Walter Benjamin et la mort de Lénine
21 janvier - c'est l'anniversaire de la mort de Lénine. Tous les lieux de divertissement restent fermés. Mais le jour fermé pour les boutiques et les bureaux n'est, en raison du "régime économique", que le lendemain, un samedi, qui de toute façon n'est qu'une demi-journée ouvrable. Je suis allé de bonne heure voir Schick à la banque et, là, j'ai appris que la visite chez Mouskine, chez qui je devais voir une collection de livres pour enfants, a été fixée au samedi. Changé de l'argent et allé au musée des jouets. Cette fois-ci, j'ai enfin fait un pas en avant (...) La veille au soir, Asja m'a invité, alors que j'étais sur le départ, à venir avec elle vers deux heures au théêtre pour enfants qui joue dans la Tverskaïa, dans la maison du cinéma "Arts". Mais que je suis arrivé, le théâtre était désert, j'ai vu qu'il était peu probable qu'on joue ce jour-là. Enfin, le gardien m'a renvoyé également d'un vestibule où je voulais me réchauffer, en me faisant remarquer le théâtre était fermé. Après que j'ai eu attendu dehors un moment, Mania est arrivée avec un billet d'Asja. Il y était écrit qu'elle s'était trompée et que la représentation était samedi, pas vendredi. Sur ce, j'ai acheté des bougies avec le secours de Mania. Mes yeux étaient déjà tout irrités par la lumière des bougies. Parce que je voulais gagner du temps pour mon travail, je ne suis pas allé au Dom Herzena (qui était d'ailleurs probablement fermé ce jour-là) mais à la stolovaïa, à proximité de chez moi. Le repas était cher, mais pas mauvais. Mais dans ma chambre, je n'ai pas travaillé à Proust comme je me l'étais proposé, mais à une riposte à la notice mauvaise et grossière que Franz Blei a composée sur Rilke. Plus tard, j'en ai donné lecture à Asja et ce qu'elle m'en a dit m'a amené à la remanier encore le soir même et le jour suivant. Au demeurant, elle n'allait pas bien." Défaite quand tu nous tiens. Le journal de Moscou est à l'avenant. Walter Benjamin s'y épuise sur tous les fronts : amoureux, théoriques et professionnels. Chaque initiative, pour des raisons diverses et variées, capote en quelques jours. On peut en sourire, parfois, mais aussi ressentir la tristesse qui enveloppe ce grand homme, l'énergie vitale qui s'en échappe jour après jour. Commentaires
De Montsé, posté le 06.04.07 à 10:56
![]() "Chaque initiative, pour des raisons diverses et variées, capote en quelques jours". Ce n'est pas le genre de chose qui me fait sourire ! Les efforts qui n'aboutissent à rien, qui ne construisent rien me glacent... Sentiments de gâchis, colère, vacuité... Mais aussi admiration pour le courage et la détermination. De Lolla, posté le 06.04.07 à 13:48 ![]() Montsé, lis ce livre... Lis Benjamin... C'est fulgurant. De Lolla, posté le 06.04.07 à 13:49 ![]() Sais-tu qu'il s'est donné la mort en Catalogne? De M, posté le 06.04.07 à 13:50 ![]() Quelle drôle d'idée. Un pays aussi beau !!! ![]() De M, posté le 06.04.07 à 14:07 ![]() Je ne sais pas. Quelle est sa meilleure période ? Tu sais, un roman dont la lecture ne démoralise pas... De pradoc, posté le 06.04.07 à 14:15 ![]() De Benjamin, je recommande "Sens Unique", livre de souvenirs berlinois qui préfigure cette littérature du fragment dont il sera tellement question plus tard. De Lolla, posté le 06.04.07 à 14:21 ![]() Il voulait se rendre en Espagne et de là rejoindre les Etats-Unis pendant la guerre pour échapper à tu sais quoi (il était juif). L'Espagne lui a refusé son visa, et par désespoir il s'est suicidé à la frontière (Port-Bou). "Sentiments de gâchis, colère", oui... Je ne te donne pas de conseils de lecture, tout est bon à prendre ; ) De Lolla, posté le 06.04.07 à 14:25 ![]() A pradoc: bon choix mais pour ce qui me concerne, j'ai du mal à choisir. De M, posté le 06.04.07 à 14:29 ![]() Le courage à quand fini par l'abandonner !! Qu'est-ce que toi tu as lu Lolla qui t'a tant plu ? De M, posté le 06.04.07 à 14:30 ![]() quand même fini... pourquoi est-ce que je ne me relis jamais... ![]() De pradoc, posté le 06.04.07 à 14:31 ![]() Je n'impose pas ces lectures, je les suggère et persiste à croire que le volume publié aux éditions du Cerf mérite une place centrale dans une bibliothèque. De leslie, posté le 06.04.07 à 14:36 ![]() Venez visiter mon blog ,celui d'une ecrivain en herbe!merci De leslie, posté le 06.04.07 à 14:39 ![]() Mon blog est:www.leslystar.skyrock.com De M, posté le 06.04.07 à 15:01 ![]() Merci Pradoc, j'en tiens compte, même si je demande d'autres avis. Quel type d'ouvrage est-ce "Paris Capitale du 19s" ? De pradoc, posté le 06.04.07 à 15:15 ![]() Un livre inachevé de W.Benjamin, son grand projet. En fait, il s'agit d'une suite de fragments, de notes autour de Paris suivant un certain nombre de thèmes comme la mode, l'ennui, la publicité, Haussmann et d'un travail sur Baudelaire qui est absolument superbe. Le volume fait 900 pages...mais se lit par bribes. C'est un mélange dans le meilleur sens que ce mot peut avoir. De myosotis, posté le 06.04.07 à 15:30 ![]() Le livre des passages est le livre que je prendrais sur une île déserte, si je devais en prendre un et un seul. Cela fait maintenant une petite quinzaine d'années que mon exemplaire m'accompagne, pour y lire une page, ou dix, un extrait ou juste quelques lignes. Ce n'est toutefois pas un livre à lire d'une traite ou un livre qu'on peut conseiller à un ami (à moins de vouloir le perdre). Le mieux est d'y arriver par soi-même et de l'aimer par hasard. D'une certaine façon, c'est un (gros) livre de sac à mains, un truc qu'on veut garder près de soi comme un couteau suisse, un tube de rouge à lèvres ou une carte bleue. Un truc dont on peut avoir un besoin vital à n'importe quel moment. De M, posté le 06.04.07 à 15:37 ![]() Quelle drôle de conception ! Je dois avouer que cet extrait ci-dessus et ta notule précédente ne me donnent pas envie de le lire. Walter Benjamin me donne l'impression -à moins que tu n'aies montré que cet aspect de l'auteur- d'un écrivain au style morose, lent. Mélancolique, si tu préfères. Je n'ai pas le coeur à lire de tels écrits. De Lolla, posté le 06.04.07 à 15:44 ![]() un écrivain au style morose Tu exagères Montsé... De pradoc, posté le 06.04.07 à 15:49 ![]() Un extrait : "Ne pas trouver son chemin dans une ville, ça ne signifie pas grand chose. Mais s'égarer dans une ville comme on s'égare dans une forêt demande toute une éducation. Il faut alors que les noms des rues parlent à celui qui s'égare le langage des rameaux secs qui craquent, et des petites rues au coeur de la ville doivent pour lui refléter les heures du jour aussi nettement qu'un vallon de montagne. Cet art, je l'ai tardivement appris." Il s'agit de la 1ère phrase de "Enfance Berlinoise". De M, posté le 06.04.07 à 16:04 ![]() Hummmm... De Lolla, posté le 06.04.07 à 16:10 ![]() Huuuummm! : ) De M, posté le 06.04.07 à 16:11 ![]() Morose, signifie empreint de tristesse. Mais je me trompe complètement en parlant de style. Il s'agirait plutôt du personnage en lui-même et les sentiments qu'il transmet. Non ? @Myosotis. Pourquoi emporterais-tu ce livre -le livre des passages- sur une île déserte et pourquoi, en même temps, ne peux-tu le conseiller à un ami -même si tes propos prêtent à rire, quel en est le fond- ? De CF, posté le 06.04.07 à 16:12 ![]() Très beau cet extrait Pradoc. J'ai eu pas mal à faire avec ses réflexions lors de mes cours d'arts-plastique à la fac, et je dois dire que c'était un sacré penseur. Je suis con, je n'ai jamais ouvert un seul de ses bouquins mais je dois dire que maintenant je suis assez tenté par "Paris Capitale du 19s"... De CF, posté le 06.04.07 à 16:21 ![]() Très bel cet extrait Pradoc. T'es pas en congé le vendredi après-midi, toi ? M De CF, posté le 06.04.07 à 16:23 ![]() C'est nous qui créeons ces bugs ou quoi ?! bizarre ! Pourquoi veux-tu que je sois en congé ? De M, posté le 06.04.07 à 16:30 ![]() Tu ne postes quasiment pas le vendredi pm ! De CF, posté le 06.04.07 à 16:31 ![]() Ah bon?! Il m'arrive de ne pas un vendredi sur deux mais sinon je suis dans les parages...mais là je m'en vais et reviendrais plus tard...A+ De sigismund, posté le 06.04.07 à 21:00 ![]() Quel plaisir à lire tous ces commentaires !!! J'aime cette reunion de gens de gout... Du coup je suis attiré par Benjamin : jusqu'ici j'avoue que son coté "intellectuel caricatural" me repoussait quelques peu. Comme quoi cette discussion aura profité à quelqu'un !!! ;) De Montserrat, posté le 09.04.07 à 09:56 ![]() Pour une fois qu'on ne se fait pas jeter par une de nos discussions.... Le petit extrait de Pradoc -Enfance berlinoise-, je dois l'avouer m'interpelle. Et je pose la question : N'existe-t-il pas deux types de lecteurs ? Un lecteur sensible au fond et un lecteur sensible à la forme d'un texte ? Car lorsque je lis ces lignes de Walter Benjamin, malgré leur "beauté", je ne peux m'empêcher de penser que cela m'ennuierait à la longue. Je n'ai sans doute pas l'âme d'un poète car je ne vais pas accrocher au style d'un écrit, cette suite de mots et de phrases bien tournées s'il n'apporte rien de concret : un fil conducteur, une trame, une intrigue en quelque sorte. Est-ce que cela a un sens ? Sans doute que le lecteur le plus exigeant sera sensible aux deux. Bien sûr. L'un n'empêche pas l'autre. Mais il m'est arrivée si souvent de lire des textes entiers qui décrivaient avec grand lyrisme des situations, des paysages, des scènes sur lesquels je m'endormais !!! De Montserrat, posté le 09.04.07 à 09:57 ![]() ... De M, posté le 09.04.07 à 11:46 ![]() POUR une de nos discussions... Aïe, aïe. Crypto : zéro De marinette, posté le 09.04.07 à 15:49 ![]() Ce petit commentaire juste pour vous signaler un autre blog extraordinaire (et complètement perché !!!) : http://leschauffeursdelimousinepensentaussi.blogspot.com/ attention, c’est épicé ! marinette Ajouter un commentaire |
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