Dans la lignée de La Nouvelle Au Pis, le nouvel album de Blanquet est entièrement muet et en noir et blanc façon ombres chinoises. Cette approche radicale et très contraignante pour la narration sied parfaitement au propos, l'histoire d'une petite fille riche qui s'encanaille avec deux garçons (le mot est très faible puisqu'il est question de jeux masturbatoire, d'urophilie et autres joyeusetés), d'une étrange chasse à l'homme et d'une vieille impotente perverse. On est parfois un peu perdu quand à qui et qui et ce qu'il fait, et une seconde lecture n'est pas de trop (et tant mieux, d'ailleurs, parce que cet épais et luxueux volume peut s'avaler en vingt minutes). Toute confusion est volontaire, cependant : Blanquet joue avec les formes, subliminalement ou non, les juxtaposant d'une façon qui rappelle le procédé de Charles Burns sur Black Hole.
Visuellement, l'univers de Blanquet est plus abouti que jamais, comme un cauchemar trop effrayant pour Tim Burton. Il y a une monstruosité plus ou moins latente jusque dans ces dessins les plus ordinaires. Ses personnages pourraient sortir d'un livre d'illustration pour enfant du XIXème siècle mais gardent dans leurs attitudes les plus innocences un fond d'horreur cauchemardesque.
La logique du rêve est partout, dans la juxtaposition des formes, dans la violence des symboles et dans l'étrangeté des raccourcis narratifs. Si on me permet de terminer consciemment sur un cliché, ces pages vont vous hanter longtemps après la fermeture du livre. Allez, n'ayons pas peur d'en utiliser un second : La Vénéneuse aux Deux Epines est un chef d'oeuvre.
Blanquet
La Vénéneuse aux Deux Epines
Cornélius