Ensemble, c'est tout de Anna Gavalda



Critique

Note du livre Ensemble, c'est tout - Anna Gavalda

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Ensemble, c'est tout - Anna Gavalda



Il était une fois dans la grande ville de Paris, quatre cœurs purs, Camille, Franck, Philibert et Paulette. Après de multiples épreuves - réussies - ils auront le droit de goûter le bonheur simple comme une pub de Ricorée, celui d'être Ensemble, c'est tout.
Le dernier livre d'Anna Gavalda joue les romans d'apprentissage visités par les fées de nos chers contes : les héros brisés trouveront la route vers le pays des gens heureux et reconstruits, sans surprise pour le lecteur pourtant attendri, sinon heureusement alangui par les flots de bons sentiments...

Roman d'apprentissage
Les quatre éclopés doivent apprendre à être ensemble, donc tout d'abord à être. Or si le passage du néant existentiel à l'épanouissement prend des allures caricaturales pour la plupart des protagonistes, un charme paradoxal agit et nous rend volontiers complices d'une métamorphose qui de prévisible devient souhaitée. Nous oublions notre esprit critique pour laisser libre cours à notre âme enfantine - voire fleur bleue - qui rêve de fin heureuse, de misères multipliées dans le seul but d'entrer plus triomphalement dans les joies de la belle histoire.

Ainsi, l'aristocrate bègue Philibert Marquet de la Durbellière se doit de se libérer de toute une hérédité pesante, en endossant les armes de ses ancêtres dans un one man show écrit et joué par ses propres démons exorcisés. La peintre Camille Fauque ne peut qu'apparaître en pleine crise de création : en guise de pinceau et crayon, la voilà affublée de balais et de brosses. Et la panoplie de femme de ménage se changera en celle d'artiste prometteuse, le bureau crasseux qu'il fallait nettoyer fera place à une belle pièce dans un appartement parisien, aménagé en atelier. Quelques portraits et autoportraits pour reprendre ses marques, dépasser ses peurs, bref se reconstruire et le tour est joué pour la voie de l'art retrouvé.

Histoire d'amour à quatre
La magie ne serait pas complète s'il l'on n'ajoutait une dose d'amour : toutes ces solitudes s'oublieront dans la rencontre de l'âme sœur, ou plutôt des âmes sœurs. L'histoire d'amour se décline en effet au pluriel : les couples de princes et princesses côtoient, voire naissent des relations d'amitié tissées entre les quatre protagonistes. Ces frustrés d'affection et de respect construisent ensemble une vraie famille, « mieux qu'une vraie d'ailleurs, une choisie » : et la narratrice de pointer la recette du bonheur, dans une enveloppe qu'elle avoue « un peu cucul évidemment ». Le bonheur inespéré naît du choix non pas tant d'être heureux que d'être avec les personnes aimées, sans autre exigence sociale ou intellectuelle. Le titre livre sa clé, dans la revendication des schémas frôlant la naïve évidence. On pourrait sembler s'être égarés dans les pages d'un livre du rayon « épanouissement personnel/mieux se connaître » de la Fnac. Les recettes, pour faire éclore la vraie nature que brimèrent enfance difficile et débuts chaotiques, semblent sorties d'une version vulgarisée et simplifiée du yin et du yang : les contraires s'attirent et se complètent, le mal est vaincu par le mal compris, donc dépassé.

Des bienfaits du prévisible
Fermons ici les sceptiques yeux de notre raison. Dans les couples attendus, nous demandons alors l'anorexique sauvée par le cuisinier : les papilles de la fantomatique Camille se réveillent au contact des bouillons et autres concoctions savoureuses du chef Franck. Le rustre roturier Lestafier se change en Babette pour un festin de réconciliation entre son noble ami et sa famille à particule. Malgré le fort dosage estampillé "Arlequin", l'alchimie réussit. Le roman déroule ses scènes dans un ordre sans surprise jusqu'à l'« happy end », le turning point ou retournement ultime ayant assuré la dernière montée d'angoisse avant l'atterrissage dans le pays des dénouements heureux. L'épilogue rassemble tous les protagonistes, dans une photographie de famille en son et mouvement, où s'entendent en filigrane les « ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants ». Le preux chevalier poursuit désormais ses aventures avec sa Dame aux couleurs pimpantes, loin de l'austérité stérile de ses parents ; le chef des cuisines officie à son compte, aux côtés de sa belle artiste remplumée, vivante au point de vouloir transmettre ce nouveau don. Les proches réconciliés et les amis sont ensemble, tout simplement...
Au prix de quelques amnésies critiques, la régression auprès des fées, fussent-elles parisiennes, est douce et bienfaisante. La vision de notre sourire frôlant le ridicule béat passée, il faut avouer que cette fin cousue de fil blanc était attendue, certes, mais plus sûrement souhaitée. Une fois lancés les commentaires sur le finale, plus pour se protéger soi-même d'un ridicule de pacotille que pour reprocher à l'auteure son écriture jouant de clichés et de bons sentiments, on est heureux de partager ce moment.

Le titre donne le ton du livre : la simplicité est l'état à atteindre. Elle peut prendre les allures d'évidences, de schémas naïfs ou faciles, dans la composition ; pourtant, les quatre colocataires du grand appartement nous touchent malgré leur destin trop prévisible. Rire, sourire, bref émotion ponctuent le parcours des personnages en quête d'eux-mêmes. Une leçon - facile - de sagesse en prime (accepter l'autre et soi-même dans ses faiblesses), le voyage organisé aux pays des contes s'est déroulé dans la fluidité d'une narration qui n'est pas plus dupe que nous sur ses plongées dans le mélo, contrebalancées par l'humour et excusées par l'envie de rêver.

Anna Gavalda
Ensemble, c'est tout
Le Dilettante, 604 pages
En librairie depuis mars 2004

Vanina Roché Le 28 août 2004







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