| . | Entretien avec Hannah Tinti |
| . | Entretien avec Simon Liberati |
| . | Entretien avec Colson Whitehead |
| . | Entretien avec Andrew Sean Greer |
| . | Entretien vidéo avec Marie Ndiaye |
| . | Les interviews Livres |
| . | Entretien avec les traducteurs de Dan Brown |
| . | Les Belles étrangères |
| . | Top des livres apocalyptiques |
| . | Berlin selon Jean-Yves Cendrey |
| . | Les écrivains à la télévision |
| . | Articles Livres |



Comme le titre l'indique, le livre fonctionne comme un dossier, où s'empilent les documents. On y trouve des extraits d'articles journalistiques, des lettres d'amour, des compte-rendus de procès (sous la forme d'une farce en un acte), des tracts officiels et même quelques images. Tout cela est romancé, bien sûr. Mais Uribe soigne les différents styles et registres de langage de manière à ce qu'on ait l'impression d'avoir sous les yeux une documentation solide, réelle, objective, sans narrateur fixe. La multiplication des points de vue permet en effet à l'auteur de se distancier du récit. Dans ce labyrinthe narratif, le lecteur doit rassembler les pièces, ou du moins croit le faire, en vue de comprendre et démonter l'imbroglio politique.
Plus on tourne les pages, et plus l'intrigue se complexifie. Arnulfo Arruyo, l'homme qui a tenté d'assassiner le « Caudillo » en pleine rue, n'est semble-t-il, qu'un infime rouage d'une vaste machination. Son lynchage à mort, dans des circonstances troubles, juste après son arrestation, remet en question sa culpabilité. A-t-il été assassiné par la foule furieuse et assoiffée de vengeance ? Ou bien n'est-ce qu'une manœuvre politique ? Les extraits d'articles insinuent des choses, validées ou contredites par des dépositions faites à la police, et nuancées par des lettres d'amour entre deux « sources » proches du dossier. Un femme qui doit se marier avec le haut-gradé Eduardo Velasquez, et son amant, chef de la Chancellerie des Affaires Etrangères. Entre temps, le même Eduardo Velasquez, arrêté pour avoir fomenté le lynchage, se suicide dans sa cellule.
Sous l'écriture faussement impersonnelle, mouvante selon les voix qui l'habitent, émerge le ton particulier de Uribe, distancié, ironique et implacable. Médias, politiques, rumeurs sont renvoyés dos à dos tandis que les réseaux d'influence, plus ou mois corrompus, s'enchevêtrent avec complexité. On perçoit en ce sens l'aspect satirique de ce Dossier de l'attentat, qui renvoie aux dérives politiques et médiatiques du Mexique contemporain. « F.G », le mystérieux chef de la chancellerie qui réunit toutes les pièces du dossier, résume l'ambition du livre en l'articulant sous la forme d'une question : « Qui sait, je tiens peut-être là le sujet d'un roman-reportage, d'une fiction basée sur des faits avérés, à la façon de mon vénéré maître Zola. La critique m'a déjà reprochée d'être, comme lui, un pornographe. Serai-je capable de devenir, comme lui également, un accusateur ? ». Réponse, oui.
Alvaro Uribe, Dossier de l'attentat, éditions Verdier, 2009.
Eric Vernay
Sur Flu :
- Le Salon du livre 2009
- Dossier : la littérature mexicaine
- Toute l'actu littéraire sur le blog livres
- Donnez votre avis sur le forum livres
Sur le Web :
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z