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Comme on suit notre chroniqueur favori depuis un moment, on espérait qu’il cesse un peu ses outrances scénaristiques pour tendre à plus de sobriété. Dans le livre, une phrase d'Alain Delon (le personnage) résume bien ce qu'on pensait de sa trame a priori : « La jeune génération trouvait original de jouer sur les décalages et l’image des grands maîtres. Sans doute avait-elle échoué à inventer sa propre économie narrative. »
Le meilleur rôle d'Alain Delon
Heureusement, c’est précisément à la faveur de son intrigue la plus loufoque que le romancier prend de l’ampleur et quitte les réflexes ordinaires du paresseux : en faire des tonnes à la moindre occasion, se laisser emporter comme un alcolo de foire dans toutes les péripéties auxquelles invite la mécanique du récit. Le Berton 2009 se singularise par sa sobriété.
A l’image des ravisseurs de la star, l'auteur brouille les pistes pour éviter qu'on ne repère trop vite sa nouvelle hygiène de style. Après un démarrage de roman policier un peu convenu, kidnappeurs et victime se posent en Creuse, où l’intrigue va presque battre en retraite pour devenir une sorte de huis-clos campagnard réflexif qui se figerait dans la nuit creusoise.
Une fois dans la pampa limousine, le roman va donner son meilleur rôle récent à Alain Delon. Sa "plus belle scène de campagne pouilleuse depuis le décès de Melville", comme le dit elle-même la star (dans le roman).
Benjamin Berton nous décrit aussi un homme plus habitué aux fidèles (au sens religieux) qu'aux groupies, à l'adoration archaîque des divinités du cinéma qu'au fétichisme consumériste. Delon est grotesque comme un albatros solitaire, dans une société qu'il ne comprend plus et qui, les années passant, l'oublie.
Delon et son négatif parfait
Bien sur, l’histoire réserve son lot de rebondissements - tentatives d'évasion, personnages secondaires inattendus... - et de loufoqueries - la scène où Delon rêve que les hommes de De Gaulle viennent le libérer est tordante.

Sur ce plan, l’une des meilleures trouvailles du livre est d’y avoir fait cohabiter deux figures marginales. Delon donc, et son négatif parfait : le vieux Louis, que l’histoire a oublié à la lisière des bois et de la vie. Si l’acteur français semble presque aveuglé par la lumière artificielle et le culte de fête foraine qu'est l'adoration moderne, Louis lui, ne fréquente que les ombres et les obscurs esprits de la forêt.
Seul dans sa retraite forcée, Delon imagine qu'il pourrait " à partir de la contemplation de ce panorama, embrasser une réflexion plus ambitieuse sur sa place dans le cinéma français".
Daniel de Almeida
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