En dehors de ces grands yeux sur ces grosses têtes que nous sommes génétiquement condamnés à aimer, ce qui nous fascine tellement chez les enfants, c'est leur méconnaissance de l'étendue des domaines de l'impossible et de l'improbable. L'enfant ne sait pas que maman ne va pas planter sa fourchette dans l'épaule de papa. Si papa n'est pas là, c'est peut-être qu'il est invisible. Le travail de Sylvie Fontaine sur son album Le Poulet du Dimanche évoque cette époque où à nos yeux tout était encore possible.
Ce poulet dominical est composé d'une série de courtes BD au graphisme quelque part entre Jim Woodring et Moebius (qui signe la préface). Elles reposent toutes plus où moins sur un seul principe, celui d'une situation quotidienne qui en quelques cases se transforme en tableau absurde ou abstrait. Il y aurait sans doute matière à un flip book. "Transformation" n'est cependant peut-être pas le mot exact : il s'agit plus d'un changement dans le regard que dans l'objet. Le couple d'amoureux qui marche ensemble dans la première case et la créature tentaculaire qui se tient à leur place dans la dernière sont essentiellement semblables. Ce que Sylvie Fontaine fait, c'est nous montrer la façon dont elle voit le monde, comme n'importe quelle artiste, avec un procédé d'une simplicité enfantine, qui rend les visions les plus surréalistes d'une parfaite évidence.
Sylvie Fontaine
Le Poulet Du Dimanche
Tanibis