300 sur le papier avant la toile
![]() Le tapage autour de la sortie du film 300 de Zack Snyder m'a poussé à ressortir de mes archives la BD de Frank Miller qui a inspiré le film. Bien que je n'y ait pas touché depuis des années, je n'ai eu aucun mal à retrouver le bouquin grâce à son format "à l'italienne" qui le fait dépasser avantageusement de toute étagère. Un bon point pour le film (que je n'ai pas vu) : si l'adaptation de Snyder est fidèle jusqu'à l'absurde comme celle de Sin City par Robert Rodriguez, au moins son story board a-t-il le format cinémascope. Il y a apparement toute une polémique autour du film, et c'était de toute façon inévitable avec cette histoire "d'hommes libres" qui s'élèvent pour lutter contre une armée d'envahisseurs perses (car oui, au cas ou vous vivriez sous un roc, il s'agit d'une "adaptation" de la bataille des spartiates aux Thermopyles). La BD, parue en 1998, était bien moins génée par le poid de l'Histoire. Il serait d'ailleurs vain de pointer toutes les "inexactitudes" de Miller tant la véracité historique semble avoir été loin de son esprit, tout comme on serait bien en peine d'y lire un message politique quelconque. Miller s'amuse même beaucoup avec ça : quand le roi Léonidas motive ses troupes avec un discour sur le nouvel âge de raison et de justice qui a commencé en Grêce, à un jeune soldat qui promet "On est avec vous, sire. Jusqu'à la mort." Léonidas répond "Je n'ai rien demandé. Laisse la démocratie aux athéniens, petit." La BD est pleine de ces répliques de dur à cuire et d'humour de caserne entre les corps transpercés de javelots. S'il y a vraiment de la politique dans tout ça, elle est tangentielle au massacre et d'une hypocrisie détestable, et l'auteur en a bien conscience. 300 est l'aboutissement logique du travail de Miller dans les années quatre-vingt dix. Il y dépeint un héroïsme purement fictionnel, souvent absurde, quelque part entre le film de guerre bourré de testostérone et le tragique de l'opéra. Toute considération intellectuelle a été écartée pour nous prendre aux tripes et, pour peu qu'on accepte de jouer le jeu, ça marche à merveille. Graphiquement aussi Miller est arrivé au bout de sa quête d'épure : ses dessins ne sont pas beaux ni justes, bien que les magnifiques couleurs de sa femme Lynn Varley le fassent oublier. Leur rôle est celui d'instruments dans la narration, dans la composition étourdissante des pages et de support à l'encre. Il semble qu'aucun dessin ne puisse être réalisé assez vite avant que n'arrive ce qui intéresse vraiment Frank Miller : le recouvrir, le modeler à l'aide de ce liquide noir qui sert à la foie de sang et de chair à la BD. Il y a d'ailleurs une certaine ironie qu'une BD qui tire sa beauté de l'encrage au pinceau et des couleurs peintes à une époque où Photoshop était déjà la norme soit devenu un film apparement bourré d'effets numériques. Commentaires
De Maxence, posté le 21.03.07 à 10:18
![]() On peut déjà en voir plus sur Youtube De 2goldfish, posté le 21.03.07 à 16:38 ![]() En fait on m'a invité à une avant première ier. Comme prévu c'est stupide et un peu rigolo. Tous les ajouts à la BD sont vraiment lourds, et ils ont viré le "alisse la démocratie aux athéniens" que j'aimais tant. Bref, c'est toujours mieux que Sin City. De Maxence, posté le 01.04.07 à 12:19 ![]() Pareil. Même vu comme ça, comme un film "de divertissement", le spectacle ne tient pas la route. Pour ce qui est de la réalisation, le film pêche par excès. Trop de traitement d'image tue toute émotion. Les 5 premières minutes de Gladiator sont 150 fois mieux dans le genre que TOUS le film boursouflé de Zack Snyder (dont j'avais adoré "L'armée des morts" par contre). "A mon ordre, déchainer les enfers", CE passage était énorme. "Tonight, we dine in hell", non, ça le fait pas. 300 c'est surtout un long film de guéguerre sans scénario, vite chiant hormis 3/4 beaux passages... Ajouter un commentaire |
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