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La fin des genres : Utopie littéraire sur fond de darwinisme éditorial

Posté par Maxence le 25.01.07 à 11:32 | tags : elucubration, roman, science-fiction

Je m'engueulais comme du poisson pourri discutais, l'autre jour, par blog interposé, avec un acteur éloquent du landernau de la science-fiction francophone (SF que je respecte, comme certain l'ont peut-être remarqué, mais avec qui je suis aussi souvent sévère - mais juste, forcément... Hmm, bon, ok passons). De cette discussion enflammée (tellement qu'elle a dut être "stérilisée" pour cause d'inconduite des deux parties - qui se les seraient bien fait voler, "les parties" justement) est née une réflexion mélancolique mais également teintée d'optimisme sur l'injustice de ce que j'appel avec humour (je précise) "le darwinisme éditorial et le futur de la littérature de l'imaginaire".

En effet, on assiste sur de nombreux sites, et dans le milieu de la science-fiction en général, à une véritable levée de boucliers de spécialistes de la SF qui paniquent semble t-il, dés que des auteurs qui ne se reconnaissant pas dans ce genre (Martin Amis, Will Self, Céline Minard, Haruki Murakami, etc.) publient un livre, qu'eux, (les spécialistes en question), jugent comme en faisant partie. Malheureusement, ce n'est pas une poignée de "spécialistes" qui décidera si des auteurs font de la SF ou pas, mais bel et bien les auteurs eux-même. Encore une fois, les critiques se placent en juge des auteurs, les vrais. On peut comprendre ce type de réaction épidermique, de la part d'un milieu (et bien souvent une génération, celle des années 70) qui voit ses lauriers récupérés par d'autres, plus jeunes. Pourtant, autant une nouvelle génération d'écrivain nourrit à la SF et au mangas emprunte à des thèmes qu'on pourrait à la rigueur qualifier de "science-fictionnesques", autant les écrivains SF eux, ne se privent pas de se tourner vers des sujets empruntant à la psychanalyse, la technologie, le rêve etc, en les revendiquant comme SF... (ce qui bien évidement, n'est pas le cas. Lewis Carroll était-il SF ? Jeff Noon qui s'inspire de l'univers de Carroll, est-il SF ? Haruki Murakami et son monde des rêves et des fantasmes, est-il SF, la Bible et la Mahabharata sont-ils de la SF ? Bref...)

En gros, d'un côté, les auteurs et critiques de la science-fiction, voudraient voir celle-ci sortir du "ghetto" du genre (terme que déteste les auteurs de SF et polar, je m'excuse pour eux) en usant des ficelles du roman traditionnel. De l'autre ils ne veulent surtout pas que d'autres auteurs - non-SF - viennent leur couper l'herbe sous le pied en utilisant des recettes ou des idées s'inspirant de ces genres. Bien sûr, ceux qui, parmi les premiers, sont un peu plus vieux et moins réactif (hormis les exceptions notables comme Ballard ou Spinrad) sont victime de ce que j'appel l'impitoyable effet du "darwinisme éditorial". C'est injuste, surtout quand cela réjouit les puristes de la "littérature blanche". Ceux pour qui SF est toujours synonyme de "petits hommes verts" et "soucoupes volantes", mais en même temps, c'est très drôle. Finalement, ces mêmes puristes, finiront bien par lire de la science-fiction sans s'en apercevoir. Et puis, qui se plaindra de voir apparaître plus souvent ces auteurs transgenres que sont Will Self, Jeff Noon, Chuck Palahniuk, Tom Piccirilli, Céline Minard ou Stewart O'Nan ? Pas nous !





Commentaires

De vysepreacher, posté le 25.01.07 à 12:28 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
La fin des temps de Murakami, c'est clairement de la SF, et de la bonne...

De Maxence, posté le 25.01.07 à 13:21 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Moui, pas d'accord, l'inspiration est fantastique, comme pour tous les Murakami, mais je ne crois pas que l'auteur se recommande d'un genre quel qu'il soit (la preuve, dans "Chronique de L'oiseau à ressort", il utilise les ficelles du polar et du roman d'espionnage, dans "Danse, danse, danse" du fantastique, etc...) Un peu à la manière de Brautigan, Murakami se joue des genres pour exploser son oeuvre et perdre ses lecteurs... la preuve

De vysepreacher, posté le 25.01.07 à 13:54 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Euh... Je ne pense pas que l'auteur se réclame d'un genre en particulier, pas plus de la SF que d'un autre.  La seule chose que je souhaitais préciser , c'est qu'il a écrit un véritable livre de SF.
Après, on est d'accord, il l'a fait à sa sauce, ce qui permet de le rattacher à toute son oeuvre sans qu'il y ait de véritable décalage.
Pendant que j'y pense, qu'est-ce que tu entends exactement par "l'inspiration est fantastique", et, plus précisement, quelle est ta définition du fantastique ?

De Glou, posté le 25.01.07 à 14:40 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
L'intrusion du surnaturel dans un univers, par contraste, assez réaliste. D'où un effet "coup de tonnerre dans un ciel bleu".

De Question, posté le 25.01.07 à 15:08 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
"Et puis, qui se plaindra de voir apparaître plus souvent ces auteurs transgenres que sont Will Self, Jeff Noon, Chuck Palahniuk, Tom Piccirilli, Céline Minard ou Stewart O'Nan ?"

Et Antoine Volodine, vous en pensez quoi ?

De Ubik, posté le 25.01.07 à 20:06 Prévenir les modérateurs en cas d'abus

Très intéressant article.

Ceci dit et sans vouloir relancer un débat amplement abordé ailleurs, j'indique juste en passant qu'il est particulièrement frustrant de voir des auteurs  et surtout des critiques "maintream" parler de SF avec une condescendance qui confine à la masturbation intellectuelle et nier dans un même élan la filiation évidence qui existe entre une oeuvre transgenre et la SF.

Pour toutes ces raisons je partage le point de vue de RCW et comprends la virulence de son indignation.

Et pour la boutade, je préfère au darwinisme éditorial comme moyen de sélection littéraire, celui de la symbiose. J'aime bien d'ailleurs cette définition d'une SF comme un genre issu d'une symbiose du présent et de l'imaginaire. ;-)



De Maxence, posté le 26.01.07 à 11:12 Prévenir les modérateurs en cas d'abus

"Je ne pense pas que l'auteur se réclame d'un genre en particulier, pas plus de la SF que d'un autre. " Oui, vysepreacher, c'est bien ce que je disais.

"qu'il est particulièrement frustrant de voir des auteurs  et surtout des critiques "maintream" parler de SF avec une condescendance qui confine à la masturbation intellectuelle " Totalement d'accord Ubik, tu remarqueras d'ailleurs que j'ai mis de l'eau dans mon pinard (quel horreur !) et cette phrase : "C'est injuste, surtout quand cela réjouit les puristes de la "littérature blanche". Ceux pour qui SF est toujours synonyme de "petits hommes verts" et "soucoupes volantes".

Pour info, je n'ai pas honte de le dire, je me suis même excusé auprès de l'intéressé...



De Ignatus, posté le 27.01.07 à 13:47 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
"nier dans un même élan la filiation évidence qui existe entre une oeuvre transgenre et la SF."

Je pense que les termes "filiations évidentes" sont exagérés pour une bonne partie des auteurs dit "transgenres" (les guillemets pour signifier que pour moi c'est plus un terme marketing et simplificateur qu'autre chose .

"Filiation" voudrait dire que tous les auteurs "transgenres" ont lu beaucoup de SF, viennent du monde de la SF et s'en servent dans leur roman. Si pour certains auteurs c'est certain (Ballard par exemple), pour d'autres c'est beaucoup moins sur (Martin Amis, Will Self, Delillo...)

Juste pour dire que la SF n'a pas le monopole de l'imagination, de l'imaginaire, de l'anticipation (qui sont présentes dans l'écrit depuis l'invention de l'écriture)

Je suis lecteur occasionnel de SF (entre autres), mais l'attitude défensive de vierge effarouchée des puristes du genre me gonfle beaucoup.

Penser que les auteurs dit "transgenres" sont juste des écrivains honteux pillant la SF sans l'avouer, associés à des éditeurs manipulateurs, pour éviter le rayon SF, ses horribles couvertures régressives et les préjugés stupides des critiques mainstreams, afin de se faire des testicules en diamant, est pour le moins stupide.

(ce ne sont pas les propos d'Ubik, mais en les extrapolant (beaucoup), on arrive à ça, qui est le discours des fans de SF puristes les plus bêtes)
 


De Question, posté le 29.01.07 à 10:44 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Oui, c'st très bien tout ça, mais personne ne m'a répondu au sujet de Volodine. J'aimerais pourtant connaître l'avis des experts de Flu (ou d'ailleurs). Pour être franc, je commence à me demander si l'un d'entre eux l'a lu ou en a même entendu parler.

De Daylon, posté le 29.01.07 à 17:30 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Tiens ! Sieur Ubik :) (boujou)

Juste une remarque > C'est pas en montant sur ses grands chevaux que la sf (ou même la fantasy, allez, soyons fous) gagneront de quelconques lettres de noblesse.

C'est tout un travail d'éducation qu'il faut entreprendre. Et ce n'est pas à toi que je vais parler de pédagogie; tu es mieux placé que moi :]

Le temps obligera certainement à faire une scission entre la sf de divertissement et la sf (ok ok, l'imaginaire, la fantasy, tout ça) plus technique (j'ai failli écrire "intelligente", mais c'est inaproprié).

Étrangement, je trouve ces derniers temps plutôt excitants: voir tous ces auteurs assimiler les mécaniques de la sf et les réutiliser à leur propre compte, c'est toujours plus intéressant que rester dans son coin.

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