| . | Entretien vidéo avec Marie Ndiaye |
| . | Entretien avec Barry Gifford |
| . | Entretien avec David Heatley |
| . | Entretien avec Will Self |
| . | Entretien vidéo avec Jay McInerney |
| . | Les interviews Livres |
| . | Berlin selon Jean-Yves Cendrey |
| . | Les Belles étrangères |
| . | Les écrivains à la télévision |
| . | 10 façons de faire vendre des livres |
| . | Google vs La Martinière |
| . | Articles Livres |



Eloge du désir absolu
Les Violettes sont les fleurs du désir, premier roman d'Ana Clavel traduit en français et lauréat du prestigieux prix Juan Rulfo en 2005, concentre les obsessions de l'artiste. Concept de genre, tabous sexuels et filiation sont déconstruits à travers le prisme d'une double recherche philosophique et esthétique. Si le pitch de départ est à priori monstrueux - un père aux penchants pédophiles et incestueux fabrique des poupées ultra réalistes à l'effigie de sa fille, pour réaliser clandestinement ses plus effroyables fantasmes - Ana Clavel livre en réalité un récit elliptique, presque pudique, libéré de toute contrainte morale.
L'écrivain appréhende avec minutie l'éclosion d'un désir absolu, dont elle fait l'éloge sans distinction. Ce désir - même inquiétant, même interdit - est décrit sous toutes ses coutures, odeurs et sensations, dans ce roman en forme d'appel à la libération de l'imagination, salutaire en ces temps d'hygiénisme paranoïaque. Et les Violettes, ces poupées au succès international mais clandestin, posent la problématique presque animiste de notre rapport à la matière, ainsi que celle de la frontière entre un fantasme et un viol commis non sur une fillette mais sur une allégorie presque parfaite de celle-ci.
Perversion animiste
Erudit, le roman d'Ana Clavel met en scène des personnages réels, comme Hans Bellmer, artiste allemand dont l'oeuvre majeure la Poupée (1934), considérée comme dégénérée par les Nazis, obsède le narrateur. A partir d'une sculpture de fille à peine pubère de taille réelle, dont les membres sont désarticulés et emboités, Bellmer réalisait des assemblages monstrueux photographiés dans des situations de soumission et de torture, déclinant "une créature artificielle aux multiples potentialités anatomiques" censée débusquer chez chacun les perversions sadiques.
Autre figure du réel qui fait irruption dans la fiction : Felisberto Hernández, auteur uruguayen d'une nouvelle qui fit scandale dans les années 30, Las Hortensias, apparaît comme le précurseur bienveillant du héros de Clavel. La nouvelle d'Hernandez montre un homme qui construit des mises en scènes pornograhiques à l'aide de poupées. Dans le roman d'Ana Clavel, l'écrivain a réalisé son fantasme et conçu des poupées plus vraies que natures. C'est par sa voix qu'est révélée l'issue en forme de damnation de la dangereuse petite entreprise du héros et de son associé.
Trop elliptique d'ailleurs, la chute du héros évoque l'existence d'une "Confrérie de la Lumière éternelle", dont le harcèlement inquisiteur aurait poussé au suicide les hommes jugés sur leurs fantasmes coupables. On aurait souhaité que l'auteur approfondisse le sujet de cette Confrérie qui forme le pendant de l'internationale des adorateurs des Violettes, et se trouve être tout aussi inquiétante dans sa folle entreprise de purification du monde. Mais le roman d'Ana Clavel semble confusément se clore dans une sorte de transe, se jouant délibérément de la porosité des frontières entre réalité et fantasme, lucidité et folie, à mesure que la voix de son héros narrateur sombre et s'éteint. Sans morale ni jugement.
Ana Clavel, Les Violettes sont les fleurs du désir, Métailié, fevrier 2009.
Mélanie Duwat
Sur Flu :
- Voir notre dossier sur la littérature mexicaine
- Toute l'actu littéraire sur le blog livres
- Donnez votre avis sur le forum livres
Sur le web :
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z