Devenir écrivain et prendre une mégabâche de Jack London
Le problème se pose assez vite lorsqu'on se pique d'écrire de savoir si ce qu'on "produit" a un intérêt ou pas. On peut soumettre nos torchons à des proches (maîtresse conquise, amant), à des parents, à des amis qui, souvent, nous traitent respectueusement mais dont l'avis n'est généralement (sauf si vous êtes un fils ou une fille de, auquel cas votre production aura un intérêt majeur pour l'humanité) ni professionnel, ni objectif.
Avant de franchir le cap de l'éditeur (par définition imaginaire, cruel et laconique, injuste et pressé, aveugle et peu à l'écoute de votre génie), certains font le malin et décident d'envoyer leurs écrits à des écrivains qu'ils respectent dans le double espoir : 1) que ceux-ci les trouveront cool (et qu'ils deviendront amis) 2) que ceux-ci pourraient le cas échéant leur donner des conseils ou mieux un coup de main pour devenir célèbre.
Dans les deux cas, il faut avoir en tête que c'est une idiotie et que tout ce que vous retirerez de cette affaire-là, c'est soit une lettre manuscrite de quelqu'un que vous aimez bien (de quoi en tirer quelques dizaines d'euros sur ebay), soit un encouragement idiot arraché par quelqu'un qui ne veut pas être impoli. Il n'est sans doute pas nécessaire de rappeler qu'on écrit toujours seul et qu'on ne peut compter que sur sa foi en soi, pour être convaincu de faire l'intéressant. Qu'est-ce qui vous maintiendrait à votre table de travail sinon, alors qu'il y a tant de choses à faire comme jouer à la Wii, regarder la télévision ou prendre des verres avec des amis. Envoyer son manuscrit à quelqu'un d'autre qu'à un éditeur, c'est comme appeler SOS Amitiés ou entamer un dialogue sur Internet avec une nana qui vous veut du bien : un acte désespéré et désespérant. Ecrire, comme disait l'autre, c'est douter de tout en étant sûr de soi. Ainsi, en va-t-il de ce jeune écrivaillon qui, un jour de 1910 (?), eut la bonne idée d'envoyer ses nouvelles à Jack London, monument historique à cette époque, qui lui donna très amicalement cette réponse très pédagogique.
"D'abord, laissez moi vous dire que, comme psychologue et comme littérateur, j'ai apprécié votre oeuvre pour sa psychologie et son originalité, car en vérité elle ne m'a plu ni par son charme littéraire, ni par sa valeur qui sont, avouons le, nuls. Il ne suffit pas d'avoir quelque chose à dire pour intéresser, il faut s'efforcer d'exprimer son idée le mieux possible et dans la forme la plus attrayante ce que vous avez entièrement négligé. S'il faut au moins cinq ans pour devenir forgeron, combien faudra-t-il de temps pour devenir un écrivain professionnel capable de vendre son travail à de bonnes revues et d'être payé comptant ? combien d'années de travail intense à 19 heures par jour d'études sur la forme, sur la manière, sur l'art et la façon de l'acquérir, pour qu'un homme doué d'un talent naturel ayant quelque chose à dire, puisse imposer son nom dans le monde des lettres et en vivre ? Il est impossible qu'à 20 ans vous ayez travaillé suffisamment pour devenir un écrivain renommé. Avouez que vous comptez à peine cinq mois d'études suivies et sérieuses. Votre apprentissage n'est pas encore commencé : la preuve, c'est que vous m'avez envoyé ce manuscrit ! Voulez-vous écrire pour le marché littéraire ? Il faut donc une marchandise susceptible d'être achetée. Lisez ce qui se publie et vous verrez que votre oeuvre ne vaut rien. Il n'y a qu'un moyen d'apprendre, c'est de commencer. Et de commencer par un travail patient; s'amer contre les déceptions qui furent celles de Martin Eden avant sa réussite, et ce furent les miennes également puisque j'ai attribué à ce héros mes propres expériences dans le métier littéraire."
L'histoire rapportée dans la belle biographie écrite par l'épouse de London, la bien prénommée Charmian, ne dit pas ce qu'il est advenu du jeune écrivain en question, mais il est à parier que la réponse de son héros ne lui a pas donné des ailes. A-t-il revendu son encrier ? S'est-il jeté pierre au cou dans la baie de San Francisco ? Est-il devenu journaliste ou critique sur le web ? Paix à son âme en tout cas, puisqu'il a eu ce qu'il méritait et rien que ce qu'il méritait. La course au chef d'oeuvre littéraire est ce qu'il y a de plus darwinien et redoutable avec l'Iron Man d'Hawaïï et le casting de la Nouvelle Star.
C'est celui qui le dit qui y est (6) : peut-on écraser les hérissons avec élégance ?Pas moyen de se débarrasser de cet Hérisson qui, depuis plus d'un an (et pour combien de temps encore), empoisonne la vie des lecteurs français et truste le haut des charts et des chariots de la lectrice moderne, urbaine, campagnarde et par définition sexy qui nous intéresse. Pourquoi la France est-elle tombée amoureuse d'une concierge qui n'est même pas Ch'ti ? L'élégance du hérisson de Muriel Barbery est un phénomène qui à lui seul suffirait à questionner l'existence même de la littérature. Shakespeare, Joyce, Burroughs ou Stendhal n'auraient-ils servi après tout qu'à annoncer ce raz-de-marée-là ? Peut-on écrire après Auschwitz, se demandait-on hier ? Que pourra-t-on écrire après Marc Levy et Muriel Barbery ? La comparaison est idiote, de très mauvais goût, ok, mais il ne faut pas sous-estimer l'importance de cet animal sur la société et son devenir. La France est-elle le produit du Hérisson ou le Hérisson le produit d'une France qui aime s'imaginer comme un modèle de tolérance et d'humanisme ? La solitude de la concierge a-t-elle une portée universelle ? Chacun est-il le concierge de quelqu'un d'autre ? Il est probable que le Hérisson laissera des traces plus profondes que les personnages de Dany Boon sur le pays réel. Sa gentillesse peut-elle avoir un impact social ? Pourquoi personne n'essaie de récupérer son pouvoir fédérateur ? Pourquoi Nicolas Sarkozy n'invite-t-il pas l'auteur et quelques-unes de ses victimes à partager une tasse de thé au Palais ? La critique s'interroge mais le monde vit son trip hérissonnier en silence, bientôt the Hedgehog Style en anglais, le film, le jeu vidéo. D'aucuns se demandent si l'affaire aurait pu fonctionner avec le panache de la belette, la classe du fenneck, ou la frime du rat musqué. Pas sûr. Le hérisson est une créature familière, à la fois attachante et sournoise, sympathique et inoffensive. Qui n'a pas écrabouillé un jour l'un de ces animaux avec son automobile ? Qui n'a fait semblant d'être triste en sentant sous le pneu le petit sursaut de sa 206 ? Aimer les hérissons, c'est aimer notre droit de les défoncer par inadvertance. Avec juste ce qu'il faut de culpabilité sincère pour rester humain. Il y a autour de la créature une odeur d'étrange et de surnaturel, comme si le hérisson cachait des secrets inavoués. J'ai essayé de compter le nombre de mots par ligne et de voir si on pouvait en tirer un message quelconque. La numérologie ne donne rien. Reste ce film mystérieux qui présente la créature sur pieds ou sur pattes et qui ne devrait rien donner non plus. A propos, est-ce que vous savez pourquoi le hérisson ? Pour ceux qui n'ont pas lu le livre (dieu les préserve), c'est parce que l'héroïne est décrite de cette façon là : "Mme Michel, elle a l'élégance du hérisson: à l'extérieur, elle est bardée de piquants, une vraie forteresse, mais j'ai l'intuition qu'à l'intérieur, elle est aussi simplement raffinée que les hérissons, qui sont de petites bêtes faussement indolentes, farouchement solitaires et terriblement élégantes." M'ouais. Une étude a récemment soulevé un lièvre : malgré le succès du livre, on assiste à une recrudescence de décès des hérissons le long des routes. La vitesse reprend. Les amis de la littérature font du tuning sauvage à l'orée des bois. Il pourrait devenir bientôt très hype de torturer des hérissons et d'en faire des films pour Internet. Tout ça pour ça. Lévi-Strauss entré à la Pléiade Etre publié en Pléiade de son vivant, voilà qui sonne comme la véritable consécration pour les écrivains français. Rien d'étonnant alors à ce que Claude Lévi-Strauss, représentant ultime de la pensée française dans le monde et doyen de l'Académie française, se voit attribuer cet honneur, quelques mois avant son centième anniversaire.Pilier de la pensée structuraliste, Lévi-Strauss a un parcours intellectuel exemplaire (entamé par un cursus en droit et en philosophie), qui l'a mené, entre autres, à fonder l'Ecole libre des hautes études à New-York, à enseigner à l'EPHE et au Collège de France. Ses multiples travaux révèlent son approche interdisciplinaire, où se croise la philosophie, l'anthropologie, l'esthétique. La prestigieuse collection réunit aujourd'hui des textes choisis par l'auteur lui-même : Tristes tropiques (1955), Le totémisme aujourd'hui et La pensée sauvage (1962), La Voie des masques (1975), La Potière jalouse (1985) et Histoire de Lynx (1991), Regarder écouter lire (1993). Le volume (près de 2000 pages) propose comme d'habitude de riches notes et annexes, mais également de nombreuses illustrations (cartes, graphiques, photographies), qui doivent donner, selon l'éditeur, "une forme visuelle à la pensée". "La nouveauté du livre s'oppose à un ressassement, elle répond au besoin de valeurs plus larges, plus poétiques, telles que l'horreur et la tendresse à l'échelle de l'histoire et de l'univers, nous arrache à la pauvreté de nos rues et de nos immeubles". Georges Bataille, au sujet de Tristes Tropiques. Oeuvres Editions Gallimard, "Bibliothèque de la Pléiade" Jean Lescure : les beaux silences de 1968 "Ici le chemin commence à descendre/le petit jour une fois encore / le grès frôleur le grain frileux/ le gris/ comme les coursives assourdissantes d'un bateau vide/ l'insomnie traversée/ quels coteaux renaissent d'une épaule si blonde/est-ce la cendre ou la brume/ dans quels jardins ou quels marais/ plus bas qui m'attend/ chargée de mémoire/ j'aime/dans la lenteur/ que la maison ce matin vienne au monde/mal dessillée mal ressuyée des songes." On triche à peine en englobant le poète oulipien Jean Lescure dans le grand bal de mai 1968. Ses Drailles dont cette "Saint Jean d'été" est tirée ont beau être sorties en recueil en novembre 1968 chez Gallimard, leur rédaction est antérieure à notre nouvelle année de ré(f)vérence. Difficile néanmoins de faire plus 1968, sa vie, son oeuvre qu'avec Jean Lescure, homme à la vie et au parcours au moins aussi (plus, disons le) admirable que sa poésie. Engagé en 1934 avec le Comité de Vigilance Antifasciste, Lescure est d'abord connu pour avoir été le secrétaire de Giono, période Cahiers du Contadour. C'est en temps que directeur de la revue Messages que le poète gagne ses lettres de noblesse et devient l'un des hommes de lettres et de poésie les plus actifs de la résistance littéraire. Messages est évidemment et assez vite interdite mais paraît depuis Bruxelles. Lescure collabore aux Lettres françaises et participe avec Gide, Camus, Sartre et Michaux à L'Insoumission collective de la littérature, manifeste rebelle paru en 1943 (si je ne me trompe pas). A la libération, il bosse à la Radio puis se lance dans la fondation du socle administratif actuel du cinéma français sous la conduite d'André Malraux. ll occupera dans ce domaine de hautes responsabilités. Son amour de la littérature trouvera des prolongements dans son oeuvre poétique et dans sa fréquentation assidue des réunions mensuelles de l'Oulipo, la fameuse association montée par Queneau et le mathématicien François Le Lionnais pour parler livres et mathématiques. Homme de mots, Lescure était un poète du silence incomparable. Ses Drailles (chemins de montagne, de pierres et de terres) sont le plus beau symbole de son écriture : minérales, antiromantiques, économes mais sculpturales au sens propre du mot. Lescure essayait de faire de ses poèmes des concrétions calcaires, plus ou moins épaisses et vulgaires selon leurs conditions d'élaboration, pleines d'éléments naturels (du vent, du sable, de la pierre, du blanc), et simplement posées là, droites et fières contre l'absurde. Ses vers sont souvent imperméables mais bizarremment lumineux comme si l'élément d'indistinction qui les faisait tenir debout leur conférait des propriétés de transparence paradoxale. Décédé en 2005, Lescure est l'exemple même du poète français inconnu ou presque en dehors des cercles spécialisés dont l'oeuvre mériterait un retour en grâce. On rêverait de le voir étudié à côté de ses contemporains, les Eluard et autres. Le road-movie littéraire d'Eric Naulleau Les magazines people les plus désespérants (exaspérants) véhiculent parfois d'intéressantes nouvelles...littéraires. Alors que Britney Spears occupe la couverture de Closer (la routine), une page un peu moins exposée nous apprend qu'Eric Naulleau, chroniqueur féroce des émissions de Ruquier (On n'est pas couché) et de Pierre Lescure (Ça balance à Paris) prépare une émission littéraire pour Arte. Pour rappel, Eric Naulleau est également le directeur littéraire des éditions Balland et de L'Esprit des Péninsules (qu'il a fondé), et est lui-même auteur de plusieurs ouvrages.C'est en collaboration avec la société de production Troisième Œil que l'émission est en train de se préparer. Le pilote devrait être tourné ce mois de juin en Israël. "Ce sera une sorte de road-movie à travers le pays, une découverte de la littérature à travers les auteurs, qui nous recevront dans leurs lieux préférés, que cela soit leur bureau, un restaurant ou un hangar désaffecté, explique Eric Naulleau. Amos Oz et Aaron Appelfeld entre autres participeront au pilote". L'émission sera présentée par Mazarine Pingeot, et si elle est signée avec la chaîne, elle pourrait devenir hebdomadaire, présentant régulièrement de nouveaux pays à travers leur littérature. Est-ce que ce pourrait être le programme littéraire que l'on attendait, plus cool et dynamique que les débats nocturnes, assez sérieux cependant pour jouer un rôle critique et prescripteur ? Un festival de Cannes très... littéraire !
Première "incursion" du monde des livres, avec Marjane Satrapi, qu'on ne présente plus, et qui fait partie du jury présidé par Sean Penn. Des écrivains avaient déjà été membres du jury de Cannes (Cocteau, Toni Morrison , Orhan Pamuk), mais c'est la première fois qu'un auteur de bédé occupe cette fonction. Ensuite, trois des films de la sélection officielle sont des adaptations littéraires. Le film d'ouverture, Blindness réalisé par Fernando Meirelles, est tiré du roman L'Aveuglement, de José Saramago, écrivain portugais qui reçut le prix Nobel de littérature en 1998. La fiction-documentaire Entre les murs, de Laurent Cantet, est adaptée de l'ouvrage éponyme de François Begaudeau. L'écrivain joue lui-même le rôle principal de ce film, celui d'un prof dans un collège du 19e arrondissement de Paris. Enfin, le film de clôture, What Just Happened ? de Barry Levinson, est inspiré de d'une satire sur Hollywood écrite par Art Linson, qui n'a pas encore été traduite en français (Linson est le producteur entre autres des Incorruptibles et de Fight Club). Voilà pour le moment Cannes. Mais continuons à parler cinéma. N'avez-vous jamais eu quelques aspirations cinématographiques à la lecture d'un livre particulièrement... imagé ? Quelles adaptations ciné d'œuvres littéraires vous ont-elles déçu, surpris, ou plu ?
En savoir plus sur la sélection officielle du festival de Cannes
Illustration : François Bégaudeau dans Entre les murs, de Laurent Cantet Vers la réédition de Mein Kampf Mein Kampf (Mon combat) est cet ouvrage dont le titre seul suffit à faire frémir. Rédigé par Hitler pendant son séjour à la prison de Landsberg (1924), cette semi-autobiographie expose clairement les objectifs d'une idéologie nazie, tragique prémonition des sombres événements à venir. L'évidence veut que ce livre-là n'ait sa place ni en librairie ni en bibliothèque, pas même en son enfer. Et pourtant même l'évidence doit parfois être remise en question. Comme le rappelle Pierre Assouline sur son blog, les droits du livre tomberont dans le domaine public en 2015 : les universitaires allemands font entendre la nécessité d'élaborer une édition critique de l'ouvrage, avant que celui-ci ne soit récupéré par négationnistes et autres néo-nazis. Mein Kampf s'était vendu à 10 millions d'exemplaires sous le IIIème Reich ; 70 ans plus tard, il circule plutôt sous le manteau. Une chose est sûre, le texte est toujours à manier avec autant de précaution.
Mardi 6 mai à 21 heures, Arte diffuse Mein Kampf, c'était écrit, un documentaire d'Antoine Vitkine, produit par Doc en Stock.
Neil Cohn et le langage visuel
Neil Cohn est un étudiant en linguistique, et sa théorie, c'est que ce que nous appelons bédé, comics, manga, art séquentiel, graphic novel ou autre, utilisent un Langage Visuel qui au-delà de toute considération "artistique" de style et d'esthétique est avant tout un moyen de communiquer, un langage avec sa syntaxe, sa grammaire, ses coutumes et ses figures de style. Commencer à penser comme ça peu transformer votre façon de lire la bédé et de la percevoir. Loin d'être le simple storyboard que la conception trop répandue de "l'espace temps" suggère, la bédé est un véritable langage visuel, qui comme un autre langage peut dès lors être évalué avant toute chose selon la capacité à communiquer clairement de l'émetteur d'un message plutôt que sur sa capacité à dessiner des muscles saillants aux barbares et des seins ronds aux elfes. ![]() Le corps de Pasolini. C'est celui qui le dit qui y est (5)Posté par Myosotis le 03.05.08 à 12:00 | tags : elucubration
S'il n'y avait pas Pasolini, Burroughs et quelques autres (la masse Bukowski?), on pourrait assez facilement tenir la position selon laquelle on se moque bien du corps et de la grâce des écrivains. Seule l'oeuvre compte, non ? Seul vaut ce qui restera après la mort, l'affichage médiatique, les clips, ce qui se lit et fait le charme d'un auteur : ses écrits, romans, pièces de théâtre, poésies, etc. La gueule n'a pas d'importance. On est pas dans la collection Beigbeder après tout, celle où on essayait d'habiller des bimbos précieuses en monuments de la littérature à coups de robes courtes, de minois enjôleurs et de cuisses fermes. Le corps des écrivains ne vaut pas grand chose et ne présente aucun intérêt. On sourit lorsque Houellebecq fume une cigarette sur le petit doigt, lorsqu'Angot fait sa moue. On rigole quand [people_restrictif=marc levy]Marc Lévy va chez le coiffeur et fait un concours de balayage avec [people_restrictif]Jean-Christophe Ruffin, et alors ? Alors rien. Peu importe. Houellebecq compte à sa façon. Son corps paraphrase ce qu'il a écrit et n'apporte rien à l'oeuvre. Il la porte sur lui mais pas aussi bien que si c'était elle qui l'avait inventé. Le corps de Houellebecq préexiste probablement le Houellebecq qui écrit (sauf peut-être la chute des cheveux qui est venue en même temps que l'écrivain) mais ne le commande pas. C'est le plus souvent la règle dans le milieu : le corps n'a pas d'utilité et ne mérite donc pas de passer le siècle. Tout est bien qui finit bien, puisque la nature a fait en sorte chez les génies qu'on abandonne l'un pour laisser parler l'autre. Pas bête. Le problème, c'est qu'il y a Pasolini et qu'on peut difficilement faire l'impasse sur le corps de Pasolini, lorsqu'on le voit ainsi en mini-clip musical. Pasolini l'acteur et Pasolini le corps, vivant comme mort, sont une seule et même chose qui, d'une certaine façon, sont nécessaires au "fonctionnement" de l'oeuvre. Le corps porte la vie de l'écrivain et lui sert comme d'un instrument. Le corps de Pasolini baise des garçons sauvages, joue au football dans la banlieue de Rome, se balade au bord des ruisseaux, des canaux, prend le soleil. Le corps de Pasolini roule en voiture, racole, se bagarre et perd. Il se fait défoncer le crâne et un peu tout par on ne sait pas qui : des loubards, des casseurs de pédé, des voyoux, des espions, des meurtriers. Le corps de Pasolini est comme un Opinel poétique : il ouvre l'oeuvre, la rend possible et la complète avec ses allures de danseur carnavalesque. Il explose près d'Ostie et se répand sur le sable et constitue l'exception qui confirme la règle. Le sable réalise alors le rêve de n'importe quel artiste : faire une mouillette avec le cerveau du plus grand créateur multimédia du XXème siècle. La grâce qui se dégage depuis la naissance médiatique du phénomène Pasolini jusqu'à sa mort est assez inédite pour être signalée. Son corps dépasse l'oeuvre au sens où il donne ce supplément d'âme et de vie qui, parfois, manque à la parole précieuse et dramatique de l'intellectuel. Le corps de Pasolini ajoute à la force des écrits une dimension adolescente, une grâce enfantine et une rigueur qu'il perdait lorsqu'il devenait trop sérieux. Pour ceux que la lecture fatigue et que le cinéma italien rebute, comprendre Pasolini n'est pas plus difficile que ça : regardez son corps, écoutez quelques minutes de sa parole et vous aurez compris de quoi il retourne. "Une panthère surdouée et gay", avait dit une fois un ennemi camarade. Une panthère maquisarde, marxiste, footballeuse, gay et brune. Si vous imaginez ça, vous tenez Pasolini. Le corps de Pasolini, et ce n'est pas un hasard, fonctionne comme le corps du Christ. Il représente. Il porte. Il incarne. Mais surtout il transcende. Comme l'Autre, il se sacrifie pour la Toussaint (1er novembre 1975) et devient le corps le plus important de la littérature moderne, à égalité avec Shakespeare qui n'en avait pas. Romain Slocombe : Scène de massacre
Éditions du Masque Mai 68 : les pavés sont ramollisQuarante plus tard, que signifie Mai 68 ? L'initiative du collectif Le Pavé en mousse (diffusée à plusieurs reprises par Marianne2) laisse sceptique. Même si elles partent d'un bon sentiment, les diverses opérations organisées restent isolées et tristouillettes.
Ils font ça pour rire. Et au fond, cette histoire d'anniversaire doit-elle vraiment être prise plus au sérieux ? Comme le dit Hervé Hamon dans son entretien avec Fluctuat, "il ne s'agit pas de se moquer de mai 68". Ces "événements" ont marqué l'histoire, bouleversé les mentalités, marqué un tournant, etc... Seulement, la façon dont les écrivains, penseurs, politiques, médias, un peu tout le monde, choisissent de commémorer ce moment n'a-t-elle pas un côté cérémonieux qui entre en totale contradiction avec l'esprit mai 68 ? Nous autres jeunes qui ne l'avons pas vécu, à notre tour d'être out, parce qu'on ne peut pas bien en parler, et pas autrement que comme d'un mythe révolu et digéré. En général, ceux qui l'ont fait, ils nous laissent plutôt imaginer que mai 68, c'était trop cool. N'empêche qu'on est pas encore tout à fait au clair, là dessus. D'un côté il y a le président de la république qui annonce vouloir "liquider mai 68" (il veut liquider plein de trucs), et de l'autre, une avalanche d'ouvrages et de dossiers qui redonne à ce printemps un petit goût de révolution. Flu prend le parti de participer à l'éboulement, et souffle quand même les bougies avec un dossier mai 68. John Boyne : des rayures qui font mouche Il était une fois un Garçon au pyjama rayé. Un livre jeunesse qui explosa les records de vente en divers endroits du monde, en Espagne surtout (ou le titre devient El niño con el pijamas de rayas...). Son histoire n'avait rien à voir avec la sorcellerie, rien de drôle ni de magique. Son histoire, c'est celle de l'extermination des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale.L'auteur de ce best-seller, John Boyne, est irlandais. Sans doute ne s'attendait-il pas à un tel succès. Son éditeur espagnol (Salamendra) avait par exemple acquis son titre avec prudence, un tirage à 5000 exemplaires pour commencer, un lancement discret. C'est une interview de l'écrivain dans le quotidien El Pais qui va donner une véritable impulsion médiatique à l'ouvrage. Tout le monde se met à lire El Niño... L'éditrice Sigrid Kraus remarque que "c'est un livre que toute la famille lit, un pont entre les générations.[...] Les libraires ont dit qu'ils n'avaient jamais vu ça : les gens l'achetaient en plusieurs exemplaires pour l'offrir." Résultat : 700 000 exemplaires vendus en Espagne.
La portée universelle du sujet abordé par le livre - la shoah, doit expliquer en partie son retentissement mondial. Traduit dans 35 langues différentes, il est en quelque sorte un pendant au Journal d'Anne Franck, l'incontournable que les profs recommandent de lire, parce que le texte est à la fois accessible et instructif. En France, on a peu entendu parler du Garçon au pyjama rayé : sorti en Folio Junior à la rentrée 2006, il s'est correctement vendu à 17 500 exemplaires. En Allemagne, le titre fonctionne bien mieux, et en Irlande, il est numéro un des ventes depuis plus d'un an. Enfin, de la même façon que les contes de fées se concluent souvent par un mariage et une flopée de bambins, on sait que les best-sellers finissent toujours sur grand écran. L'adaptation ciné de l'ouvrage de John Boyle est effectivement en cours sous la direction de Mark Herman, et prévue pour le 12 septembre prochain. Sur le site de John Boyne, on peut voir les couvertures du livre dans toutes les langues où il a été traduit. Livres de foire Ce blog est le blog « livres » de Fluctuat mais, avouons le, il ne couvre qu'une infime partie du sujet : en dehors de l'occasionnelle élucubration de Myosotis, nous nous limitons généralement aux romans, essais et bédés. Les livres de cuisine gay des sixties, éditions illustrées de Don Quichotte du XVIIIème siècle et revue du travestissement américain vintage, vous trouverez plutôt ça sur le blog Room 26 Cabinet Of Curiosity de la bibliothèque Beinecke de l'Université de Yale. Spécialisée dans les livres rares et les manuscrits, cette bibliothèque vient d'ouvrir un blog pour faire partager au monde entier les curiosités de son immense fond. On hésite encore à vendre les livres comme de la lessive, du moins les romans, mais les montrer comme des bêtes de foire n'a jamais posé de problème à personne. Houellebecq : trop tard pour la fesséeDans ses bouquins comme dans les (nombreuses) interviews qu'il a pu donner, Michel Houellebecq n'a jamais été très sympa avec ses parents. Surtout pas avec sa mère, qu'il décrit, notamment dans Les Particules élémentaires, comme une hippie dégénérée, qui aurait oublié d'élever ses gosses, préférant se consacrer à ses nombreux amants. ![]() Dans une interview parue dans les Inrocks, il l'avait déclarée morte. Sauf que la maman en personne, Lucie Ceccaldi, âgée de 83 ans, vit à la Réunion. Et s'octroie aujourd'hui un droit de réponse publique, en publiant à son tour un bouquin aux éditions Scali, L'Innocente. Selon le site Bakchich, plusieurs maisons d'édition auraient décliné la proposition de la mère Houellebecq, en raison du poids que pèse désormais le fils dans le milieu. On se souvient effectivement des nombreuses tribulations éditoriales de l'écrivain, de l'insistance de Lagardère pour garder celui-ci chez Fayard, alors qu'il menaçait de claquer la porte.
Lucie Ceccaldi sait sans doute qu'il est bien trop tard pour remonter les bretelles à son insolent de fils. Elle n'en dira pas moins ce qu'elle pense : « Avec Michel Houellebecq, mon fils, on pourra commencer à se reparler le jour où il ira sur la place publique, ses Particules élémentaires dans la main, et qu'il dira : "je suis un menteur, je suis un imposteur, j'ai été un parasite, je n'ai jamais rien fait de ma vie, que du mal à tous ceux qui m'ont entouré. Et je demande pardon" ». Elle ajoute que « le succès de ses Particules élémentaires repose sur une imposture, afin de suivre le courant porteur "de la mode". Tuer sa mère, c'était dans l'air du temps. il n'a d'ailleurs rien inventé en la matière. Vipère au poing d'Hervé Bazin, c'était bien avant lui. » Pas mal envoyé. Normalement, les histoires de famille, cela ne nous regarde pas... Mais à partir du moment où on y règle ses comptes à coups de bouquins, on peut suivre ça sans remords. Ce qui est drôle, c'est qu'en dépit de la virulence du conflit qui agite ces deux-là, la solidarité de famille fonctionne toujours. La mère et le fils vont pouvoir se faire mutuellement de la pub. Une ordure : Irvine Welsh et son Bad Lieutenant
En sortant en 1997 (2000 pour la traduction française aux Editions de l'Olivier), l'affreux Une ordure, Irvine Welsh livrait son roman le plus noir, le plus moralement borderline et sûrement le plus puissant. Une Ordure raconte la "descente aux enfers" (encore qu'il y soit déjà) d'un flic écossais qui, après le départ de sa femme Carole (pour des raisons qu'on ignore assez longtemps, est-ce un simple voyage chez sa mère ou une rupture définitive ?), sombre dans une décadence totale, physique, morale et j'en passe. Bruce Robertson est cette sorte de héros, proche par le comportement excessif du Bad Lieutenant d' Abel Ferrara et Harvey Keitel, mais avec un supplément d'âme et de fougue littéraire en plus, qui rend son portrait, énoncé à la 1ère personne, particulièrement troublant. [...] Le site officiel d'Irvine Welsh Points Seuil
Où en sont les m@nuscrits de Léo Scheer ? On a beaucoup parlé, ces derniers temps, via les élucubrations de Myosotis, et vidéo à l'appui, des auteurs les plus incroyablement (et injustement, pour certains) lus du moment. Ces auteurs-là, on peut les aimer. Ou pas. Inutile de rentrer de nouveau dans ce débat qui ne présente, au fond, aucune issue. Mais ceux qui vendent leurs livres comme des petits pains ont-ils besoin qu'on parle autant d'eux ? Vous me rétorquerez, besoin ou pas, ça n'empêche pas qu'on en parle. Ok.Inversons complètement la tendance. Parlons d'auteurs dont nous pouvons être sûrs que personne ne les connaît, pour la seule et bonne raison qu'ils ne sont pas encore publiés. Vous le savez peut-être, le site des éditions Léo Scheer propose depuis plusieurs mois la rubrique M@nuscrit, qui permet aux internautes de mettre leur manuscrit en ligne, et, de fait, d'être lus, commentés, notés. Bien entendu, le support numérique de lecture n'a rien d'une révolution, et on ne compte plus le nombre d'ouvrages mis en ligne par des écrivains en herbe. Mais il faut souligner qu'ici, ce sont des éditeurs eux-mêmes qui s'y mettent. L'initiative de Léo Scheer avait soulevé de nombreuses interrogations. S'agissait-il d'expérimenter de nouvelles formes de publications, de se faire un coup de pub, de rechercher la perle rare ? La rubrique M@nuscrit avait été inaugurée avec un seul texte, Rater Mieux d'une certaine Barberine. Depuis, d'autres l'ont rejoint, et on y compte désormais une cinquantaine de titres. Alors si l'on veut bien mettre un instant de côté toutes les problématiques éditoriales liées à cette expérience, aller y faire un tour peut valoir le coup. D'abord, il est intéressant de pouvoir consulter un travail brut, sur lequel l'éditeur précise ne pas intervenir. Et puis, à lire les quatrième de couverture, on peut peut-être faire de belles rencontres (mais il faut pouvoir lire des pages entières sur un écran...). Voir les M@nuscrits de Léo Scheer
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