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Septième roman d'Almudena Grandes, Le Coeur glacé n’est pas un roman sur l’histoire de l’Espagne, ni sur la guerre civile. Il raconte comment aujourd’hui les espagnols tentent de reconstruire sentimentalement les évènements du passé, ou comment le passé influe dans leur vie actuelle. Une superbe fresque, qui paraît pour cette rentrée littéraire.
Cette chronique est proposée dans le cadre de la rentrée des lecteurs.
Pendant presque cinq ans, Almudena Grandes a effectué une véritable immersion dans l’histoire, lisant des centaines de livres sur la guerre civile, visionnant des films et écoutant de nombreux récits d’hommes et de femmes ayant vécu la guerre. J’utilise le terme « immersion », car paraît-il l’auteur ne considérait pas cette activité comme un travail de documentation mais comme un véritable plongeon dans le passé, qu'elle voulait vivre ; paraît-il aussi qu’elle en est ressortie complètement exténuée. Il est évident que Le Coeur glacé est une œuvre ambitieuse, pleine de vie, extrêmement dense et d’une puissance évocatrice remarquable. Impossible de traduire l’océan de récits et de personnages qui composent ce roman de plus de mille pages.
Tout commence à la mort de Julio Carrion, un prestigieux homme d’affaires qui acquit son pouvoir durant la dictature de Franco. Lors de son enterrement, Alvaro, son fils cadet, se sent immédiatement attiré par une jeune femme inconnue. Cette jeune femme, c’est Raquel Fernandez Perea dont la famille – clairement républicaine – fut obligée de fuir en France au moment de la guerre civile et d’y rester durant toute la dictature franquiste. Entre eux naît une passion hors du commun où le mensonge et la vengeance sont le point de départ : Alvaro croit qu’elle fut la dernière maîtresse de son père, quant à Raquel, elle garde en mémoire le jour où elle vit pleurer son grand-père après avoir rendu visite à une vieille connaissance, un homme qui leur avait tout volé...
Le roman est composé de trois parties : « Le cœur » qui met en place l’intrigue amoureuse ; « La glace » où la passion que vivent les protagonistes se voit entrecoupée de longues rétrospectives, portant sur l’histoire des deux familles avant, pendant et après la guerre, jusqu’en 2005 ; enfin « Le cœur glacé » qui fait le lien entre le passé et le présent : un passé lourd de conséquences qui entraînent Alvaro et Raquel dans un abîme de culpabilité. Le style d’Almudena Grandes est à la fois sophistiqué et naturel… fluide, harmonieux, parfois brutal… Almudena est un écrivain audacieux. Au point que pour la première fois, je me suis demandée s’il existait des sentiments à la hauteur des mots !
« La voix de Raquel filait une pluie tempérée et paisible, qui glissait sur les vérités, les incertitudes mais elle était capable de chevaucher le temps, de pousser les minutes en avant, d’alléger son poids et de donner au plomb une consistance légère, écumeuse, presque aérienne, comme celle du sirop dont elle me parlait pendant que la pluie de ses lèvres, cette pluie qui la faisait parfois sourire, et parfois moi aussi, et réussissait même le prodige de rendre à certains instants l’écorce craquante et douce des jours où c’était toujours maintenant parce qu’il n’existait qu’un adverbe de temps… »
Petite note personnelle : je suis fille d’émigrés espagnols – tous rentrés au pays – et j’ai moi-même quitté l’Espagne à deux reprises. Cette histoire me touche particulièrement car je me sens concernée et par l’histoire – la guerre civile ayant conduit ma famille à la ruine – et par l’évocation du pays où « le ciel est si grand, d’un bleu si profond qu’il méprise la science des adjectifs, un bleu beaucoup plus bleu que le bleu ciel… » Néanmoins, je peux vous assurer en toute objectivité que ce roman, qui tombe parfois dans l’excès – excès de pages (surtout vers la fin), de récits et parfois des personnages – est un roman passionnant !!!
Almudena Grandes, Le Coeur glacé, éditions JC Lattès, août 2008.
Véronica de Barberà
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