Journal de Moscou : Benjamin amoureux
A mon grand désespoir (la chronique en est retardée d'autant), ma lecture du somptueux ouvrage biographique et critique de Jean-Michel Palmier sur Walter Benjamin s'accompagne maintenant systématiquement d'une plongée ou replongée, certes rapide mais jouissive, dans l'oeuvre du sociophilosophe allemand (allons y pour cette appellation qui n'engage à rien). En forme de bouffée d'oxygène dans une production haut de gamme, dont les niveaux de lecture sont multipliés à l'infini, ce Journal de Moscou est sûrement ce que Walter Benjamin aura laissé de plus personnel et de plus touchant avec sa correspondance à Adorno et Scholem. Le Walter Benjamin du Journal est, en effet, un Walter Benjamin sans paravent conceptuel ou théorique, "tel qu'en lui-même" pour utiliser une formule marketing, et surtout un Walter Benjamin amoureux.
Le voyage à Moscou raconte, entre décembre 1926 et janvier 1927, le séjour étrange d'un Benjamin à la dérive entre une Allemagne qui ne s'est pas encore donnée à Hitler mais trépigne, une Russie des Soviets en pause idéologique et une romance compliquée par la maladie de la maîtresse et la présence amicale (mais pesante) de son futur mari et compagnon officiel l'écrivain Reich. Pendant toute la durée de ce voyage fiasco qui amuse, attriste et baigne dans une mélancolie qui emprunte à la fois au romantisme et à Kafka, Benjamin navigue de déception en déception. Asja est malade et le rabroue sans cesse. Il ne peut la voir que dans la maison de santé où elle est hospitalisée, ou ailleurs, sous la menace de Reich qui leur colle aux fesses. Parallèlement, le philosophe ne peut s'empêcher de parcourir la ville et son "esprit", comme il le fera plus tard et de manière décisive avec Paris. Il tente de nouer quelques contacts avec la presse locale mais n'obtiendra aucun résultat. De fil en aiguille, on en arrive à chérir ce personnage pas gâté par le sort et à maudire cette Asja qui se joue de lui sans s'en rendre compte. Le Journal rappelle la Voce de la Luna de Fellini, lorsque le héros sort fourbu d'avoir accumulé les emmerdes, même si pour ce visage là, on aurait pu aussi endurer quelques souffrances. Malheureusement pour lui (et pour nous), lorsqu'il jettera l'éponge en janvier 1927, Walter Benjamin ne sera pas au bout de ses peines. Il ira de galère en galère, jusqu'à ce jour de guerre mondiale, où il s'empoisonnera dans les Pyrénées, à quelques heures et kilomètres de la liberté.
Commentaires
De Montsé, posté le 30.03.07 à 14:15
![]() J'avais déjà décidée de mettre en vente tous les livres -neufs- jamais lus pour me consacrer à d'autres lectures qui me tentent plus aujourd'hui, mais ce ne sera peut-être pas pour le "Journal de Moscou". Même si tu te mondres très convainquant Myosotis, en évoquant la belle écriture de Benjamin Walter -production haut de gamme-, les complications et déceptions amoureuses de qui que ce soit, très peu là !!! De Lolla, posté le 30.03.07 à 18:15 ![]() Chapeau Myosotis. On ne rendra jamais assez hommage à Benjamin. Merci. De daniella, posté le 30.03.07 à 18:55 ![]() Qu'est ce que le journal de moscou pe tu m'expliquer De Lolla, posté le 30.03.07 à 19:01 ![]() J'aurais adoré être amoureuse de lui je crois. Ajouter un commentaire |
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