Un jour, je serai invincible de Austin Grossman



Critique

Note du livre Y a-t-il un écrivain pour sauver les superhéros ?

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Y a-t-il un écrivain pour sauver les superhéros ?



Si le premier roman de l'Américain Austin Grossman semble vouloir, aux premiers abords, se raccrocher aux plus grands noms du comics, il ne se révèle finalement être qu'une analyse détaillée de la mythologie des super-héros. Pas forcément original, mais plutôt intéressant, et vraiment drôle...
 
Un bandeau rouge signé Martin Winckler, expert ès comics en résidence chez nos excellents confrères de Comic Box, rattache, façon surfeur opportuniste, ce premier roman de l'américain Austin Grossman aux Watchmen d'Alan Moore et Dave Gibbons. La quatrième de couverture en remet une couche mais en prenant ses distances : il s'agira seulement au final de "proposer une relecture douce-amère, foncièrement contemporaine, de cette mythologie des temps modernes" que sont les super-héros ou super-slips pour les intimes.
 
Et c'est à peu près tout ce que ce roman a dans le ventre : une intelligente poilade sur l'univers des héros en collants, un décryptage par l'intérieur (le roman est raconté par le super-vilain Docteur Impossible, et par le gentil cyborg au féminin Fatale) des principaux attributs du genre : identité secrète, confection des costumes, gestion au quotidien des super-pouvoirs, problèmes identitaires, concurrence entre les stars de la discipline (en gros, les Superman, Batman,...) et les seconds couteaux, économie de la vie super-héroïque (comment se procurer des matériaux de construction, des trucs scientifiques sans se faire chopper).
 

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les superhéros sans oser le demander

Il ne faut pas se cacher derrière l'évidence : Un jour, je serai invincible s'adresse plus particulièrement aux gens qui militent en faveur d'une reconnaissance des récits super-héroïques comme art majeur et accessoirement aux millions de personnes qui ont vu les films adaptés des meilleurs comics et ont trouvé ça chouette, sans trop se poser de questions. Grossman s'amuse à souligner les codes du genre avec plus ou moins d'originalité, étant entendu que chacun, à force de baigner dedans, a déjà une petite idée sur les tics et les motifs récurrents du genre.
 
Exemple : le Docteur Impossible est un génie du mal qui veut conquérir le monde. C'est à la fois un archétype qu'on rencontre un peu partout mais aussi (et c'est ce qui marche ici) un ancien gamin malmené par ses camarades - un boy next door option freak geek du bahut - qui s'est tourné vers le Mal par la force des choses, un Caliméro au QI insensé transformé par la science en gars capable de lancer un camion sur une vieille à une main. Alors que le Docteur mûrit son nouveau plan maléfique (ah, ah, ah, rire satanique), Grossman répond par son intermédiaire aux questions qu'on ne se pose pas forcément devant un film hollywoodien : mais pourquoi est-il si méchant ? comment un super-vilain peut-il avoir les moyens de se payer une île secrète suréquipée au milieu du Pacifique alors qu'il a passé les 20 dernières années en prison, est-ce qu'on se sent bien tout le temps dans un costume slim en latex, comment font les superhéros qui ne peuvent pas voler pour se déplacer aussi vite ? C'est à la fois absurde, assez savoureux et un peu vain. Mais qu'est-ce qu'on rigole !

Plan Z et grosses ficelles

Le romancier insuffle beaucoup de tendresse et d'humanité dans son personnage psychotique de super-vilain. Du coup, on s'attache beaucoup plus à lui qu'à la jeune cyborg (une nana modifiée façon L'homme qui valait trois milliards ou War Machine) qui se fait recruter par les Champions en reformation. La vie du groupe de superhéros est un peu moins marrante et moins originale. Elle ressemble à un mélange soap comedy du Top Ten d'Alan Moore justement et des Boys de Garth Ennis. Les Champions ne sont pas si fringants qu'ils en ont l'air : leur chef a foutu le camp et leur leader en second, la sexy Damoiselle, a des problèmes avec sa belle-mère et son ancien mari, BlackWolf, un mélange de Wolverine et Batman. Fatale entre dans le rang et regarde avec des yeux de fan dubitatif, comme nous, ce que ça fait que d'appartenir à la franchise de redresseurs de torts la plus célèbre de la planète.

Le roman raconte ensuite ce qu'on a lu mille fois : le plan qui se déroule sans accrocs pour le bad guy avant de verser vers l'affrontement final et la victoire de qui vous savez. On aurait aimé que Grossman fasse triompher le méchant (n'est pas Moore qui veut !) mais cela n'aurait pas été raccord avec ce démontage de clichés.

Un jour je serai invincible est paradoxalement un roman à questions qui demande de ne pas trop s'en poser. C'est un bon divertissement à défaut d'être un chef d'œuvre, un éclat de rire partagé entre potaches, un bel hommage émaillé de clins d'œil à quelques séries célèbres. S'il n'y a pas tellement d'intérêt (pour la science) à suranalyser des choses qui vont de soi et que tout lecteur assidu de comics a en tête, la magie et la fraîcheur n'en sortent pas perdants, bien au contraire.
 
Austin Grossman, Un jour je serai invincible, Calmann-Lévy, 2009. 
 
Benjamin Berton

 

Le 15 April 2009

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