Le tunnel (de l'amour) - extrait n°1
"... de même qu'on sortait son zizi , sans y réfléchir, comme si on tirait la langue et le faisait, encore tout ensommeillé, aux petites heures du matin - le premier des devoirs quotidiens - puis le rangeait dans son pantalon en secouant le croupion et l'oubliait, oubliant souvent de se reboutonner, aussi. J'ai commencé avec des attaches puis suis passé aux boutons, puis enfin aux fermetures Eclair quand celles-ci sont apparues. Les boutons étaient embêtants. On en oubliait quelques uns. Qui s'en souciait ? Bon, bien sûr, ma mère. Mais qui s'en souciait vraiment ? Un monde sans bouton ça serait bien mieux, pensais-je alors, j'en suis sûr. Eh bien, c'est fait, à présent, et il ne l'est pas. La bite avait des dizaines de noms, comme les couilles : ces noms changeaient quand votre bite grandissait, et j'aurais pu en donner un à la mienne, je suppose, ou l'appeler comme un chien, Collins, ou comme un explorateur, Colomb, adopté Dick ou Tommy ou Peter, mais ça ne m'est jamais venu à l'idée. Non, ça n'a jamais été ma bite, ma queue, mon zob. La pauvre chose est restée anonyme. Peut-être ai-je senti depuis le début que c'était vraiment une pauvre chose, avant même qu'on fasse à ma place les inévitables comparaisons, le sourire gras, l'oeil pétillant au gymnase de l'école ou à la fac où j'ai appris à nager ou plus tard à l'armée lors des concours de bite la plus longue (la mienne n'était pas une bite, courte ou longue, m'apprit-on, la mienne était un petit zoziau.). Ces traitements métaient une torture. Dans mon groupe on m'appelait "Big Bill" ou "Bite d'Enfer". Impayable. Il paraît que les Rosbifs disent Willy. Willy ? De plus en plus d'hommmes, à cette époque, étaient circoncis : l'armée raccourcissait pas mal de types : et les médecins prescrivaient la chose aux futurs mariés qui redoutaient l'éjaculation précoce. Ca ne faisait donc pas de vous un juif." A suivre, d'autres extraits et chronique de cet ahurissant ouvrage à paraître mi-mars au Cherche-Midi. Commentaires
De Lolla, posté le 19.02.07 à 14:28
![]() Je préfère Benjamin. Crypto : MAIN. Hé! De Lolla, posté le 19.02.07 à 14:29 ![]() WALTER Benjamin, hein! ;) De Terry, posté le 19.02.07 à 16:42 ![]() Moi aussi j'aime bien Pierre Perret. De On avance, posté le 20.02.07 à 12:25 ![]() Et Benjamin Péret De Terry, posté le 20.02.07 à 14:46 ![]() "Le déshonneur des poètes" justement, c'est peut-être d'infliger aux lecteurs ce genre de considérations nombrilistes sur sa sexualité, façon de faire qui ramène la littérature à un modeste vécu. Car au fond, je m'en fous du slip de monsieur Gass et de l'auto-fiction sous la ceinture, et pire je considère qu'écrire n'est pas raconter sa misérable petite histoire intime, mais tout le contraire. De Thomz, posté le 20.02.07 à 15:29 ![]() Terry, je pense que vous n"avez rien compris...le narrateur n'est en aucun cas "monsieur gass" et le tunnel n'est en aucun cas de l'autofiction.... Nathan Zuckermann parlant de ses problèmes de sexualité, de son impuissance et de son désir immodéré pour les femmes, et ce en termes non voilés, cela fait-il de Philip Roth un non écrivain ? J'en doute... De ce fait, selon votre point de vue, il faudrait supprimer tout récit ou roman à la première personne...how sad. Lisez le bouquin avant de nous seriner avec des considerations touchant une demi page d'un ouvrage qui encompte plus de 700... P.S. : Merde, Bukowski n'est pas un écrivain alors ? (allusion à la misérable histoire intime...)... De Terry, posté le 20.02.07 à 19:22 ![]() La ligne est parfois assez fine entre la complaisance et ce fameux besoin de tout dire qui peut aussi être vu comme une incapacité de raturer, de se taire et une impossibilité de construire un récit avec autre choses que des morceaux, des chutes, des débris. Pour Roth, ses obsessions fonctionnent sur certains ouvrages et échouent sur d'autres quand ça vire à l'aigreur et au narcissisme. Regardez ce qu'est devenu ce pauvre Martin Amis... Bukovski ? Le personnage vaut mieux que l'oeuvre. On peut parler de Bukovski mais le lire est nettement plus compliqué, dans la mesure où finalement c'est assez mineur et qu'il y a beaucoup de livres meilleurs que les siens. Et dernier point, imaginez-vous deux secondes à votre bureau en train d'écrire sur votre bite comme le fait Gass. Franchement, je parie que vous vous sentiriez con d'écrire des trucs comme "un monde sans bouton, ça serait bien mieux". De Thomz, posté le 20.02.07 à 19:39 ![]() Là encore vous confondez écrivain et narrateur...Gass n'écrit pas sur sa bite, mais le narrateur sur la sienne, et c'est radicalement différent....Je ne sais pas où est situé ce passage danss l'oeuvre, et j'ose présager que cet extrait possède une certaine utilité dans l'économie du roman... L'écrivain qui parle de sa bite ne dit rien (i.e. : Quand Angot parle d'elle tout le monde devrait s'en foutre, mais apparemment non) De Terry, posté le 20.02.07 à 21:29 ![]() Ouais...ouais...Qu'il écrive sur la sienne ou sur le concept de bite ou sur la bite universelle prise en tant qu'archetype de la bite, je dois tout simplement avouer que ce genre de littérature ne me fait pas bander. Ahahah... J'attend de la littérature un peu plus qu'un flot de pensée bitophile. On est vraiment très loin de Bataille... De Charley, posté le 22.02.07 à 16:19 ![]() Tiens Bataille est un grand romancier ? Bukowsky, non, sous pretexte qu'il y a mieux... Il y a toujours mieux ! C'est pas un argument. Mouais, chacun ses gouts, et puis c'est tout. Vouloir imposer son opinion aux autres, les persuader qu'ils ont tord, ce me dis quelque chose, mais je ne me souviens plus... De Terry, posté le 01.03.07 à 16:59 ![]() William.H.Gass est défendu par Pierre Assouline sur son blog d'aujourd'hui, ce qui suffit à me le rendre suspect... Sinon, chapeau bas au traducteur qui a sué sang et eau pour parvenir à un résultat à la hauteur de ses espèrances. Et quant à la littérature américaine actuelle, je suis très mal placé pour en parler, étant donné que Don delillo me tombe des mains et que je déteste Palhaniuk dont l'oeuvre me semble aussi pertinente que l'oeuvre cinématographique de Greg Araki ou de Catherine Breillat. Et oui, vous avez le droit de me lapider. Je suis là pour ça. De Fab, posté le 01.04.07 à 15:34 ![]() C'est marrant car la couv du bouquin me fait penser à "Soleil sale" le roman introuvable de Louis-Stéphane Ulysse, publié chez Florent Massot. Ajouter un commentaire |
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