Le roman, c'est comme une poubelle. Vous pouvez y jeter ce que vous voulez : des lettres, des poèmes, des dialogues. ”
Antonio Tabucchi est l'écrivain européen par excellence : il écrit en italien et en portugais, enseigne à Sienne, est chroniqueur pour
El Pais en Espagne et le
Corriere della Sera en Italie, et vit entre Paris, Lisbonne et Pise...
Revenons aux débuts. D'abord à Pise, justement, où il est né le jour où les Américains commencent à bombarder la ville. Puis à Paris, vingt ans après, où Tabucchi, étudiant à la Sorbonne, fait connaissance avec la poésie de Fernando Pessoa. Il dévore, absorbe, aime, et entreprend de traduire toute l'oeuvre en italien. Et à Lisbonne, en 1964, où il se rend enfin... et rencontre Maria José de Lancastre, qu'il épouse.
Si son premier roman,
Piazza d'Italia, sort en Italie en 1975, il faut attendre 1986 pour que la France découvre réellement son talent. C'est l'année où
Nocturne Indien reçoit le prix Médicis, avant d'être mis en images par
Alain Corneau en 1988. Pendant quelques années, il dirige l'institut culturel italien à Lisbonne, ville qui devient le décor de certains de ses romans, avant qu'il n'écrive
Requiem directement en portugais.
En 1995, en pleine campagne électorale italienne, il publie
Pereira prétend, récit des tribulations d'un journaliste pendant la dictature de Salazar... La gauche y voit judicieusement un symbole de la lutte contre
Berlusconi, à laquelle Tabucchi a largement offert sa contribution depuis, en créant le Parlement International des Ecrivains, ou en lançant, en 2002, un appel à l'Europe pour la supplier de l'aider à lutter contre les dérives du gouvernement italien, particulièrement dans les affaires culturelles.