En quittant son île, la narratrice, Anne, décide de sortir de mélancolie d'un amour malheureux. Mais partir pour aller où ? Ce départ, si spontané soit-il, engendre la réflexion : "Tu ne peux pas t'embarquer pour nulle part, pour le vide. Il faut que tu te rendes d'abord dans un lieu dont tu as conservé l'image. Une fois que tu y seras, tu travailleras à te souvenir, et tu verras, d'autres images viendront alors . " Une fois posé ce principe, l'aventure peut commencer. La promenade, plutôt. Les lieux sont des repères : la narratrice y possède des souvenirs qui guident ses pas. De ces lieux surgissent des images qui, à leur tour; vont nourrir le récit à travers des motifs récurrents : la forêt, les églises, le voyage en voiture. Autant d'étapes qui ponctuent un voyage initiatique . Autre but avoué de ce voyage: découvrir le " corps de son amour " comme le cheval blanc d'Uffington dont la trace apparaît à travers les nuages. Mais il y a toujours autre chose à découvrir : au détour d'un chemin, naissent sans cesse de nouveaux buts et de nouvelles rencontres...
Très vite, les frontières du réel s'amenuisent. Les souvenirs qui affluent prennent le pas sur la réalité. À la croisée d'un sentier, c'est sa mère morte que la narratrice aperçoit : elle court à perdre haleine derrière elle, la supplie de l'attendre, avant que cette dernière ne disparaisse happée par le paysage... Il lui faudra donc continuer sa route, et s'inventer des nouvelles vies Puis c'est une petite fille, Elisabeth, qui cheminera un temps avec elle : des deux protagonistes on ne saurait dire laquelle veille sur l'autre: l'adulte sur l'enfant, comme une promesse d'avenir ? ; ou l'enfant sur l'adulte comme un gage d'existence...
Fantasmagorie et réalité s'entremêlent intimement pour donner sa force lyrique à ce récit. Aux frontières du fantastique, les contours du monde s'y font de plus en plus flous. L'écriture seule peut encore donner un sens au voyage. Une écriture aux accents lyriques, aux fulgurances poétiques et aux visions hallucinées qui donnent naissance à des tableaux et alimentent cette quête toujours à recommencer: " Peut-être cherchons-nous tous la même chose en nous promenant comment orienter notre vie, la rectifier dans ses erreurs. "