Andrew Sean Greer




Deux romans intenses, une presse aux anges : né en 1970 à Washington DC, Andrew Sean Greer est déjà un auteur qui compte. Chronique d'un désastre annoncé dans l'Amérique des années 50, son roman L'histoire d'un mariage jette un éclairage inattendu sur les atermoiements d'un couple au diapason de son époque.
 
Andrew Sean Greer est l'un des 12 auteurs invités pour l'édition 2009 du festival des Belles étrangères.  

 
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Pourquoi avoir choisi San Francisco - qui n'est pas exactement la ville la plus conservatrice qu'on puisse imaginer - comme cadre d'un roman qui, d'une certaine façon, fustige clivages et traditionalisme ?
Sans doute parce que j'y vis, parce que je la connais bien. J'ai vécu aussi à New York, et à Washington, mais San Francisco est chère à mon cœur et il m'est plus facile, désormais, de la prendre pour décor. J'ajoute qu'en 1953, la ville est encore très divisée. Elle a encore un côté très conservateur, très WASP. Allen Ginsberg et tous les autres ne sont pas encore arrivés. C'est une ville qui est sur le point de changer.

Comment avez-vous réagi aux critiques très positives qui ont salué la sortie de votre premier roman, Les Confessions de Max Tivoli - je pense notamment à celle de John Updike, qui semble avoir un peu moins aimé L'histoire d'un mariage ? Ces critiques ont-elles affecté ou influencé votre travail par la suite ?
Quand Updike m'a comparé à Nabokov, naturellement, j'étais ravi, car c'est vraiment l'un de mes auteurs favoris et je l'admire beaucoup, pour cette façon qu'il a de prendre son lecteur par la main, de jouer avec lui. Je me retrouve tout à fait là-dedans. Jouer avec l'imagination du lecteur, le manipuler - oui, je considère que c'est mon travail d'auteur. Quand on lit un roman, on a envie de savoir qu'on est entre les mains de quelqu'un qui sait ce qu'il fait. Par ailleurs, les critiques sont toujours intéressantes mais une fois le livre écrit, on ne peut plus rien y changer, et on apprend à les laisser de côté.

J'ai eu l'impression, avec L'Histoire d'un mariage, de lire une sorte de roman sentimental à suspense. Vous retrouvez-vous dans cette définition ?
C'est exactement ce à quoi j'ai essayé d'arriver. Un roman capable de procurer des émotions, mais qui tienne le lecteur en haleine. Pour moi, c'est le meilleur compliment qu'on puisse lui faire. Ceux qui tiennent la littérature pour une chose sacrée, qui établissent une distinction précise entre divertissement et expression artistique, vont peut-être détester cette façon de voire les choses. Cela dit, le livre a plutôt été très bien accueilli aux Etats-Unis. Les gens ont ressenti l'émotion, l'intensité de l'histoire, mais ils ont aussi été séduits par ses qualités dramatiques.

Pour plusieurs raisons, je pense que votre livre ne serait pas facile à adapter au cinéma.
Je partage cet avis. Les droits en ont été vendus, pourtant. J'ignore ce que le réalisateur va en faire.

Vos romans ont l'air de séduire l'industrie cinématographique. Ils ont ce côté très visuel, malgré l'introspection.
Oui. Mon précédent roman, Les Confessions de Max Tivoli, est sorti pendant que les gens de Hollywood commençaient à plancher sur le script de L'Etrange histoire de Benjamin Button. Les deux histoires étaient si proches qu'ils ont voulu racheter les droits du livre histoire de se prémunir contre d'éventuels problèmes. Mais j'ai refusé. Vendre ces droits, c'était faire une croix sur une adaptation de mon roman.

Revenons à L'Histoire d'un mariage : le thème du parc d'attraction semble vous être particulièrement cher.
Les parcs symbolisent la peur, et la liberté. Ils offrent une entrée dans un monde à la fois merveilleux et terrifiant. Il y a quelque chose de très érotique dans un train fantôme. On rentre à deux dans l'obscurité, on s'accroche l'un à l'autre...

Avez-vous voulu écrire un roman sur les minorités américaines ? Avez-vous le sentiment que leur situation a autant évolué qu'on veut bien le dire ?

La seule histoire qui m'importait, au fond, c'était celle des marges : raconter les marges. La condition des Noirs, ses homosexuels, ses objecteurs de conscience. Aujourd'hui, je crois qu'il est toujours compliqué d'être noir. Il ne faut pas oublier que l'histoire de ce pays est liée à celle de l'esclavage. Mais refuser la guerre était également très problématique. Les histoires que je raconte sur le sort des objecteurs sont des histoires vraies. Je voulais donner la parole à ces gens qui avaient souffert. Ne pas partir en guerre est une décision qui réclame du courage : décider de refuser cette lâcheté-là. C'est quelque chose qui est difficile à entendre aux Etats-Unis. Moi, ça m'intéresse beaucoup. Les histoires de guerre sont toujours, aussi, des histoires de famille, c'est ce qui les rend si poignantes. La version américaine de l'Histoire est assez romancée : elle voudrait que nous ayons sauvé l'Europe. A l'époque pourtant, beaucoup de Noirs refusaient de partir parce que ce n'était pas leur guerre, mais celle des Blancs. Aujourd'hui, on vit une situation similaire avec l'Irak. Tout le monde sait que cette guerre est absurde. Le livre est peut-être né de là.

Un mot sur votre prochain roman ?
Ce devrait être un livre sur le voyage dans le temps.

 

Propos recueillis par Fabrice Colin

Photo © Jerry Bauer

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