite des noirs, du déportement des paysans chinois et de Grégory Lemarchal cette semaine, messieurs, autant de choses qui ne me touchaient déjà pas directement alors que j’ai toujours ma fichue connexion Internet que je n’arrive pas à réparer et des vieilles feuilles de maladie que j’aurais déjà du envoyer depuis longtemps.
La lecture de Chaînes ne surprend pas : les « témoignages » de ces femmes emprisonnées qui bravent leurs cruelles geôlières en organisant des « concerts » dans les toilettes, qui apprennent à lire et écrire pour témoigner de leur souffrance ou qui se font violer par des gardes sont plus ou moins touchant, plus ou moins révélateurs d’une profonde vérité humaine, etc… Le travail du dessinateur est très expressif à défaut d’être très clair et vaut sans doute celui d’un autre qui aurait fait le choix inverse. En vérité tout ça n’est évidemment pas très sexy mais s’acquitte parfaitement de sa tâche, tout comme la préface de l’historien qui explique combien, en gros, se souvenir est important. Et c’est vrai.
Je l’ai lu donc et je me souviendrais. C’est fait. Envoyez les handicapés stérilisés de Suède, les morts d’Irak et tout le Darfour : je suis prêt. Le truc c’est que faire son devoir, ce n’est pas très marrant, ce n’est pas non plus forcément toujours enrichissant, mais ce n’est pas pour ça qu’on doit le faire. Une chose est certaine cependant, si on veut conserver un peu d’amour de soi, on est bien obligé de le faire.
Chaînes
Jorge Garcia et Fidel Martinez
Racham