Pas facile au milieu de cet avalanche de nouveautés (la fameuse "seconde rentrée littéraire") de découvrir un premier roman et de le mettre en valeur. Soyons honnête, j'avoue n'avoir aucun mérite en ce qui concerne Samedi Soir un DJ m'a sauvé la vie de William Pierre, puisque c'est l'auteur lui-même qui m'a contacté sur myspace.
Hé oui, à l'instar des musiciens (et des journalistes égocentriques, dont je suis), la "génération myspace" investit en toute logique la littérature (à moins que se ne soit l'inverse), et les écrivains ont désormais leur profil sur le fameux réseau de ce cher Ruppert (Murdoch), dans la continuité naturelle de ce que d'aucuns appellent l'avènement des "écrivains pop-star".
Et pop star, William Pierre pourrait l'être avec cet étrange premier roman musical, épuré et attachant, sur fond de réseaux mafieux et de magouilles électorales.
Romain Baach, jeune homme moderne et sérieux n'a qu'une passion, la musique. Il n'a également qu'un ami, Premiah, fournisseur de disques, et de livres, rares - et voleur impénitent. Cette amitié indéfectible battie autour de goûts communs est pourtant très fragile, car Premiah se voit contraint et forcé de jouer un double jeu au service d'un mystérieux Monsieur O.
Mais Romain a un autre gros problème : son père, Benjamin Baach. Ce patriarche immigré de longue date et un rien bougon, est également l'un des puissants pontes mafieux de la ville de Plaine. Son voeu le plus cher serait de voir son fils cadet reprendre les affaires. Ce à quoi Romain s'oppose. Qu'à cela ne tienne, il devra trouver sa place dans "la famille". Faute de mieux, il sera DJ funèbre, accompagnant en musique la disparition souvent tragique des hommes de son père. Pendant ce temps, une certaine Prude tente de gagner la mairie de la ville en jouant de sa relation avec le caïd local. Le jeu des tensions et des pressions s'accentuent et Romain, comme Premiah, devront se battre pour garder, ou découvrir, leur véritable identité.
Une intrigue à tiroirs et multiples rebondissements, pour un roman aux personnages attachants mélangeant polar, initiation et culture musicale. Cet aspect, traité à la manière des films Blaxploitation des 70's (période dont William Pierre semble être un grand connaisseur) ravira les amateurs, l'auteur étant pour le moins éclectique. New Order, Roxy Music, Silver Apples, Chic, Hall & Oats, Devo, The Neptunes, The Jam, Moroder, Glenn Branca, sont quelques-un des nombreux artistes et musiciens cités dans Samedi Soir un DJ m'a sauvé la vie. Mais la littérature a aussi ses figures tutélaires, et c'est sous les auspices du Moravagine de Blaise Cendrars ou de Proust que William Pierre bâtit son univers (ce qui est assez rare pour être noté, surtout en ce qui concerne le premier, souvent absent des listes de lectures).
Vous l'aurez sans doute compris, Samedi Soir un DJ m'a sauvé la vie, n'est pas à proprement parlé, un polar. Il s'agit plutôt d'un roman surréaliste et poétique. Inclassable, à la manière d'un Louis-Stéphane Ulysse. Ceux qui s'attendent à du hard-boiled à la Ellroy seront évidemment déçus malgré quelques scènes d'une rare brutalité - pourtant toujours traitées avec distance. Les autres, ceux qui préfèrent la violence contenue d'un Kitano ou l'ambiance du Mean Street de Scorcese (dont l'histoire d'amitié entre Premiah et Romain semble indirectement inspirée), trouveront certainement leur bonheur dans cette très fine exploration des sentiments humains, ses situations vraiment drôles (l'enterrement du fan de Devo) et les allusions à l'actualité électorale subtilement amenées... A découvrir donc. (A noter que l'on en reparlera plus longuement sous peu sur Flu', le mag).
William Pierre - Samedi Soir un DJ m'a sauvé la vie (Françoise Truffaut éditions)
De rogbil, posté le 15.01.07 à 16:20
Tiens, il y avait une chanson début années 80 : Last night a DJ saved my live. Pas de connection ?
De Maxence, posté le 15.01.07 à 17:46 
Bin si, un clin d'oeil quand-même...