Les Violettes Sont les Fleurs du Desir de Ana Clavel




"Le viol commence par le regard. Quiconque se penche sur le puits de ses désirs le sait. Ou contemple ces photographies de poupées torturées, ligotées, chair en floraison emprisonnée et disposée pour le regard de l'homme qui guette dans l'ombre. Je veux dire que l'on peut aussi se pencher à l'extérieur et découvrir, par exemple, dans la photographie d'un corps attaché et sans visage, un signe absolu de reconnaissance : l'appât qui libère les désirs impensés et leur force d'abîme insondable. Car s'ouvrir au désir est une condamnation : tôt ou tard nous chercherons à étancher notre soif- pour en souffrir de nouveau peu après.
Maintenant que tout est passé, que ma vie s'éteint comme une pièce naguère lumineuse qui cède inexora­blement la place aux ombres - ou, ce qui est pareil, à la lumière la plus aveuglante -, je me rends compte que tous les philosophes et les penseurs qui ont cherché des exemples pour expliquer le non-sens de notre existence ont laissé dans l'oubli une ombre tutélaire : Tantale, le toujours désirant, condamné à frôler la pomme du bout des lèvres sans jamais pouvoir la dévorer.
Je dois avouer que lorsque j'ai appris son histoire, l'adolescent que j'étais s'est senti troublé, pendant cette matinée pluvieuse en classe, au récit du professeur d'histoire, un homme encore jeune et réservé qui avait sûrement fait ses études dans quelque séminaire."