

L'ami Dash, toujours vigilant, nous signale un site qui ravira tous les amateurs de littérature, les rats de bibliothèque et plus particulièrement ceux pour lesquels épanouissement sexuel rime avec étagères. Kezako ? Si les rayonnages, les planches de bois couvertes de livres, les piles de bouquins étaient des femmes à poil, le site bookshelfporn serait le comptoir bordel le plus fourni et le plus diversifié du monde. Photo d'étagères, d'intérieurs professionnels, de rangements intimes et étrangement ouverts sur eux-mêmes, gros plans, le site reproduit la structure des sites pornographiques en proposant des tags qui spécialisent la spécialisation : étagères avec portes, photos, citations, étagères avec des portes cachées, étagères de rue (street bookshelf) ou encore tatouage de bibliothèque (ouais). On a assez vite fait le tour de cette histoire là et du site mais agencées à la mode IKEA, les bibliothèques ne sont pas sans effet sur notre libido. Serrés les uns contre les autres, alignés en rangs dans un frotti-frotta de mots et de genres, les livres de bookshelfporn rappellent vaguement les primates dans Les Grands Singes de Will Self et notamment cette scène épique où tout le monde s'enfile à Trafalgar Square (?). Evidemment, il faudra être vraiment pervers pour se monter la tête avec tout ça. C'est bien le propre du fétichiste que d'admettre des stimuli auxquels le commun des mortels/lecteurs n'aurait pas pensé. Et puis il faut de tout pour faire un monde des livres. A vos poignets, prêt, partez ! Bonjour, tristesse (et poésie).
L'écrivain/journaliste Erik Rémès est un auteur qui aime s'attaquer aux sujets les plus sensibles, tabous, extrêmes. A ce titre, ses écrits posent une question fondamentale en littérature : un romancier peut-il tout se permettre ? Est-il possible de transposer le drame épouvantable du jeune Ilan Halimi, torturé à mort par le gang des barbares, en une semi-fiction ? A ces interrogations, Erik Rémès répond par un roman insoutenable, véritable uppercut littéraire : Barbares.

Comme tous les ans, il n'y aura pas beaucoup de comics à Angoulême. Les superslips n'y ont jamais été légion mais leur contingent rétrécit au fil des années, même si de temps à autre, une personnalité atypique (Moore, O'Neill, Miller) y trouve grâce. Cela reste dommage tant l'univers un rien codifié s'est élargi ces dix dernières années et aborde, par des biais purement fictifs, des thèmes larges, pertinents et d'actualité. Au rang des bonnes surprises passées plutôt inaperçues de ce côté de l'Atlantique où l'on se concentre sur les grandes productions en revue de DC et Marvel, le second volume de la saga Project Superpowers d'Alex Ross et Jim Krueger, déjà auteurs de l'excellente trilogie Earth X, est à découvrir. Traduit en français sur 4 volumes de 200 pages chacun à peu près, l'ensemble est dessiné notamment par Edgar Salazar mais bénéficie des interventions savantes du duo créatif et, bien sûr, des couvertures remarquables et sidérantes du Norman Rockwell des comics, Alex Ross. Si on avait pu à chaud émettre quelques réserves sur les talents de scénariste ou de plotter en chef de Ross lorsqu'il avait sorti le pourtant très attendu Justice, on doit reconnaître que cette fois, le duo s'est remarquablement rattrapé.
Après un chapitre 1 haletant et surtout impressionnant en terme de conception d'univers (rappelons que Superpowers ressuscite des héros inconnus au bataillon enfermés par la trahison de l'un d'eux, le Fighting Yank, dans la... boîte de Pandore) et de galeries de personnages. Au fil des pages, on est pris dans un récit épique, tourné délibéremment vers l'action mais qui prend aussi le temps d'installer des personnages principaux qui questionnent les valeurs socle de l'Amérique d'aujourd'hui. Entre le Green Lama, le Fighting Yank justement et surtout notre chouchou le pirate Black Terror, Ross et Krueger proposent rien moins qu'une dissertation (en slip et cape) sur la Liberté aux Etats-Unis. Pour ceux qui n'auraient pas suivi le chapitre 1, les vieux héros ont du envahir New York pour soustraire la ville à l'influence d'un conglomérat de robots plus ou moins à la solde d'une grande trilatérale de la filouterie. Expliqué comme cela, c'est toujours difficile à vendre mais on se situe ici au coeur des débats qui ont fait surface dans la sphère publique consécutivement au 11 septembre, à la mise en place de Guantanamo, etc. Faut-il s'en remettre aux valeurs ou être capable de les mettre entre parenthèses par pragmatisme ? Jusqu'où peut aller la compromission politique ? Quel est le véritable statut de l'insurrection ? Si l'on englobe dans ce chapitre 2 les trois tomes (de loin les joyaux de la couronne) consacrés à la mission parallèle de Black Terror (qui n'ont malheureusement pas tous été traduits en français), Project Superpowers a vraiment tout pour devenir un classique du genre intelligent. Dans les tomes 3 et 4, l'action se déporte sur des éléments un peu plus surréalistes comme la bataille rangée avec un Zeus priapique et assoiffé de pouvoir qui incarne, de manière un peu manichéenne, un délire de toute puissance qui permettra aux justes et aux pragmatiques de se réunir et de lutter de concert.
Quoi qu'il en soit, et si on reste sur le terrain des idées, l'ensemble de Ross et Krueger amène sur la table, sans qu'on y prête attention, plus de matière que bien des BD dites intelligentes sur lesquelles les critiques se pâmeront d'ici quelques jours. Violents, improbables, dynamiques (l'ensemble est publié par Panini, pour le compte de Dynamite Entertainment), les comics méritent une place dans les cartables de vos enfants....et de leurs papas. Ce n'est pas parce qu'Hollywood en a fait sa matière noire (débilitante) pour ados qu'il ne faut pas chercher, là où elle se trouve, une pertinence souvent enfouies sous le barrage d'un univers hermétique aux adultes. Le projet se double, du reste, d'une réflexion sur le temps (passé/futur, l'héritage,...) qui n'est pas empreinte de poésie. Est-ce que les héros changent ? Est-ce qu'on peut pardonner ? Autant de questions qui tiendront encore la route (et le doute) dans 30 ans.
De Sadie Jones on se souvient du Proscrit, un premier roman qui suivait le destin tragique de Lewis Aldrige, enfant accusé d’avoir brûlé l’église de sa bourgade du sud de Londres.
Le livre, dense, et comportant quelques longueurs, était une chronique sociale des années 1950 : celle des bourgeois bien sous tous rapports qui conduisent enfants battus et femmes soumises à l’église entre deux torgnoles et trois verres de whisky.
Dans Les petites guerres – qu’on vous chroniquera bientôt plus en longueur – Sadie Jones narre encore la trajectoire peu enviable d’un narrateur quasi mutique.
Cette fois c’est un jeune major envoyé à Chypre où l’état d’urgence est déclaré.
Là encore la violence sourde et les silences coupables rythment un roman plus direct et surtout élagué des longueurs qui boursouflaient son opus précédent.
Le mieux est encore que vous en jugiez par vous-mêmes en achetant ce livre ou en tentant de le gagner grâce au concours que nous organisons avec 10X18.
Participer au concours et gagner un des 20 exemplaires de Les Petites Guerres de Sadie Jones.

A se demander combien il en reste, John Updike a dû écrire plus de romans que je n'ai de temps pour les lire. Si seulement j'avais pu commencer avant, sot de moi, j'aurais même pu découvrir La Parfaite Epouse à sa sortie, frais émoulu du millésime 94 (1994 évidemment), voire à sa sortie US (je ne lisais sûrement pas l'anglais couramment à cette époque), circa 1992. Comme sa date ne l'indique pas, La Parfaite Epouse est une chronique des années Ford (pas le marchand de voitures, le président) dont le titre original est d'ailleurs le peu sexy Memories of The Ford Administration. Autant dire que les français ont eu raison de changer ce titre là qui pour le péquin moyen (voire le péquin évolué) n'évoque strictement rien. De Ford, on se tape du reste un peu ici, puisque c'est à son époque que s'attaque avant tout Updike, c'est-à-dire très précisément les années 1974-1977.
Le roman se présente comme une contribution envoyée par un écrivain et professeur du nom d'Alfred Clayton à une société savante qui lui demande de raconter ses années Ford. Le gars en profite pour livrer un pavé de 400 pages racontant sa vie à l'époque (sexuelle et sociale, comme toujours chez Updike), en même temps qu'il file la biographie surprise d'un autre président américain, James Buchanan. Buchanan qui sera président jusqu'en 1861 est généralement classé parmi les pires présidents américains et celui sous le mandat duquel se sont mises en place les conditions de la Guerre de Sécession. Updike prend le contrepied de cette explication la plus courue pour tenter en passant une pseudo réhabilitation de Buchanan et montrer que les choses n'étaient pas si faciles. Le coup de génie du livre est de monter un parallèle audacieux entre la vie amoureuse du narrateur (partagé entre sa femme et la Parfaire Epouse avec laquelle il tente de refaire sa vie) et les tentatives de Buchanan pour maintenir la paix. Buchanan est le premier et seul président célibataire, son seul amour étant mort quelques jours après qu'il ait rompu avec elle des fiançailles pour des raisons extra-personnelles. Il y aurait donc un parallèle entre les équilibres géopolitiques et les équilibres amoureux. Par delà ce rapprochement qui nous vaut un fascinant (et parfois éreintant, ne cachons pas la vérité) roman "deux en un", Updike, qui vient de délaisser Rabbit (le personnage qu'on n'aime pas), pour revenir aux affaires, est complètement déchaîné et sans laisse. Ses évocations sexuelles sont remarquables, ses phrases sont impeccables et ses observations d'une acuité et d'une pertinence qui ne laisse pas de survivants. Ses seuls souvenirs de l'ère Ford sont la liberté sexuelle (post soixante-huitarde) qui précède encore l'apparition du SIDA ainsi que cette histoire de livre avorté sur Buchanan. Du coup, Updike nous gratifie surtout de jugements extralucides sur la liberté sexuelle et la débilité hippie. Mi-conservateur comme toujours, il se tient toujours un pas en retrait (trop vieux, trop usé) du courant dominant. Il écrit ainsi en VO ce petit résumé transcendant de son âge d'or :"We had worn love beads and smoked dope, we had danced nude . . . we had bombed Hanoi and landed on the moon, and still the sky remained unimpressed." Comme souvent chez Updike, c'est d'une beauté et d'une vérité sidérantes, voire sidérales.
La Parfaite Epouse n'est pas forcément le Updike le plus ludique et le plus accessible qu'on a lu (en partie à cause de la biographie de Buchanan et de son intrication très fine avec la maille historique américaine) mais c'est une véritable leçon romanesque, de composition et d'équilibre. A l'heure (la rentrée, la rentrée), où on s'extasie, par exemple, avec l'Art français de la guerre d'Alexis Jenni, sur un roman qui ose filer quelques vingt ans d'Histoire, Updike se paie avec à peu près le même recul une double hélice Ford/Buchanan avec chronologie inversée, doublée d'une double biographie individuelle, presque les doigts dans le nez. Cela n'enlève de mérite à personne mais il faut avouer que, pour qui s'intéresse un minimum à la composition romanesque, les anglo-saxons nous mettent souvent KO debout. Updike rappelle dans ce domaine la boxe la grâce et la technique légendaire d'un Ray Sugar Leonard, dont il n'est nullement question ici mais qui débuta sa carrière par un titre olympique en 1976 justement, c'est-à-dire en plein mandat de Gérarld Ford. On peut reprendre presque mot les qualités de Leonard pour décrire Updike : " Droitier rapide et mobile, doté d'une prodigieuse vitesse de réaction et d'un coup d'œil super-sonique, il est très sûr de lui et a un sens tactique aiguisé." Ces deux-là faisaient le même boulot.
James Brown - Papa's Got A Brand New Bag
Après la réédition de l'immense L'Oiseau Canadèche, notre livre court préféré de tous les temps, les Editions Cambourakis continuent d'oeuvrer pour la légende de Jim Dodge, le meilleur écrivain vraiment (mal) caché du XXIème siècle (oubliez Salinger) : trois romans, un recueil de poèmes et pas grand chose d'autre en quarante ans mais quels romans mes amis. Sans crier garde sauf pour ceux qui l'attendaient depuis un bail, voici que déboule après Canadèche donc, l'incroyable Not Fade Away dont on attendra la critique forcément dithyrambique (on le relit pour la 3ème fois et la 1ère en VF) d'ici quelques jours ou semaines. Not Fade Away est le roman le moins abouti de Dodge, le plus daté peut-être mais certainement pas le moins percutant. L'histoire est celle de Georges Gastin, le dépanneur le plus dingue d'Amérique, lancé à travers un périple incroyable pour conduire une Cadillac sur la tombe du Big Bopper, un musicien mort dans un accident d'avion avec la star latino Ritchie Valens. Georges est le personnage haut en couleurs du livre, un dépanneur slackeur (avant l'heure) dément, épris de liberté et qui porte sur lui (ses drogues, ses disques de rock, sa vitesse) tout l'esprit libertaire de l'auteur. Pour accompagner ce roman qu'il faut avoir lu, spécialement en France, en janvier et avec la crise et la dépression qui nous bouffe les miches, les Editions Cambourakis ont mis en ligne sur youtube une sorte de bande-son qui reprend les principaux titres évoqués dans le livre et qui démarre avec ce vieux morceau de James Brown. Dans le bouquin, Georges se demande ce qu'il y a dans le sac de papa : de la came, de la maille ou je ne sais quoi ? Not Fade Away ressemble à ce qui se passerait dans votre tête (et dans votre slip) si un 36 tonnes vous fonçait droit dessus. C'est un roman miraculeux qui prolonge l'esprit de Kerouac et de sa bande, le sérieux en moins. Au début, Georges se fait d'ailleurs passer pour Kerouac alors qu'il s'apprête à dérober la Cadillac, auprès d'un couple rêveur. Le roman est romantique, touché par la grâce, tendu comme en apesanteur au dessus de l'époque. Comme on a promis de ne pas en dire trop avant d'en dire assez, on s'arrêtera mais VOUS DEVEZ LIRE CE LIVRE, si vous voulez vous prendre l'espace d'un instant pour celui ou celle que vous n'êtes/ne serez jamais. Not Fade Away, c'est Jonathan Le Goeland avec une bagnole, du rock et de la came à la place des plumes. C'est Burroughs sans Guillaume Tell, c'est l'amour sans capotes et Yul sans Brynner. Foncez.


Qu'il est chouette, mon marronnier.
Bienvenu(e) dans notre marronnier (2 n, 2 r) de saison : les lecteurs sont des monstres et nous aussi. Essuyez vous les pieds avant d'entrer. Après le top de l'année 2011, pas si mal, les bonnes résolutions (ne lire que des livres qu'on a envie de lire ?, ne pas lire... même pour rire... de livres de Marc Lévy, Guillaume Musso, Frédéric Beigbeder, Alexis Jenni,... soyons sérieux, ne pas lire trop de comics avec des superslips ?, essayer de ne pas terminer tous les mauvais livres qu'on démarre? , en écrire un bon enfin?, vendre des livres un max pour faire de la place chez soi ? se débarrasser de la biographie d'Eva Joly, Clémentine Autain, Ségolène Royal....), les repentirs (franchement, est-ce qu'on avait raison de dire autant de mal de Lise Beninca et de ses Les Oiseaux de Paradis et tant de bien du Rom@ de Stéphane Audeguy?), les bilans (2011, année sans grosse révélation, sans immense choc littéraire, sans livre qui ont changé ma vie... du moins sortis l'année dernière) : à quoi bon continuer ? Ici ou ailleurs, à parler des livres, voire à lire tout court alors qu'il y a tant de trucs à faire (mais quoi?). Pourquoi continuer à faire la commère comme une vulgaire (je me comprends) lectrice femme au foyer, clouée à son blog enjupée de frais, merveilleuse, mère et amante avaleuse de sabres mous, lectrice active et à l'optimisme débordant, sa trolée de fans mamours suiveuses, en lynchages, élevages d'autel pour romanciers en manque de critique. Quelle place pour la critique et quelle place pour la lecture ? Est-ce si important de faire ça ? Ca, quoi ? Ecrire des "recensions" comme disent les anglo-saxons, donner des points de vue à la mer, en bouteilles mignonettes qui arrivent à qui ? Faut-il en passer par là parce qu'on n'a pas ou plus d'ami(e)s réel(le)s avec lesquel(le)s partager des avis sur la littérature ? Mais qui lit au juste en 2012, autre chose que son prospectus Aldi hebdomadaire (les côtes de porc et la semaine italienne) ou des modes d'emploi pour des tablettes chiquées ? Est-ce qu'il faut s'imposer critique pour autant, les interviews, les livres qui tombent comme des matchs de football chaque semaine (allez, il y en a un ou deux bien sur dix et un exceptionnel sur 100, comme les matches de football, ni plus ni moins). Est-ce une question d'argent ? Pas même. Le plaisir d'être lu (par qui?), qu'on nous reproche une fois la semaine une faute d'orthografe mal placée (à coup sûr une touche qui fourche) ? Alors quoi ? La gloire, la surexposition médiatique, le petit théâtre d'opérette du journalisme semi-professionnel mirabolant ? Pas que... pas tout.
Ce qu'il y a de bien avec 2012 :
1. C'est qu'on a déjà pu lire vache de bons livres : Le dernier contingent d' Alain Rudefoucauld, oh la drôle d'affaire, un roman à couper au couteau (les oreilles surtout) avec des déclinaisons de noir à la Soulages et des scènes d'anthologie à se noyer dedans. Violence, sexe et adolescente : le bon cocktail à la Elephant qui tue avec des scènes de crépuscule qui tâche. Et puis Le Lieutenant de Kate Grenville. Un excellent roman d'aventure australien, avec des bons sauvages et des vahinés, un soldat érudit (il y en a) et de la tragédie de principe qui rappelle Burton (l'écrivain, pas le mari de Liz Taylor). Surtout la Soif Primordiale (et ça fait 2 Métaillié, bizarre), de Pablo de Santis. Argentina forever. Le meilleur bouquin de vampires du XXIème siècle. Twilight peut aller se rhabiller. Voilà du vampire pour adultes et c'est très très bien. Quoi d'autre ? Dynamite Art d' Alex Ross, en 348 pages de héros à tomber et aussi en rattrapage 2011 le Chiéna Miéville de The City & The City (pas si bon que son idée géniale finalement). On peut dire les choses franchement : on n'a pas encore trouvé un MAUVAIS livre en 2012. Cela risque de ne pas continuer ainsi mais tout de même, cela sent la grande année truffière. Le critique/lecteur est un être fragile et affreusement niais : il suffit de 3 romans qui le transportent pour qu'il oublie tout ce qui s'est passé avant et replonge avec l'espoir d'enfin trouver cette année, ce mois-ci : le livre qui va changer sa vie.
2. Bah qu'est-ce qu'on ferait d'autre si on n'avait pas ça ? Il faut démarrer l'année en y repensant parce que ça se fait, mais, si on ne lisait pas, on aurait tout ce temps à meubler dont on ne pourrait rien tirer de meilleur que d'être SEUL avec le livre. Pas de parents, enfants, femme, maîtresse, amies. Après 10 jours de fêtes, ils ne nous manquent pas, au contraire. On est content de retrouver le boulot, le métro et les sièges à lire. La voisine d'en face dont on zieute l'entrecuisse (plus haut, bon sang), son Métro brouillé et ses horoscopes, son livre du matin et du soir qui nous fait deux jours. La lecture, c'est la vie, disait l'autre (mort depuis, Dumayet, R.I.P). Tout faux, c'est évidemment l'inverse. Allongé, assis, couché, sur le flanc. Il y a plus de positions de lectures que de combinaisons à 2 corps dans le Kamasutra. Et c'est 100% de chances de ne pas terminer précocément parce qu'on s'est trop laissé aller à désirer l'autre. Le livre se consomme comme on veut. Vous avez déjà entendu un livre se plaindre d'avoir été lu trop vite ?
3. Avec cette histoire d'apocalypse maya qui arrive (en 2012, hé oui, mais vous aurez le temps d'en entendre parler), il faut se dire que c'est la dernière année qu'on passe ensemble. Vous avez intérêt à lire des critiques de morts de faim avant de perdre votre temps avec un roman. Autant dire que le rôle des critiques sérieux comme nous/moi qui lis/lisons les livres et qui applique/appliquons des techniques d'analyse hautement professionnelles et éprouvées, validées par l'éducation nationale, bien écrites et balancées, non dénuées d'une portée qui dépasse amplement la lecture du simple livre, autant dire que les critiques de ce calibre ont toute leur place en 2012 : il va falloir choisir les bons. Les lecteurs vont disparaître en même temps que les autres ou alors un peu avant. Il y aura des battues pour éliminer les derniers. Mieux que ça, l'espèce va s'éteindre d'elle-même dans 1 ou 20 ans, de sa belle mort. Il faut se gorger d'histoires et en emmagasiner un maximum avant la fermeture de la boutique. Les libraires vont déguster. Ils portent la TVA en cravate de notaire autour du coup mais ce n'est pas la question : ils n'ont plus aucune chance de survivre en dehors des ghettos bobos. Tant que l'éducation nationale fait semblant d'étudier le patrimoine. Et après ? On mettra des planches de bois sur leurs vitrines moisies. Les écrivains auront se monter le chapiteau ailleurs. Vive la 3D à lunettes, à bas la 4D, la 5D du roman traditionnel. Bienvenue dans la régression imaginaire. Alors, oui, la critique va vous sauver ce qui vous reste de temps et vous aider à suivre la piste. Un phare dans l'apocalypse.
4. Il doit bien rester une histoire quelque part. Une seule et l'affaire est dans le sac. Prenez le chien, le rouge, la tente igloo et c'est parti. Personne n'a idée d'où elle se planque. C'est la Baleine blanche, la Jean-Pierre Treiber des histoires, la fille de l'air, l'alpha et l'omega de la fiction. Où qu'elle est ? Où ça ? Il va falloir qu'on les passe toutes au peigne fin, au tamis d'orpailleur pour mettre la main dessus. Même petite, même moche, 2012 pour toujours dans nos coeurs. Continuer comme ça ou alors juste les lendemain de fêtes. Nous voilà.
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