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Fluctuat : Un journaliste américain (Patrick Beach) a dit de votre littérature, que c'était "comme si John Updike avait eu un jumeau diabolique qui aurait grandi du mauvais côté de la route et écrit bizarrement"... Qu'en pensez vous ?
Barry Gifford : En réalité, John Updike a lui-même été élevé du "mauvais côté de la route" ("wrong side of the tracks"). Sa mère était enseignante et il a grandi assez pauvrement dans une ferme de Pennsylvanie. Certains de mes personnages peuvent être mauvais mais je ne pense pas que je le suis moi-même, et il y a l'humour dans mes romans, bien sûr. Je ne peux pas être responsable de ce que les gens disent de moi : les livres disent ce qu'il y a à dire.
Vous êtes un cinéphile, d'ailleurs vous avez écrit un livre sur le film noir (Pendez-moi haut et court, et autres chroniques sur le film noir). Pourquoi ce genre vous plait-il tant ?
Par définition, le film noir parle de personnages désespérés qui sont toujours intéressants, même quand ils marchent dans votre salon. Ensuite vous avez simplement envie de les évacuer de chez vous aussi vite que possible. Les films RKO des années 1940, en particulier, racontaient de grandes histoires, rapides et pleines d'ombres. La plupart des films dont je parle dans ce livre ont influencé ma façon d'écrire, aussi bien dans la structure du récit que dans le dialogue. L'évidente créativité de En quatrième vitesse (Robert Aldrich, 1955) et Pendez-moi haut et court (Jacques Tourneur, 1947) m'inspirent particulièrement.

Il y a toujours une histoire derrière les histoires que racontent les gens. Souvent plusieurs même, cela dépend de combien de personnes participant à la conversation, et donc au nombre de perspectives. Aucun de mes personnages n'est jamais simple. Certains d'entres eux sont idiots, certainement. D'autre sont futés. Mais chacun a sa propre idée du bien et du mal, et choisit le camp où il se sent chez lui.
Vous avez participé à un projet de film de Gus Van Sant, « On the road », adapté de Sur la route de Kerouac. Pourquoi le film ne s'est-il pas fait ?
Kerouac m'a beaucoup inspiré à mes débuts. Très sous-estimé de son vivant, il était certainement le meilleur auteur de son époque. Nos styles d'écriture, bien sûr, sont très différents, car lui est un auteur uniquement autobiographique. Je suis heureux qu'il ait finalement reçu la reconnaissance il lui était due. La tragédie, c'est qu'elle est arrivée à titre posthume. Le projet de film produit par Coppola en 1995 et adapté de Sur la Route ne s'est pas concrétisé à cause des finances du studio. Gus Van Sant devait réaliser. J'ai même écrit le scénario. Cet échec n'est ni la faute de Gus, ni la mienne. On a tous les deux été très déçus.
Les personnages de vos nouvelles sont souvent soit des américains d'origine étrangère, soit des européens dans leur pays d'origine. Qu'est-ce qui vous intéresse dans cette altérité ?
Si vous faites référence aux personnages d'American Falls, la plupart des nouvelles se passent dans des pays étrangers, donc les personnages évoluent dans leur pays de naissance. Mais il est vrai que dans la nouvelle éponyme, il a cette famille d'américains d'origine japonaise, qui vit dans l'Idaho. En Amérique, tout le monde vient d'ailleurs, ou alors ce sont les parents ou les grand-parents. Nous sommes une nation bâtarde. Je suppose que j'aime offrir des contrastes, mais aussi capturer ce qui fait l'essence des gens sur leur propre sol.
Est-ce pour cette raison que les Etats-Unis vous fascinent ?
Les Etats-Unis sont une expérience encore jeune, mais sur le point d'échouer. Ce qui m'a toujours intéressé, c'est la façon dont une population si hétérogène peut s'entendre aussi bien, mais qui la plupart du temps ne s'entend pas très bien. Je suppose que c'est ce que je veux exprimer en termes de contrastes, à la fois la beauté et la laideur qui en résulte.
Propos recueillis par Eric Vernay
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