La littérature américaine est-elle soluble dans l'alcool ?Posté par Myosotis le 24.05.07 à 14:07 | tags : elucubration
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Tout d'abord, rappelons que si Fitzgerald, Hemingway et London peuvent être considérés comme les Pères Fondateurs de la littérature américaine, c'est tout simplement parce qu'ils donnent naissance aux trois veines thématiques et stylistiques romanesques les plus riches du pays : aventure, anticipation, style bûcheron poétique pour London qui est le plus vieux de la bande (1876-1916) et fonde le "roman pionnier" (dont on trouvera la trace aisément dans divers courants SF jusqu'à aujourd'hui), aventure, engagement, baroude et roman-somme, sur style journalistique poétique pour Hemingway (1899-1961), qui donne le "grand roman US", mondanités, drames psychologiques et belle société cruelle sur style luxe et enluminures cheap pour Fitzgerald (1896-1940) qui donne le "roman socio- glamour". Si ces trois monstres picolent et en meurent, et si la littérature américaine picole dans la foulée (Poe, Bukowski, Vollmann) ou se came (Ellis, Burroughs, Vollmann), c'est bien parce que les conditions socio-historiques du pays et les vies intimes des bons écrivains américains les y incitent. Faut-il y voir une tentative de rédemption après le massacre des Indiens ? Bof. Ou alors une origine prolé-pionnière qui donnerait à tout citoyen américain un profil de trappeur habitué à son petit remontant ? Re-bof. Plus sérieusement, et si l'on s'en tient à ces 3 cas, on peut cibler les sources de l'alcoolisme littéraire américain dans 3 directions : 1. une origine sociale contrariée. Les trois hommes se tiennent mal dans leur classe sociale. Ils vivent mal le rêve américain et ne se sentent pas capables de supporter la place sociale que leur a accordée leur succès littéraire. Fitzgerald est un perpétuel déclassé qui aurait préféré être footballeur et qui a toujours vécu sa richesse comme instable et éphémère (elle le sera puisqu'il terminera comme scénariste de second ordre à Hollywood). London trimait pour maintenir son standing et financer ses rêves de navigation, accusant une sorte de culpabilité vis à vis des travailleurs qu'il avait quittés. Hemingway est une fin de ligne, élevé comme une fille dans une famille presque riche; il est de son milieu sans en être et dira de sa famille qu'ils avaient des "pelouses étendues, mais des esprits étroits" 2. une conception de l'écriture paradoxale : pour l'écrivain américain, écrire est une activité qui n'a pas la valeur européenne. Les trois 3. Un romantisme contrarié : le cas Hemingway se prête un peu moins à l'analyse mais les trois auteurs partagent néanmoins une infidélité/fidélité amoureuse assez étonnante. Grands séducteurs malgré eux (Fitzgerald multipliera les conquêtes mais n'abandonnera jamais sa femme devenue folle, Hemingway se mariera quatre fois mais restera toujours seul et fidèle à son premier amour, London deux fois), ils sont tous les trois ambivalents par rapport à leurs propres aspirations amoureuses, déchirés qu'ils sont entre le playboy cowboy et l'homme tendre. Cette ambivalence fonde l'homme américain moderne jusqu'à aujourd'hui. Ce qui plane sur cette psycho-analyse de bazar, c'est bien que l'écrivain américain est victime sur le plan de la vie personnelle mais bénéficiaire sur le plan littéraire de la différence de statut de l'écriture entre l'Europe et les Etats-Unis. D'un côté de l'Atlantique, la sacralisation de l'acte créateur permet de stabiliser l'auteur à succès (le coupant d'une inspiration et d'une méthode dilettante qui donnent tout son sel à l'art américain). De l'autre, la dégradation du genre ou sa non-reconnaissance absolue (on préfère un sportif ou un financier à un écrivain) condamne l'écrivain à vivre intérieurement entre deux mondes et donc à souffrir. De là, on peut conclure en disant qu'un écrivain français qui boit est un misérable, tandis qu'un écrivain américain qui boit est un homme courageux.
Commentaires
De vento, posté le 24.05.07 à 14:33
![]() Et Faulkner, c'est du mazout ? Bordel, me voilà énervé, mais vraiment! Je tape le crypto (adéquat): POIRE De Maxence, posté le 24.05.07 à 14:39 ![]() Carver pareil... De Mami, posté le 24.05.07 à 14:39 ![]() Les trois hommes alignent les travaux alimentaires, torchent certains récits et produisent pour vivre. Leur image de soi trinque puisqu'ils ont tous les trois l'impression de sacrifier leur talent ou plus justement de ne pas s'être réalisés. C'est très embêtant ça. Il ne faut pas demander ce qu'ils auraient pu produire en plus s'ils avaient eut droite à : Le RME, enfin, mettrait un terme à cette inégalité scandaleuse qui fait qu'on privilégie aujourd'hui les futures actrices de la Mouette ou d'Iphigénie, aux auteurs dramatiques et futurs fournisseurs de chefs d'oeuvre pour le patrimoine. Quoi que si le revenu devait finir noyé dans une bouteille de whisky... Ah tous ces artistes !!! De davidk, posté le 24.05.07 à 14:43 ![]() Comme ça, vite fait ? Le billet rappelle un peu Se noyer dans l'alcool, d'Alexandre Lacroix au PUF en 2000... Sans plus. Romantisme contrarié (Aimer), conception de l'écriture paradoxale (travailler), origine sociale contrarié (vivre), mouais... ces pistes sont tout au plus sympathiques, l'origine du mal-être américain, la recherche de la figure du papa écrivain américain alcoolique... manque quoi ? le contexte de certaines période traversée, peut-être ? La naissance de l'alcoolisme comme maladie et de la "rehab" comme religion ? La représentation (ou non) de l'alcool et de l'alcoolique dans leur oeuvres ? non ? L'alcool tue, certes mais je pense que l'affaire reste à creuser, là. De EW, posté le 24.05.07 à 15:27 ![]() Et bien creuse DK creuse je suis tout ouïe crypto : shoot (fais moi un) De M, posté le 24.05.07 à 16:38 ![]() "-roman pionnier. -grand roman US (appellation d'ailleurs mal choisie à mon avis) -roman socio- glamour" donc : Phenimore Cooper avant London. Edith Warthon et henry James avant Fitzgerald. Melville avant Hemingway.
Cher Myosotis, la littérature américaine n'est pas née avec le XXe siècle. De ..., posté le 24.05.07 à 18:29 ![]() ... De teufel, posté le 24.05.07 à 22:08 ![]() Erreur De myosotis, posté le 25.05.07 à 11:14 ![]() J'admets volontiers que mon analyse ne va pas très loin. Le fait est qu'il y a statistiquement plus de grands écrivains US poivrots qu'ailleurs ? La liste est ultra longue et ça ne s'explique pas vraiment. Je n'ai fait qu'attirer l'attention là-dessus mais n'ai pas réussi à trouver d'explication valable, ce que je dis d'ailleurs dans le billet. En ce qui concerne le roman US et cette tentative de classification, il me semble (là encore, il reste du boulot à faire) que le trio dont je parle présente un profil de rupture entre la littérature US précédente que je vois très attachée aux formes, aux représentations et aux modes d'écriture européens et ce que je considère comme la vraie littérature américaine, laquelle naît entre le XIXème et le XXème siècle et se prolonge aujourd'hui si singulièrement. Je connais mal Edith Warthon, mais très bien Melville et Cooper. Ces deux auteurs ne sont pas si américains que ça et n'ont pas modifié autant que London, Hemingway et Fitzgerald l'univers représentatif, référentiel et socio-formel du roman. D'où ma conclusion. Quant à Faulkner, il reste pour moi une énigme. Malgré les tentatives de la presse pour nous refourguer des milliers d'héritiers, je n'ai jamais lu que des imitateurs. Pour moi, sa postérité est réduite. Les 3 autres ont des héritiers puissants et des filiations diverses (Ellis, DeLillo, Vollmann,...). Pour moi le seul vrai héritier de Faulkner est Nialls Griffiths mais il est anglais ou gallois. De Lolla, posté le 25.05.07 à 11:47 ![]() Il est gallois mais né et grandi en Angleterre (et en Australie je crois). De dk, posté le 25.05.07 à 16:10 ![]() @ EW Oh tu sais moi, ce que j'en dis... -parole de garagiste - De Gérard, posté le 25.05.07 à 19:47 ![]() Soluble, ô que non ! La sobriété qui les habite est plus profonde que les flots d'alcool qu'ils se sont envoyés ! De greg, posté le 25.05.07 à 20:10 ![]() Et steinbeck alors, c'est quel style ?? socialo-journalistique (un peu comme 90 minutes sur C+ ??) De Gérard, posté le 28.05.07 à 21:30 ![]() Non Steinbeck c'est du bon gros style épique de l'amérik en train de devenir elle-même, mâtiné d'un arrière-plan biblique (l'est d'eden) et de connaissances orientales. De Question, posté le 01.06.07 à 15:51 ![]() DK est garagiste... comme Dash ! ![]() De vento, posté le 24.11.07 à 02:24 ![]() Jolie analyse de Deleuze sur l'alcoolisme des écrivains américains. http://www.youtube.com/watch?v=ZGyuB4f7_IQ De triezieme art @yahoo, posté le 07.04.08 à 14:31 ![]() On rencontre des gents qui disent des choses ca depend des bar 5 etoiles ou 0 etoilles on joue pas la commedie on boiiiiiiiiiis et on degggggeulle sur la societe de la biere de merde des cigareeete de merde alcooool tierccce et cigarettte parlez pisssez et reveeer merde faut rever 13 eme art De Greg, posté le 10.04.08 à 16:10 ![]() Il y a les alcolos et ensuite les drogués. Vous savez que le nouveau Philip K Dick vient de sortir ? Quand on sait que ça fait un paquet d'années qu'il a passé l'arme à gauche... On nous prend pour des cons. Lui c'était les amphets De Ariel, posté le 10.04.08 à 16:40 ![]() "Les voix de l'asphalte" n'est-ce pas ?! Oui, on en parle un peu partout . Ils sont à la bourre chez mille feuilles ! **
De vento, posté le 11.04.08 à 13:49 ![]() http://fr.wikipedia.org/wiki/Gueule_de_bois De kirsten, posté le 13.05.08 à 14:28 ![]() jaime bien ctete analyse (jugement tout a fait subjectif)
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