L'armée des 12 Rufin
Ce n'est pas parce qu'il se vend comme des petits pains qu'il faut négliger complètement ce roman de Jean-Christophe Rufin, l'un de nos auteurs français les plus anglo-saxons friendly. Rufin n'est définitivement pas un styliste et son cas ne s'arrange pas au fil des ouvrages : il écrit maintenant aussi gros qu'il est imprimé, a considérablement simplifié (appauvri) sa langue pour aller droit au but et se consacrer à ce qui l'intéresse : le mouvement narratif, la fiction pour elle-même. Si le parfum d'Adam est à la littérature ce qu'Axe est à la parfumerie, il constitue néanmoins, dans le domaine des best-sellers et thrillers internationaux, une senteur rare et raffinée. Ici (vous avez dû le lire ailleurs, alors je passe très vite), Rufin s'intéresse aux mouvements écolo extrêmistes, en suivant une jeune femme, Juliette, qui après avoir libéré des animaux en Pologne va remonter le cours d'un complot planétaire visant à éradiquer (pour le bien de l'écosystème Terre) l'homme de ce monde. L'intrigue nous mène, façon James Bond (on change de lieux toutes les vingt pages et de plan toutes les 7 secondes, comme dans un vrai film), aux quatre coins du globe où notre Juliette accompagnée de quelques associés assistants se lance à la poursuite de dangereux écoterroristes. Rufin a beaucoup voyagé et en fait profiter son public : Etats-Unis, Brésil, Cap Vert, Pologne, ça vadrouille sec et vite dans des décors en panavision très dépaysants et soutenus par des descriptions réussies. Le suspense a quelques difficultés à suivre tant de péripéties mais s'accroche et résiste bien jusqu'à céder enfin dans les dernières pages comme on s'y attendait. Tout l'intérêt du livre est, par delà son efficacité intrinsèque impressionnante, de nous dresser un tableau complet et intelligent de cette mouvance écologique que nous ne connaissons pas chez nous et qui intrigue dans l'ombre. La présentation de Rufin est un prolongement naturel et bienvenu des débats que Hulot et les autres ont essayé (en vain) d'introduire dans la campagne, un vrai tour de force pédagogique qui témoigne de son constant et louable souci de dire le monde d'aujourd'hui. Si la portée du livre au final est plutôt moindre que celle d'un bon film tel que l'Armée des 12 Singes, à des lieux de la finesse et de la subtilité de la Course au Paradis () de JG Ballard, à des coudées lumière du Dernier Monde de Céline Minard (1ère partie), le parfum d'Adam reste un vrai travail de pro, une fragrance qui tient certes un peu trop au corps, simple mais pas vulgaire, dont on peut s'asperger allégrement sans craindre de gêner ses voisins de chambrée.
Commentaires
De Montsé, posté le 11.04.07 à 18:38
![]() "Ce n'est pas parce qu'il se vend comme des petits pains qu'il faut négliger complètement ce roman de Jean-Christophe Rufin" Je trouve cette formule assez comique. Et surtout, elle aurait tendance à prouver que vous fonctionnez à contre courant, car justement, c'est parce qu'il n'est pas négligé du public que le roman se vend comme des petits pains !!!! Sinon ceci aussi m'intéresse : "Rufin n'est définitivement pas un styliste et son cas ne s'arrange pas au fil des ouvrages : il écrit maintenant aussi gros qu'il est imprimé, a considérablement simplifié (appauvri) sa langue pour aller droit au but et se consacrer à ce qui l'intéresse : le mouvement narratif, la fiction pour elle-même". J'y reviendrai plus tard, pas trop le temps, là. Ciao ! De M, posté le 11.04.07 à 18:39 ![]() Visiblement, ces histoires de bug ne sont pas encore terminées ! De Montsé, posté le 11.04.07 à 23:15 ![]() Je viens de terminer un roman de Valério Manfredi où le style est justement fort épuré, pour ne pas dire simplifié et encore moins appauvri. Ses descriptions sont brèves et précises, juste ce qu'il faut pour apporter un peu de couleur et d'ambiance. Et comme tu dis : "Il va droit au but et se consacre à ce qui l'intéresse : le mouvement narratif, la fiction pour elle-même". A ce sujet, je me pose des questions depuis longtemps. J'ai soulevé "le lièvre" récemment avec un commentaire dans la notule "Walter Benjamin et la mort de Lénine" que voici : Le petit extrait de Pradoc -Enfance berlinoise-, je dois l'avouer m'interpelle. Et je pose la question : N'existe-t-il pas deux types de lecteurs ? Un lecteur sensible au fond et un lecteur sensible à la forme d'un texte ? Car lorsque je lis ces lignes de Walter Benjamin, malgré leur "beauté", je ne peux m'empêcher de penser que cela m'ennuierait à la longue. Je n'ai sans doute pas l'âme d'un poète car je ne vais pas accrocher au style d'un écrit s'il n'apporte rien de concret : un fil conducteur, une trame, une intrigue en quelque sorte. Est-ce que cela a un sens ? Sans doute que le lecteur le plus exigeant sera sensible aux deux. Bien sûr. Certainement. Cela va sans dire... -je peux continuer longtemps comme ça- Mais il m'est arrivé si souvent de lire des textes entiers qui décrivaient avec grand lyrisme des situations, des paysages, des scènes sur lesquels je m'endormais. Au secours, je désespère............ Mais questions défis, je ne suis pas en reste. J'entame "La ofensa" de Ricardo Menéndez Salmon en langue originale. Après quelques lignes, j'ai tout de suite compris que je ne pourrai pas me séparer d'un dicco. Wouaouh ! Pour un premier livre en espagnol depuis si logtemps, Aïe, aïe ! Quant au contenu, rien à voir avec Tango : "Métaphore d'un siècle tragique, l'existance de Kurt se transformera en un voyage vertigneux vers les racines du mal, identifié dans ce roman intense avec la "cosmovision" du nazisme, mais aussi l'exemple émouvant de la capacité de l'amour à expier la douleur du monde et une réflexion très originale au sujet de la grandeur et la misère du corps humain. Petite traduction de mon cru, pas tip top. Ca promet !!! Enfin voilà, je voulais juste revenir sur ces histoires de style, puisque tu en parles, Myosotis. De M, posté le 12.04.07 à 14:37 ![]() Personne pour parler de style ? Vous avez raison, on s'en fiche !!! Myosotis, ne serais-tu pas partisant des verts toi ?
De Lolla, posté le 12.04.07 à 14:47 ![]() Non, je ne dirai rien sur... la couv'. De Lolla, posté le 12.04.07 à 14:48 ![]() En plus c'est chez Flammarion. De Fred, posté le 12.04.07 à 17:27 ![]() Comprend rien à ça. ![]() De la lectrice, posté le 02.05.07 à 18:32 ![]() votre roman monsieur rufin est sans doute le meilleur roman de l'année De gabrielle, posté le 02.05.07 à 18:41 ![]() excusez moi "montsé" mais si vous voulez critiquer les livres de jean-christophe rufin faudrait déjà que vous puissiez en écrire de meilleurs! ces livres sont si interessant et magnifiquement bien écrit que je ne vois pas ce que vous y trouver à critiquer! j'aurai bien voulut continuer à vous dire que vous êtes qu'un idiot énormement jaloux mais j'ai pas le temps! ciao! De Frite, posté le 03.05.07 à 09:29 ![]() @Gabrielle. Décidemment les gens ne comprennent rien, c'est tragique !!! Elle reprend des phrases de Myosotis, le journaliste qui a écrit la notule et met le doigt sur son ironie mordante. Elle n'approuve pas spécialement ses propos -elle ne peut pas le faire, elle ne connaît pas Ruffin visiblement - et ne critique pas l'auteur !!! A relire... Ajouter un commentaire |
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