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Confessions d’un chasseur d’opium (Nick Tosches) : joyau méconnu

Posté par SébastienL le 09.12.05 à 21:03 | tags : roman, livre
le bouquin est paru chez Allia en 2001 Sur la quatrième de couv', ces deux phrases aussi éclatantes et glaciales qu’un croissant de lune hivernale : « Vous comprenez, il fallait vraiment que j’aille en enfer. J’avais, pour ainsi dire, le mal du pays. ». Telle est la trame de cette nouvelle qui nous ballade en 80 pages des restaurants huppés de Manhattan aux bouges de Hong-Kong, avec arrêt momentané en pleine jungle. Tel sera le ton aussi. Celui, inimitable, de Nick Tosches, l’homme qui a le mieux fait entendre les remugles de la sous-culture américaine ces dernières années. Confessions d'un chasseur d'opium est un joyau méconnu. Il date de 2001. L’écriture possède ce dénuement implacable qui frappe aussi bien au plexus qu’à l’imaginaire. Il suffit à Nick Tosches d’à peine deux, trois descriptions bien pesées pour jouer une symphonie baroque des plus succulentes. Le sordide s’y ébroue avec le plus abject raffinement. Pas de demi-mesure, c’est le prix à payer pour atteindre le « paradis artificiel ». La caractéristique principale de cette nouvelle résidant dans son inversion des valeurs bibliques. Comme si le Paradis, se reflétant dans un miroir, était devenu l’Enfer.
Car, cela ne trompe pas ce poète égaré célébrant Homère comme « le premier et le plus grand de tous les poètes ayant fait l’expérience de la céleste drogue », c’est bien Manhattan qui, en troquant ses habits sombres pour des fringues huppées, ressemble le plus à l’enfer. Bien plus que la « dernière fumerie d’opium », qui s’apparenterait à un lieu où le narrateur se sent enfin chez lui. En cette morne saison, Confessions d’un chasseur d’opium ressemble à une offrande idéale, quoique venimeuse. En tout cas, parfaite pour attendre l’imminente sortie (janvier 2006) du prochain Nick Tosches, "Le Roi des juifs".

Confessions d’un chasseur d’opium
Nick Toshes, éd. Allia, 2001
80 p. - 6,10 €

Commentaires

De pradoc, posté le 10.12.05 à 13:25 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Très bonne entrée en matière que ce petit livre de Nick Tosches, je vous recommande si vous l'avez aimé de passer au plat de résistance : "Hellfire".
Les musicologues pourront aussi s'orienter vers "Héros oubliés du Rock'n Roll" (préfacé par Beckett !) ou "Country". Je déconseille par contre les romans policiers de Tosches et même "La main de Dante" qui sont assez indigestes. Et maintenant citons l'auteur et le texte "Ce que racontait le copte":
"Si tu emportes avec toi ce qui est en toi, ce qui est en toi te sauvera / Si tu n'emportes pas avec toi ce qui est en toi / Ce qui est en toi te détruira."




De Leonardo, posté le 11.12.05 à 15:43 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Quel lien avec le délicieux "mangeur d'opium" de De Quincey ? Simple référence ou relecture contemporaine ?


De pradoc, posté le 11.12.05 à 15:55 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Pas de lien précis, mais un sujet commun. Le texte de Tosches se présente comme la quête d'un homme qui veut trouver de l'opium alors que la société ne fabrique et ne vend plus que des cochonneries synthétiques. Il s'agit d'une sorte de recherche esthétique. Le style est assez cassant, tranchant, c'est à lire, d'autant que le livre ne faut qu'une cinquantaine de pages. 


De Leonardo, posté le 11.12.05 à 17:56 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Merci pour la suggestion, je n'y manquerai pas.


De SebastienL, posté le 12.12.05 à 13:26 Prévenir les modérateurs en cas d'abus

Certes, certes pas de rapport direct...mais tout de même présent, puisque De Quincey est cité. Disons le clairement sans trop fantasmer, le livre de Tosches n\'existerait pas (sous cette forme) sans l\'original. On ne fait pas un livre avec un titre pareil sans faire référence à...
Surtout Pour Tosches qui est un sacré bon Dieu d\'érudit...
Quoi qu\'il en soit, c\'est fort sympathique d\'avoir des échanges de ce calibre. 

Le prochain "pain perdu" portera sur un livre signé d\'un belge, Jean-Pierre Otte, trés porté sur nos amis les bêtes habitant les fonds marins et s\'intitulant "La sexualité d\'un plateau de fruit de mer"...Bon appétit !!



De pradoc, posté le 12.12.05 à 15:54 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Va-t-il être question de moules, de raies, d'odeurs de marées & crevettes, de barbus ?

Oui, je sais mon humour est très limite...



De Sandor, posté le 12.12.05 à 17:19 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Je rappelle à l'assistance que Mille feuilles est un blog patissier, merci.



De pradoc, posté le 12.12.05 à 22:25 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Je suis possédé par l'esprit de Bernard Mabille depuis quelques jours, désolé. 


De Laura, posté le 03.01.06 à 18:56 Prévenir les modérateurs en cas d'abus

Pour faire suite à Nick Tosches, un livre unique en français sur l'histoire, les rites, la philosophie et l'esthétique de l'opium : L'art de l'opium fumé. Ou comment la fumée devient esprit et beauté. Voir www.art-opium.com



De psykantrop, posté le 03.01.06 à 19:01 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Cher Pradoc, le livre de Tosches se présente, en fait, sous les apparences, comme une quête de rêve et de poésie impossible dans ce monde qui y est devenu résolument hostile. La "fumerie idéale", celle des "fleurs et du parfum", celle qui est au-delà des mots, on ne la trouve qu'au fond de soi, dans l'inaltérable pureté du coeur.

De pradoc, posté le 05.01.06 à 13:50 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Je ne crois pas que le mot de pureté soit très indiqué pour parler de Tosches. La quête de l'opium est une quête dévoyée, c'est un vice de dandy. D'ailleurs Tosches est explicité dans son livre puisque dès la 1ère phrase, il mentionne l'enfer comme étant son véritable domicile.
Vous pouvez lire "Le pur et l'impur" de Colette qui traite en partie des fumeries du début du siècle et de la population lacive qui y traînait.


De pradoc, posté le 05.01.06 à 13:51 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Lascive

De virgule, posté le 05.01.06 à 20:42 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Le pur et l'impur je ne connais pas. c'est une nouvelle ou un essai?...

De pradoc, posté le 05.01.06 à 22:25 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Perdu ! C'est un récit de Colette. 

De Alraun, posté le 28.03.06 à 22:22 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Bonjour,
Et pour en savoir plus sur l'opium, une petite visite sur mes sites s'imposent :

http://jclandry.free.fr/
et
opiumania.chez.tiscali.fr/

PS : "La quête de l'opium est une quête dévoyée, c'est un vice de dandy". No comment ! Suis toujours abasourdi devant de pareilles et définitives affirmations !


De kojac, posté le 04.04.06 à 23:07 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
A lire ou relire la lettre a monsieur le législateur de la loi sur les stupéfiants d'Antonin Artaud......extrait......Il y a un mal contre lequel l'opium est souverain et ce mal s'appelle l'angoisse,dans sa forme mentale,médicale,physiologique,logique ou pharmaceutique,comme vousvoudrez. L'Angoisse qui fait les fous. L'Angoisse qui fait les suicidés. L'Angoisse qui faitles dammés . L'Angoisse que la médecine ne connait pas. L'Angoisse que votre docteur n'entend pas. L'Angoisse qui lèse la vie. L'Angoisse qui pince la corde ombilicale de la vie. Par votre loi inique vous mettez entre les mains de gens en qui je n'ai aucune espèce de confiance,cons en médecine,pharmaciens en fumier,juges malfaçons,docteurs sages-femmes,inspecteurs-doctoraux,le droit de disposer de mon angoisse,d'une angoisse en moi aussi fine que les aiguilles de toutes les boussoles de l'enfer. Tremblements du corps ou de l'ame,il n'existe pas de sismographe humain qui permette a qui me regarde d'arriver a une évaluation de ma douleur plus précise,que celle foudroyante de mon esprit. Toute la science hasardeuse des hommes n'est pas supérieur à la connaissance imédiate que je puis avoir de mon etre.Je suis seul juge de ce qui est en moi. Rentrz dans vos greniers,médical punaises,et toi aussi,Monsieur Le Législateur Moutonnier,ce n'est pas par amour des hommes que tu délires,c'est par tradition d'imbécilité.Ton ignorance de ce que c'est qu'unhomme n'a d'égale que ta sottise a le limiter. Je te souhaite que ta loi retombe sur ton père,ta mère,ta femme,tes enfants,et toute ta postérité. Et maintenant avale ta loi.

De kojac, posté le 05.04.06 à 00:17 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Pour Alrau...Merci pour tes sites pour pradoc........Une espèce' de déperdition constante du niveau normal de la réalité.Un impouvoir à cristaliser,le point rompu de l'automatisme à quelque degré que ce soit.Savez-vous ce que c'est que la sensibilité suspendue,cette espèce de vitalité terrifique et scindée en deux,ce point de cohésion nécessaire auquel l'etre ne se hausse plus,ce lieu menaçant,ce lieu terrassant.Se retrouver dans un état d'extrème secousse,éclaircie d'irréalité,avecdans un coin de soi-meme des morceaux du monde réel. Si l'on pouvait seulement gouter son néant,si l'on pouvait se bien reposer dans son néant,et que néant ne soit pas une certaine sorte d'etre mais ne soit pas la mort tout a fait.Il est si dur de ne plus exister,de ne plus etre dans quelque chose.La vrai douleur est de sentir en soi se déplacer sa pensée.Mais la pensée comme un point n'est certainement une souffrance.J'en suis au point ou je ne touche plus a la vie,mais avec en moi tous les appétits et la titillation insistante de l'etre.Je n'ai plus qu'une occupation me refaire.Sous cette croute d'os et de peau,qui est ma tete,il y a une constante d'angoisse,non comme un point moral,comme les raciocinations d' une nature imbécilement pointilleuse,ou habitée d'un levain d'inquiétudes dans le sens de sa hauteur,mais comme une (décantation) à l'intérieur,comme une dépossession de ma substance vitale,comme la perte physique et essentielle ( je veux dire du coté de l'essence) d'un sens.IL faut que l'on comprenne que toute l'intelligence n'est qu'une vaste éventualité,et que l'on peut la perdre,non pas comme l'aliéné qui est mort,mais comme un vivant qui est dans la vie et qui en sent sur lui l'attraction et le souffle ( de l'intelligence,pas de la vie).Les titillations de l'intelligence et ce brusque renversement des parties. Les mots a mi-chemin de l'intelligence.Cette possibilité de penser en arrière et d'invectiver tout a coup sa pensée.Ce dialogue dans sa pensée. L'absorption, la rupture de tout.Et tout a coup ce filet d'eau sur unvolcan,la chutte mince et ralentie de l'esprit.En sommeil,nerfs tendu tout le long des jambes.Le sommeil venait d'un déplacement de croyance,l'étreinte se relachait,l'absurde me marchait sur les pieds.

De jibbabbde, posté le 13.06.07 à 17:02 Prévenir les modérateurs en cas d'abus
Nick Tosches est un génie. La Main de Dante n'est pas indigeste, au contraire, le degré d'érudition dont fait preuve tosches force le respect, allez Pradoc laisse un peu de ton angélique complexion de petit lecteur, pour reconnaitre que nous sommes tous des petits cloportes sous la semelle de Kafka.

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