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Breakdowns

Art Spiegelman est-il fini ?

Art Spiegelman est-il fini ?

D'une certaine façon, Breakdowns a beaucoup à voir avec A l'Ombre des Tours Mortes, le précédent album d'Art Spiegelman. Ce dernier était un album très court imprimé sur du papier épais, du carton vraiment, parce qu'il ne contenait en fait qu'une poignée de pages de BD. Et encore, la moitié de celles-ci étaient de vieux strips du début du vingtième siècle parce que Spiegelman avait déjà eu assez de mal à faire ses quelques pages. Heureusement, me direz vous, parce que ces pages étaient très mauvaises.

Breakdowns est similaire en ce qu'il est introduit par un autre projet récent et (un peu moins) raté de Spiegelman, "Portrait de l'artiste en jeune %@§*". Voyez vous Spiegelman s'est mis en tête de raconter comment il est devenu le formidable artiste qu'il nous démontre ce faisant ne plus être. Ses dessins simples sont OK mais défigurés par des effets photoshop grossiers et des tentatives pas plus fines de se rendre intéressant. Au bout de quelques pages Spiegelman ne sait plus trop quoi raconter et tente de boucler le tout de façon inconclusive... Comme dans "A l'Ombre..." l'artiste apparait complètement grillé et comme dans "A l'Ombre...", il laisse tomber et remplit le reste du bouquin avec de vieilles bédés et un verbeux commentaire sur celles ci.

Heureusement, les vieilles bédés en question sont en fait l'intégralité de son premier recueil depuis longtemps introuvable, ce Breakdowns qui donne son titre, sa chair et tout son intérêt à l'album. Dans ces pages sont regroupés plusieurs bédés autobiographiques et formalistes réalisées pour des publications underground dans les années 1970. Maus est en fait l'histoire en trois pages qui a servit de base la décennie suivante à son oeuvre maitresse du même nom.

"Prisonnier de la Planète Enfer" est un récit autobiographique dessiné dans un style expressionniste qui en a influencé plus d'un et, après ça, des choses encore plus intéressantes suivent. Des bédés cubistes, des réappropriations de vieux strips détournés, un essai sur l'humour, des citations de [people_restrictif=pablo picasso]Picasso[/people_restrictif=pablo picasso].... Tout simplement, Art Spiegelman s'était mis en tête à l'poque de faire rentrer les comics dans les "beaux-arts" et ces bédés sont des appels du pied peu subtils, assez prétentieux mais fondamentalement brillants que les élites culturelles ont fini par apprécier à leur juste valeur (et peut-être même au delà).

Certains puristes de la bédé qui se sentent bien dans leur caniveau culturel ont reproché à Spiegelman de faire la pute auprès de ceux qui les snobaient. C'est sans doute vrai, d'une certaine façon, mais pourquoi dénigrer le plus vieux métier du monde, surtout quand il est pratiqué avec un tel brio ? On a peut-être bien aussi là l'explication du non intérêt des travaux récents de l'auteur. une fois qu'il a gagné le Pulitzer avec Maus, son oeuvre était achevée. Que pourrait-il faire de plus ?

2goldfish