Mon problème avec 2666 et les livres mastodontes
Avec 2666, élu meilleur livre de l'année 2008 (date de sa sortie) un peu partout, Bolaño propose pas moins de 1000 pages et un gros pavé paru chez Christian Bourgois dans lequel je me suis engouffré totalement inconscient. Le roman qui traite entre autres choses du mal est ce que j'ai lu de mieux depuis au moins mille ans. Se sachant malade, l'écrivain avait mûri le plan de sortir ce monstre en 5 volumes pour assurer la prospérité de ses héritiers, mais les dits héritiers, respectueux de l'oeuvre de leur papounet ont pris la décision de respecter le travail de Bolaño et préféré sortir le livre en une seule séquence plutôt que de le trancher en mode jackpot.
Du coup, voilà le travail : 1 kilo 200 grammes de matière littéraire en fusion, intransportable et disons le impossible à lire dans des conditions normales d'utilisation. Le problème posé par 2666 n'est pas une chose anodine et se pose plus souvent qu'on ne le croit, que l'on se retrouve dans la posture du critique ou dans celle du lecteur occasionnel.
Pour le critique, le gros livre a tout d'un repoussoir. Que faut-il en faire ? Il va de soi que si on veut faire son travail correctement, lire 2666, William H. Gass et son Tunnel ou le Livre des Violences de Vollmann à venir, il faut envoyer un mot d'excuse à son rédacteur en chef disant à peu près ceci : " Je te prépare une critique de 2666 pour dans 6 à 8 mois. D'ici là, merci de continuer à me payer mais je suis sincèrement désolé, je ne pourrai rien lire d'autre, ni te livrer quoi que ce soit", ou alors ruser, parcourir le livre, recopier le 4ème de couverture et se la jouer à l'esbrouffe.... Faire comme si, lire vite et lire mal, lire sans s'arrêter, tout lire mais en sabotant le plaisir qu'on y prend. C'est souvent cette voie-là qu'on choisit à défaut de rater l'exclusivité et de critiquer en 2011 un livre sorti en 2007, voire d'abandonner toute velléité critique si le livre est si bon qu'il n'est pas la peine d'en rajouter.
Le lecteur d'aujourd'hui aime aller d'un livre à l'autre, et ne peut pas se payer le luxe de ne lire qu'un livre pendant un an, à moins d'être un monomaniaque dangereux. La seule solution que j'ai trouvé pour ce genre de livres est de les picorer, de les garder près de ma table de chevet (j'ai toujours là un gros Walter Benjamin, l'énorme correspondance de Leopardi par exemple) et d'en faire des livres INTERCALAIRES, lus par segments de 10 ou 12 pages, les jours de misère romanesque. Du coup, le livre mastodonte se lit en durée XXL, sur des années, des siècles même, il se lit lentement et plus sûrement qu'aucun autre, ce qui n'est sans doute pas la meilleure manière de l'apprécier mais qui permet de le faire quand même. Pas la peine de parler du contenu, il reste les phrases, le temps et nous. Quand je l'aurai fini, nous serons tous morts et il ne restera rien ou pas grand chose de Bolaño et de la littérature, encore moins de ce site, de Michael Jackson et son moonwalk, de la race lisante, de la Terre,... Il ne restera que le vent.
Message personnel : Je suis théoriquement censé rendre le livre à la bibliothèque du Mans le 13 juillet. Comptez dessus. De toute façon, je suis à peu près certain que personne n'aura l'idée de le réserver dans les 10 prochaines années.
Découvrez Firmin, le rat qui lit Steinbeck et Dostoïevski
Réponse : ni le dernier héros de Disney, ni un double de Ratatouille reconverti en libraire, Firmin est le personnage principal du roman éponyme de Sam Savage. Un rat né dans les sous-sols d'une librairie, et qui se nourrit - dans tous les sens du terme - des plus gros morceaux de la littérature - en vrac : Dickens, Fitzgerald, Dostoïevski, Steinbeck, Stendhal, Faulkner... Mais à qui il ne faut surtout pas parler des autres titres consacrés à ses comparses : « La seule littérature que je hais de toute mon âme est la littérature consacrée aux rats, souris comprises. (...) Je pisse à la raie de Mickey Mouse et Stuart Little. Si affables, si mignons avec leurs petites pattes, ils me restent en travers de la gorge comme de grosses arêtes de poisson. » Un rat sur lequel les éditions Actes Sud misent gros aussi, à en juger par la campagne consacrée au livre de Savage, qui connaît un succès mondial depuis sa publication initiale. Affichage dans les stations de métro, dans les gares... et spot au cinéma. Firmin est en fait déjà vendu comme un film - qu'il deviendra peut-être ? Cet été, il aura en tout cas l'avantage de vous faire réviser vos grands classiques. Les amoureux du livre à la sauce borgésienne s'y retrouveront, mais ceux qui préfèrent lire les grandes oeuvres au lieu d'en entendre parler risque d'en sortir un peu frustré.
Lire des extraits de Firmin sur Fluctuat En images : des trésors de la BD à la Maison RougeAvec l’ouverture récente du Musée de la bd à Angoulême, c’est l’un des événements incontournables de l’été consacrés au 9e art : l’expo Vraoum ! à la Maison Rouge réunit de véritables trésors graphiques, qu’il s’agisse de planches originales (Trondheim, Eisner, Crumb) ou d’œuvres d’artistes inspirés par la bande-dessinée (Basquiat, Warhol, Erro…).
Grands classiques (Tintin, Peanuts) ou superslips, science-fiction ou érotisme, figures hype ou populaires… : l’exposition de la Maison Rouge, orchestrée par David Rosenberg et Pierre Sterckx rend compte de la riche diversité de la bd. La preuve en images, avec le DIAPORAMA DE L'EXPO VRAOUM !, qui relève le pari de réunir Bédé et art contemporain. Vraoum ! Trésors de la bande dessinée et art contemporain A la Maison Rouge jusqu’au 27 septembre 2009.
Lire aussi : Persepolis 2.0 dénonce le régime iranien Gainsbourg par Joann Sfar, après le film, la bd La Genèse de Crumb dans Télérama Toute l'actu des expos sur le blog arts Pourquoi Michael Jackson est un Peter Pan manqué
Le Roi de la pop ne s'est pas contenté de nommer sa propriété d'après l'île créée par James Matthew Barrie. Certains traits de sa troublante personnalité le rapprochent aussi de son héros. Alors que M.J. est au goût du jour, tâchons de rappeler qui est vraiment Peter Pan, à l'aune de la figure du chanteur. Avant de s'ajouter à la longue liste des héros Disney, Peter Pan est né de l'imagination de J.M. Barrie, écrivain écossais de la fin du 19e siècle. Pour amuser ses jeunes amis, cet homme un peu marginal, pas très à l'aise dans son costume d'adulte, invente Peter, petit garçon qui s'est envolé loin de Londres pour ne plus grandir. Il a rejoint l'île de Neverland, pays rêvé des enfants où le cauchemar n'est jamais loin. La suite, on la connaît : il y a Wendy, mi-maman, mi-amoureuse de Peter, les Garçons Perdus, bande de joyeux orphelins, et bien sûr le Capitaine Crochet, l'ennemi juré de Peter Pan.
Deux enfances (en)volées. Peter a quitté le monde réel pour « ne jamais devenir un homme, et toujours s'amuser ». Même quand Wendy tente de lui vendre un foyer accueillant et aimant, il refuse de rejoindre la grisaille londonienne. Il veut bien jouer au mari, tant que ça reste pour du faux. Michael Jackson a construit un paradis pour les enfants, alors que lui fut privé d'enfance : répétitions acharnées avec les Jackson Five dès ses six ans, un père violent, etc. Deux hérauts du transgenre ? D'un côté on trouve Peter, être asexué (sans scrupules, il brise les élans passionnés de Wendy), lancé dans une lutte jusqu'à la mort contre le Capitaine Crochet, symbole d'une virilité toute-puissante et fascinante (Wendy ne sait parfois plus où donner de la tête). De l'autre, Michael Jackson, déshumanisé par ses transformations physiques successives : rhinoplasties, dépigmentation de la peau... Son visage aux traits figés rappelle une sorte de Barbie sans les UV. Le temps passe, mais pas pour eux. Les rides, c'est bon pour les autres... Peter n'a aucune notion du temps qui passe. Lorsqu'il débarque chez Wendy après un an d'absence, c'est comme s'ils s'étaient vus la veille, alors que la pauvre s'est languie des nuits durant. En apparence, le corps de Michael Jackson non plus n'est pas éprouvé par la vieillesse. Il aurait eu 50 ans cet été. On lui en aurait donné 20 de moins. Ou de plus.
Neverland, très loin de la Californie. La pop star aura réussi à ressembler, autant que possible, à son héros. Pourtant, le gigantesque ranch qu'il a fait construire n'a pas grand-chose à voir avec l'île imaginée par J.M. Barrie. Alors que Michael Jackson a voulu concevoir un petit paradis pour les enfants, le Neverland du livre donne la part belle à la violence et à la mort. Peter et les Garçons Perdus y massacrent des pirates en toute insouciance, tandis que ceux-ci ont la bonne idée de cuisiner un gâteau empoisonné pour la joyeuse marmaille. Wendy et ses frères sont mi-exaltés, mi-effrayés par cet endroit où la loi de la jungle l'emporte.
L'histoire est sans fin. « La mort doit être une aventure extraordinaire ! » s'écrit Peter le crâneur, à deux doigts de périr noyé. Il peut se le permettre, lui qui ne passera jamais de l'autre côté. Gageons que Michael Jackson aura su, à sa manière, atteindre une forme d'immortalité.
Michael Jackson, De l'autre côté du miroir, d'Yves Gautier, chez Publibook. Une biographie de la star par le regard d'un sociologue, passionné par l'analyse de l'image.
Voir aussi : Le portrait de Michael JacksonLe diaporama Michael Jackson and friends Le diaporama vidéo des meilleurs clips de Michael Jackson Le diaporama de Neverland. Toutes les vidéos de Michael Jackson Le dossier Michael Jackson, roi déchu de la Pop Philip Roth remixé : la nouvelle sensation électro ?![]() C'est peut-être la sonnerie pour mobile branchée de cet été, ou alors, juste une bonne blague : le mix d'un cri et d'un rire de Philip Roth est désormais disponible en téléchargement !
C'est au journaliste James Marcus que l'on doit cette petite création. Au cours d'un entretien avec Philip Roth en septembre dernier pour le Los Angeles Times, Marcus lui avait demandé son avis sur l'adaptation ciné de son roman Portnoy et son complexe. L'écrivain avait répondu qu'il trouvait le film « indescriptible ». « C'est un film basé un hurlement. Un hurlement Juif », explique-t-il avait d'en donner un « bref et comique exemple ». Cette performance frappe alors le journaliste, qui y voit « un morceau d'anthologie de l'histoire littéraire, au même titre que Thoreau expliquant comment retirer l'écorce d'un bouleau ». Le mix réalisé par Marcus a ensuite été mis en ligne par l'éditeur indépendant Melville House, qui est, selon lui, toujours à la recherche « d'objets littéraire » qui secouent un peu. Sur son blog, le journaliste promet également d'élaborer, si son petit mix rencontre du succès, une version longue de 15 minutes, qui comprendra notamment les cris des écrivains Bernard Malamud et Isaac Bashevis Singer. Le détour vaut le coup, estime le Guardian, ne serait-ce que pour vérifier si « le rêve de voir des clubbers new yorkais agiter leur derrière pour le cri d'un romancier de 76 ans peut être réalisé ».
Pour écouter le mix :
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Photo : © DOUGLAS HEALEY/AP/SIPA Persepolis 2.0 : une nouvelle version de la bd dénonce le régime iranien![]() « 2.000 personnes ont été arrêtées et sont actuellement en détention » en Iran, a déclaré Karim Lahidji, président de la Ligue iranienne de défense des droits de l'Homme, à l'AFP. Comment en est-on arrivé là ? Une version réactualisée de Persepolis, la célèbre bd de Marjane Satrapi, entreprend de retracer très clairement les événements qui agitent le pays depuis la réélection supposée truquée d'Ahmadinejad.
Nous ne sommes plus en 1979 mais trente ans plus tard, en juin 2009. Ce n'est plus de la chute du Chah qu'il s'agit, mais de la réélection d'Ahmadinejad contre Moussavi. La résistance s'organise désormais sur Twitter. Les images restent mais le texte change. L'histoire est-elle destinée à se répéter inlassablement, les opposants à se taire ? C'est ce que semble dire ce Persepolis 2.0, édité par Payman & Sina, et qui invite tous leurs lecteurs à diffuser leur bd.
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On a retrouvé Dashiell Hammett![]() Né cinquante ans plus tard, Dashiell Hammett aurait pu être guéri de ce qui a miné sa vie : la tuberculose. Tissu de contradictions hautement explosives, il était communiste américain et patriote, écrivain phénoménologiste et critique d'un univers déliquescent, parti deux fois en guerre et victime de la tyrannie maccarthyste des années cinquante.
Pour fêter les 80 ans de la parution de son premier roman, La Moisson rouge, Gallimard en offre, cet été 2009, une nouvelle traduction intégrale et nettoyée de son argot des années cinquante. D'après Raymond Chandler, son principal disciple et admirateur, autre génie du lieu, Hammett a « sorti le crime de son vase vénitien et l'a remis à sa place, dans le caniveau ». Propagateur de la fiction hard boiled, le roman de "dur à cuire", et du roman noir (un vrai roman, mais du crime et sans justification), Hammett a posé les contradictions de la société américaine du temps du capitalisme sauvage (...) Des ados lisent des livres contre... une canette de Coca De quoi un adolescent est-il capable pour obtenir gratuitement une canette de Coca ? D'aller très loin, paraît-il, et même : de lire des livres...C'est ce que croit, en tout cas, l'équipe pédagogique d'un établissement de Wellington, Nouvelle-Zélande, qui a décidé de mettre en place un nouveau système pour inciter ses jeunes élèves à la lecture. Le barème est le suivant : pour deux livres lus, l'ado se voit offrir une canette de coca. Pour cinq livres lus : un bon de transport. 10 livres valent une place de ciné, et enfin, jackpot : un bon pour un téléphone mobile récompensera le petit champion qui saura prouver qu'il a lu 10 livres. Selon le lycée Rongotai, le nombre de livres empruntés à la bibliothèque aurait doublé depuis le lancement de cet étrange concept. Un carnet de notes de lectures et les témoignages des parents doivent ensuite attester de la lecture effective des ouvrages empruntés... Autant le programme qui proposait à des prisonniers de s'engager à lire des livres contre remise en liberté apparaissait comme une belle initiative, autant celui-ci laisse plus perplexe. « Je suis la première personne à reconnaître que c'est du soudoiement, avoue Kit Norman, en charge du programme, mais les résultats parlent d'eux-mêmes ». Certains d'entre nous se souviennent s'être forcés à lire du Stendhal ou un Maupassant dans le cadre d'un exercice scolaire. Forcé. Pour avoir une bonne note. Et déjà que la moitié des mots nous filaient entre les doigts. Alors vous pensez bien, pour une canette de Coca... Lire aussi : Gainsbourg par Joann Sfar : après le film, la bd (ou presque)
Il faut dire qu'après Persepolis ou Les Beaux gosses les producteurs français doivent penser que les auteurs de BD indépendante sont bankables. De notre côté on constate surtout que la bande dessinée française est un petit microcosme amusant, où ce qui tient lieu "d'alternative" et de "BD d'auteur" dans les librairies fait au box office jeu égal avec le mainstream (le film Largo Winch, par exemple). Sfar, en tout cas, est le premier à qui l'on confie un film qui n'a rien à voir avec son oeuvre BD mais il n'oublie tout de même pas d'où il vient, et pour assurer la promo du film qui devrait sortir l'an prochain, il a demandé à son ami Mathieu Sapin (auteur du Journal de la Jungle et de Supermurge) de tenir un journal en BD du tournage. Les premières pages sont déjà lisibles sur le site du film et le résultat, avec ses traits d'encre noir griffonnés et ses lavis de couleurs approximatifs fait beaucoup penser à... du Sfar. Que le maître ait été trop occupé importe peu, c'est presque du Sfar et c'est sur Sfar, ça devrait suffir aux fans.
Lire aussi : La Genèse de Crumb dans Télérama Twitterature : Dante, Shakespeare ou Harry Potter en 20 lignes Twitter, ou comment se faire remarquer avec... rien du tout. Deux étudiants de Chicago, qui ont eu l'idée de publier des morceaux de grands classiques via cet outil, verront ainsi leurs travaux d'ultra-synthèse publiés par Penguin à l'automne prochain.Emmett Rensin et Alex Aciman, 19 ans, racontent avoir développé leur idée "de génie" après avoir identifié la littérature, d'un côté, et Twitter de l'autre, comme les deux grandes caractéristiques de leur époque. On mixe le tout et on obtient : la twitterature, qui a pour but de « réunir une bonne fois pour toute les deux grands piliers de notre génération »... Hum... Pas si naïfs cependant, les deux compères affichent clairement les ambitions liées à leur initiative : tous deux rêvent de devenir écrivain, riche et célèbre.
Le journaliste du Guardian qui rapporte l'affaire, reste, lui, assez critique à l'égard de la dite Twitterature. Rappelant le rôle politique qu'a joué par exemple le réseau dans les événements iraniens, il estime que l'on a pu voir, en une semaine, deux facettes de l'outil Twitter : l'une, sublime, l'autre, ridicule.
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Lire aussi : Avec la revue Bifrost, Richard Canal est parmi nous ! Honte sur moi, j'ai failli laisser passer le numéro 54 de Bifrost, consacré à Richard Canal ! Cet écrivain français de science-fiction pas banal(e) mérite pourtant qu'on se penche sur son cas comme le fait l'équipe du magazine d'Olivier Girard dans ce nouveau et copieux numéro.
Ecrivain baroudeur, de la veine de Lucius Shepard, Richard Canal peut affirmer sans rougir qu'il a eu une existence hors-normes. Titulaire d'un doctorat en informatique, il a trainé ses guêtres au Maroc, puis en Afrique (Cameroun, Sénégal) puis enfin en Asie du Sud-Est (Vietnam, Laos, etc.). De fait, et malgré des chef d'oeuvres de science-fiction humaniste comme sa trilogie cyberpunk "africaine", composé de Swap-Swap, Ombre Blanche et enfin Aube Noire (de Babylon à Zion), Canal n'a jamais vécu de sa plume. Il est pourtant l'auteur d'une quinzaine de romans et l'un des piliers de la défunte (et mythique) revue Fiction, d'Alain Dorémieux. Cela n'empêche pas l'auteur de s'être vu récompenser par de nombreux prix, dont le fameux "Rosny-Aîné", Solaris (pour "C.H.O.I.X", une nouvelle ) et en 1988 le Grand Prix de la Science-Fiction Française pour la nouvelle, "Etoile". Il n'était donc que justice de voir Bifrost, la revue des mondes imaginaires, offrir un forum à cet auteur très (trop ?) discret dans un entretien fleuve dont seul ce magazine a le secret. A son habitude, ce volume 54 propose également une longue nouvelle de l'auteur qui donnera une bonne idée du talent du bonhomme aux néophytes et rappelera de bons souvenirs aux autres (avec peut-être, à la clé, l'envie de le relire). On pourra enfin y lire "Une niche", magnifique nouvelle de Peter Watts, auteur de l'éblouissant Vision aveugle ! En dehors de ses chroniques qui datent toujours un peu (le magazine étant bimensuel, on l'excusera), ce numéro est as usual un incontournable pour tous les fans de SF intelligente et sensible. Lire aussi : Chuck Palahniuk se fout-il de nous avec Pygmy ?Le nouveau roman de Chuck Palahniuk est sorti il y a quelques semaines maintenant et fait bruisser la communauté des fans : s'agit-il du roman le plus intéressant de l'écrivain auteur de Fight Club et Choke ou au contraire, de exercice médiocre d'un auteur qui ne sait plus comment faire pour se renouveler et produire de l'événementiel ? L'histoire de Pygmy est assez simple : un jeune étranger de 13 ans s'introduit aux Etats-Unis dans une famille adoptive moyenne (et dysfonctionnelle) pour... faire le mal. Le gamin est un terroriste en puissance, programmé par une société totalitaire, venu monter le plus grand coup contre l'Oncle Sam depuis le 11 septembre : il affûte ses armes, ses plans malgré lui et se confronte à la singularité de la culture américaine. Si tous les ingrédients semblent présents pour faire un bon Palahniuk (une situation potentiellement explosive, un outsider, un pitch cocasse, une vision décentrée de l'Amérique, du sexe et de la violence...), le roman fait parler pour son style.Palahniuk s'y appuie comme souvent sur des dialogues fournis et surtout s'amuse à raconter l'intrigue à partir du point de vue de ce terroriste en devenir. Du coup, les lecteurs se plaignent que le proto-anglais africano-asiat' utilisé par Palahniuk est quasi incompréhensible et surtout très très difficile à lire. Certains crient au génie, d'autres considèrent que l'écrivain se fout de leur gueule et a utilisé cet argument pour pousser au maximum ses travers : ne plus écrire que de façon très distendue, hypracool, par des séquences rachitiques, des verbes, des expressions à peine liées les unes aux autres. En attendant, le teaser est suffisamment bien fait pour donner envie... d'une adaptation au cinéma ? La traduction n'est pas annoncée mais notre exemplaire en vo vole quelque part entre les Etats-Unis et la France. Premiers indices de lisibilité cet été. Lectures écolo : suivez le guide !Après le raz-de-marée écolo des dernières élections européennes, et après la propagande lancée autour du film Home de Yann Arthus-Bertrand, on se dit qu'il est peut-être temps de se mettre à lire vert, et devenir ainsi un bon "greenreader".
Pour cela, on pourra soit se replonger dans des ouvrages passionants - essai ou fiction - abordant directement ou en filigrane les thèmes de la nature et de l'écologie, soit se tourner vers le nature writing, mouvement littéraire encore peu connu en France, qui se veut en harmonie avec les grands espaces. Suivez donc notre guide de la littérature écolo, et faîtes votre choix en consultant : - notre diaporama des meilleurs livres écolo - notre présentation du Nature Writing, et notre entretien avec Olivier Gallmeister, fondateur des éditions du même nom et spécialiste du Nature Writing.
Voir aussi : Le diaporama des livres pour voyager sans bouger Une étude révèle les inégalités des franciliens face à l'accès au livre![]() Est-il plus difficile de trouver en librairie le dernier Marc Levy en Seine-Saint-Denis qu'en Seine-et-Marne ou à Paris ? Une étude publiée hier par le MOTif - l'observatoire du livre et de l'écrit en Ile-de-France - qui révèle de nombreuses inégalités face à l'accès aux livres, tend à montrer que oui. Exemple : à Paris, on compte au total 739 points de vente et 1 librairie pour environ 4000 habitants. Dans le 93 : 64 points de vente, soit 1 librairie pour environ 46 000 habitants... Des chiffres qui n'ont rien d'étonnants : les entrepreneurs fuient évidemment les espaces les plus éloignés de Paris, défavorisés ou ruraux. A Sevran (93), à Cergy (95), ou sur tout un axe de Sarcelles à La Courneuve, on ne trouve tout simplement aucune librairie. La raison ? « C'est là où le revenu moyen est le plus bas d'Ile-de-France », explique Vincent Monadé, le directeur du MOTif. Comment procéder alors pour réintroduire la librairie dans les secteurs les plus délaissés ? A Aubervilliers en 2005, la mairie a pris une initiative originale, en rachetant la librairie-papeterie de propriétaires qui partaient à la retraite, et en la confiant à un libraire afin « d'éviter que cet emplacement ne se transforme en kebab », précise le maire PS Jacques Salvator (!). Si la remarque n'est pas forcément du meilleur goût, toutes les pistes sont aujourd'hui bonnes à explorer pour relancer le commerce du livre là où il n'y en a plus... L'étude complète du MOTif sera intégralement publié sur son site cette semaine. Lire aussi : Marc Levy : fini de se payer sa tête...A force de se payer la tête de Marc Levy, le lobby "Fluctuat aime Marc Levy" a enfin réussi à faire plier l'auteur des bestsellers sentimentaux les plus abyssaux de la décennie : cette fois-ci, c'est sûr, la grande réconciliation s'annonce et prendra corps jeudi (le 25 juin) dans un roman d'AVENTURES, en deux volumes, baptisé Le Premier Jour. Soutenue par d'alléchantes vidéos, la sortie du Premier Jour nous rassure : Marc Levy a enfin pris du champ, de l'ambition et de l'ampleur. L'histoire du Premier Jour (dépêchons, Le huitième jour, il y a Pascal Duquenne qui débarque) nous emmène d'Afrique en Europe, aux basques de 2 personnages qui pourraient bien "tomber en amour" l'un de l'autre (hum...). Il y a des éléphants, des tremblements de terre, des tempêtes, un volcan, des passages secrets, des souterrains, une archéologue, un astrophysicien. La nana veut découvrir le premier homme, lui la première étoile : ils vont faire quête commune en parcourant la planète poursuivis par des espions qui n'acceptent pas facilement la liberté. On dit qu'Indiana Jones a déclaré que "c'est le meilleur roman que j'ai lu depuis au moins 20 ans", qu'Hemingway a envoyé un SMS d'outre-tombe à Levy pour le féliciter, qu'Ushuyaya, le déo des fauves, a préempté les droits pour une adaptation publicitaire... Plus sérieusement, c'est une vraie victoire du grand roman d'aventures d'avoir su rallier à sa cause un mastodonte tel que Marc Levy, qui, à l'exception de ses Enfants de la liberté, ne s'était pas aventuré très loin dans le romanesque. Certes, Levy a toutes les chances de n'être ni Conrad, ni London, mais gageons qu'il saura donner à coups de chromo jungle et d'aventures safari, le goût de lire autre chose que les comédies sentimentales à ses centaines de milliers de lecteurs. Interrogé par TF1 dimanche soir (la consécration en matière d'exposition médiatique), Marc Levy a fait preuve de beaucoup de retenue sur son art, gratifiant le journaliste d'un surprenant constat sur sa soi-disant fortune : "il ne faut pas croire ce que l'on raconte. Le milieu de l'écriture n'enrichit personne. Certes, je vends des livres mais je touche peau de zob sur les poches et sur les grands formats, je prends quoi ? deux euros à tout casser. Je ne suis pas riche..." Bon, allez Marc, 2 euros x 10 x 400 000, ça fait... hum... 8 millions d'euros, hors cession de droits et publication étrangères : on nous aurait menti ? Ce n'est pas encore assez pour aller se taper Paris Hilton en boîte mais cela permet de voir venir. En dehors de cette petite hypocrisie judéo-chrétienne, Marc a été parfait et défendu le roman d'aventures comme l'avenir de la littérature. Cela suffit à notre bonheur. Il faut le voir sur son site jouer avec ces Action Men girafe, petit navion, sur fond de savane au clair de soleil pour le croire : Marc est des nôtres, il a écrit son grand roman comme les autres ! Rendez-vous est pris pour une chronique en bonne et due forme dès qu'on aura réussi à mettre la main (gratuitement) sur le livre. Clin d'oeil à Jeanne qui me demandait dans un mail récent :"Où puis-je me procurer les livres de Marc Lévy ? J'en ai entendu beaucoup de bien..." - Euh... les bouquinistes, Jeanne, essaye les bouquinistes. On ne peut vraiment rien faire pour toi. Lire aussi : Les livres de J.G. Ballard ont la cote au cinéma
J.G. Ballard nous a quitté en avril de cette année mais il reste bien vivant dans nos coeurs et se rappellera même bientôt à nos bons souvenirs en passant faire un tour sur les écrans à l'occasion des adaptations du roman High Rise (I.G.H., ou "Immeuble à Grande Hauteur" en VF), ainsi que de la novela glaçante Running Wild - Le Massacre de Pangbourne en VF.
Le film I.G.H., qui conte l'histoire du retour à l'état sauvage et des guerres tribales entre les habitants d'un immeuble ultra-moderne, dans une sorte de "lutte des classes" version Ballard, est signée de l'italien Vincenzo Natali (Cube) et se présente comme un projet au long cours, que le réalisateur caressait depuis de nombreuses années. Running Wild sera lui dirigé par le jeune réalisateur Kevin Kerslake, et montrera Samuel L. Jackson (!) dans le rôle du psychiatre chargé d'aider les enquêteurs cherchant à résoudre le mystère de la disparition (et même l'assassinat de masse) des parents d'une cité modèle. La qualité des interprétations de l'acteur dans ses derniers films ne donne que peu d'espoir en ce qui concerne la pertinence du projet, tout comme l'intervention d'un réal débutant. Mais qui sait, on n'est jamais à l'abri d'une bonne surprise.
A propos d'acteur justement, un bruit court sur le net depuis le mois de mai dernier : Christian Bale (American Psycho, Terminator Renaissance) qui faisait déjà parti du casting de L'Empire du soleil, annonce qu'il souhaiterait adapter un autre livre de Ballard, décidément coté ces derniers temps. Il s'agirait cette fois de Concrete Island (L'Ile de béton, en VF), dont l'acteur américain partagerait les droits avec le réalisateur Brad Anderson (The Machinist). Le tournage est loin d'être concrétisé pour l'instant, tout cela n'étant encore qu'un projet. A suivre donc... Après Crash, adapté de manière glacé (et toujours controversée) par David Cronenberg, et L'Empire du soleil de Steven Spielberg, ce sont donc là les troisième et quatrième adaptations du romancier au cinéma. Et comme Philip K Dick avec Les Androïdes rêvent-ils de moutons électriques, le romancier ne sera pas là pour les voir (et c'est peut-être une bonne chose finalement...)
Lire aussi : J. G. Ballard, visionnaire ultime |
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