Preuve qu'il ne faut jamais désespérer, Panini prend la relève de Semic pour nous offrir en mars ce tome 4 de Promethea, oeuvre majeure du génie Alan Moore, et sur le tome 3 de laquelle nous, pauvres français, étions restés bloqués plus de 3 ans. Par delà l'interrogation qui subsiste : pourquoi sommes nous traités si mal ? Pourquoi faut-il compter sur ce goutte à goutte misérable pour avoir accès à une série qui s'est achevée depuis quasiment 2 ans ailleurs ?, cette publication est une excellente nouvelle. Il restera à Panini un livre normalement pour boucler cette incroyable aventure dans la kabbale et la mystique propre à Alan Moore.
Pour ceux qui auraient raté les épisodes précédents, Promethea est l'histoire d'une jeune étudiante timide "posant au lesbianisme"(mais peu importe puisqu'elle dépassera assez vite les genres) qui est choisie pour devenir la prochaine incarnation d'une ancienne déesse et superhéroïne, Promethea. Promethea est la création littéraire d'un poète et de plusieurs dessinateurs de comics qui incarne la féminité (donc l'écriture, l'inspiration) et est armée d'un caducée (bâton doré à tête de serpent). La jeune Sophie Bangs se change alors en une sublime créature dotée de pouvoirs magiques et qui va, durant toute la série, partir à la découverte de ses pouvoirs (soit de sa nature féminine) en voyageant dans un monde magique où lui seront dévoilés peu à peu la grande sémiologie du monde, sa sexualité, son énergie, l'étendue de son pouvoir.
Dit comme cela Promethea ressemble à un comics traditionnel mais il s'en éloigne au fil des tomes. Sur le 4, Moore quitte les sentiers battus, faisant exploser avec JH Williams III, le dessinateur, les codes de la case et des bulles, pour déstructurer la bande-dessinée et nous donner à lire un manuel de mystique panthéiste et humaniste. Il ne faut pas lire Promethea pour suivre une histoire (on s'en fout très vite - encore que...) mais pour réfléchir avec et hors du livre et en prendre plein les mirettes.
Le tome 5 réservera à ceux qui tiendront jusqu'au bout une sorte de révélation graphique et sacrée qui annonce le futur grand livre de Moore sur la magie. Promethea y sera notamment à 2 doigts de provoquer la fin du monde (histoire cross over qu'on retrouve dans les pages de Tom Strong - bloqué par ailleurs en cours de traduction), tandis que Moore offrira sur sa dernière livraison, une représentation inédite : l'épisode 32 est un épisode-monde où le numéro est une seule et même page-synthèse. Mais on en reparlera.
Promethea est LA bd à lire, la plus exigeante et atypique que nous ait proposé Alan Moore jusqu'ici. Elle paraîtra ampoulée et précieuse à certains, voire carrément chiante comme la mort, mais elle représente en quelque sorte le stade suprême de ce qu'on appelle l'intelligent comics, le pendant de l'essai philosphique ou du livre religieux, dans l'univers narratif extrêment codifié de la BD tous publics. Rappelons que Promethea est publié par la ligne ABC, censée faire partie d'un ensemble mainstream destiné aux ados américains.
D'ici quelques mois, Moore produira aussi le volume 3 de sa ligue des gentlemen extraordinaires. Autre événement très attendu.
Promethea 4
Alan Moore