Il est vrai qu'au fil de l'histoire et d'une cavale de 400 pages , Carl Bara est devenu Ghosn Frost. "Ghosn parce que c'était le son qui illustrait la surprise dans les comics. Frost parce que la surprise précédait souvent l'effroi ou le gel des illusions.". Ainsi affublé, Ghosn Frost peut devenir un super héros, icone idoine pour toute une génération: sans philosophie évidente et presque sans mot d'ordre, il hypnotise les foules d'un simple regard vers l'objectif d'un photographe : " L'histoire ne manque pas de ces personnages qui peuvent envouter un peuple avec plus de facilité qu'on se fait aimer d'un chat", écrit Berton.
Improbable figure christique, Ghosn Frost est aussi le vecteur principal de la nostalgie qui sourde dans tout le roman.
Voilà pourquoi Foudres de guerre est à plusieurs égards un nouveau testament (pop) : celui qui liste les deuils que la maturité masculine implique : le rock n'a pas sauvé nos vies, nous n'avons pas suivi les héros sur des chemins inconnus et c'en est fini de l'illusion puérile de la communauté contre le reste du monde.
Fétichistes et irradiés
Mais Benjamin Berton préfère témoigner de ses pertes sur le mode de l'épopée barge plutôt que celui de la recension mélancolique. Préfère se lancer dans des plagiats outranciers de ses influences que dans l'hommage vibrant. Sur ce point, l'Express n'avait pas tort de le comparer récemment à un Quentin Tarantino littéraire et français. Remplacez Urge Overkill par The Smiths et Al Green par Brian Wilson , la série Z par les comics. Mettez le tout au service d'une narration particulièrement foutraque : pour rattraper une rousse frappée par la foudre et potentiellement par tous les malheurs du monde, nos cinq fantastiques vont successivement croiser des fétichistes des sables mouvants, des gamins irradiés et abrités au sein d'un improbable eden écolo, et la crème la crème de la délinquance banlieusarde dans les anciens locaux du producteur Luc Besson.
Le décor de fond étant une France parvenue au bout de son fantasme sécuritaire : la banlieue est bouclée, des juges inspecteurs peuvent appliquer des sanctions immédiates sous l'autorité de Duval, le très réactionnaire et très puissant ministre de l'intérieur de Sarkozy. Car à l'occasion, Foudres de guerre est aussi une satire politique ou un roman d'anticipation sociale. Pour être tout à fait honnête, ce n'est pas forcément ce que réussit le mieux l'auteur (même si quelques savoureuses fulgurances émaillent le récit) qui aurait peut-être du faire preuve d'une plus grande économie de moyens.
Mais dans la pure tradition feuilletonesque, Berton s'intéresse moins au résultat qu'au procédé. Et n'hésite pas à en faire des caisses, quitte à renoncer à tout crédit littéraire. On dira de lui ce que le narrateur du roman dit des comics : Cette littérature aussi frivole qu'elle paraisse, était un réservoir sans fin pour l'imaginaire et une source pour qui souhaitait réinventer sa destinée.
Foudres de guerre
Benjamin Berton
Gallimard
Illustration de une : Les quatre Fantastiques.
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