New wave de Ariel Kenig



Critique

Note du livre Boys don't cry

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Boys don't cry



 

 

New Wave est, sur le papier, un roman à quatre mains ou, plus justement à deux têtes. Gaël Morel est un cinéaste souvent juste et Ariel Kenig un écrivain dont la touche n’est pas sans résonances avec la caméra fluide, sensible et nostalgique du réalisateur. Ensemble, ils ont composé un roman à leur image : léger comme l’air, pétri de bonnes intentions réalistes et aussi peu roboratif qu’une petite madeleine au beurre.

Le petit Meaulnes

Le roman New Wave nous amène quelque part en France (la province, tranquille et ennuyeuse), probablement au petit milieu des années 80, années fameuses signalées ici par des allusions intempestives et musicales : The Cure, Joy Division, Cocteau Twins, Wham ou The Smiths – que les protagonistes écoutent sur cassette audio et échangent entre eux.

Eric est un collégien timide, qui habite dans une ferme avec ses parents, son frère et sa soeur. Rêveur, il aime s’isoler et s’applique à être un adolescent discret. Sur le fil de la rentrée, Eric fait la connaissance de Romain le « nouveau », se met à la lectures des classiques, Le Grand Meaulnes et autres romans initiatiques. Eric est le faible, Romain le fort. Romain est looké ; il a déjà tiré un coup (mais cela n’a que peu d’importance ici) ; Romain est musicien, vidéaste, connaît les groupes qui comptent. Il est surtout est libre et libéré de ses parents, et notamment de sa mère, l’intense et passionnelle Anna. Comme on pouvait s’y attendre, les deux adolescents tombent (symboliquement, Kenig ne choisissant pas de tirer vers l’homosexualité la relation des deux garçons) dans les bras l’un de l’autre.

Romantique à l'esprit libre, Romain fait ainsi l’initiation d’Eric qui devient dépendant des conseils et de la présence de son ami. Le roman déroule alors des scènes clichées qu’on a eu l’impression de lire et voir cent fois déjà : des scènes tout droit sorties des Roseaux sauvages (dans lequel Morel a joué), dans une autre époque, un autre registre. Scènes d’un frère et de sa jeune sœur. D’un frère et de son frère plus âgé. Scènes d’admiration, de manque, d’amitié surtout. Des chambres, des salles de classe, des trajets entre l’école et la maison. Ce n’est ni désagréable, ni plaisant. Juste déjà vu. Dans notre propre vie (on a vécu l’époque à la ligne près), il y a des années-lumière.

Amis pour la vie

La seule originalité de Morel et de Kenig est de situer leur intrigue dans une période généralement épargnée par ce genre de romans nostalgiques. La musique accompagne la sensiblerie des deux jeunes protagonistes. Bizarrement, et malgré l’attention portée par les auteurs aux personnages secondaires, on ne voit que les deux héros, comme si leur proximité étouffait l’Histoire et empêchait que ne se déploie un vrai récit des années 80. Le roman est trop court pour monter en ambition. Il y a quelque chose d’évanescent dans l’évocation de la relation entre les deux garçons, qui évince à peu près tout le reste : le contexte politique (il est juste question d’un défilé parisien où un manifestant est jeté à l’eau), économique et social. Obsédé par Romain, Eric devient sourd au monde, jusqu’à ce que le roman livre ce pour quoi il était venu : un fait divers tragique, un drame, qu’on n’évoquera pas sous peine de gâcher la lecture du livre. Les dernières pages, organisées autour de "l’événement", tombent plutôt bien, même si la construction romanesque leur est un peu trop ouvertement assujettie.

New Wave dégage un charme qui ne laissera pas insensible. C’est en soi une belle histoire de gamins et une belle histoire d'intimité, une histoire banale comme chacun en a connue. La chute est rude et brutale : mais ce qui s’accepte (ou est inacceptable) dans la vie, est plus difficile à faire passer dans une œuvre de fiction. On est sensible à la délicatesse du roman mais pas à l’extrême modestie de ses ambitions. New Wave passe vite. Son effet est prolongé par la bande-son, annexée, finalement beaucoup plus forte que le livre lui-même, ce qui n’est jamais bon signe.

Ariel Kenig et Gaël Morel, New Wave, Flammarion, août 2008.

Benjamin Berton

 

Illustration : Photo extraite du film Les Roseaux Sauvages d'André Téchiné, 1994. DR

Le 30 August 2008
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