« Etre vaincu parfois. Etre soumis jamais. »
Né en Touraine, Alfred de Vigny passe son enfance en grande partie à Paris. A la Restauration, il s'engage dans les Compagnies rouges où à 17 ans, il est promu sous-lieutenant. De cette expérience militaire qu'il aurait voulue féconde en gloires,
Alfred de Vigny ne concevra que déception et amertume, qu'il exprimera plus tard dans
Servitude et grandeur militaires (1835).
Il commence à écrire dès 1815, et publie en 1820 son premier poème,
Le Bal, suivi deux ans plus tard d'un recueil anonyme de dix autres pièces. Sa carrière littéraire est déjà lancée lorsqu'il s'écarte de ses responsabilités militaires (il prend congé en 1825 et sera réformé en 1827). Il est l'un des premiers membres du Cénacle romantique, où il fréquente plus particulièrement
Charles Nodier et
Victor Hugo. Dès 1826, il fait preuve de ses talents non plus dans la poésie, mais dans la prose, avec son roman historique
Cinq Mars, où fidèle à l'inspiration romantique qui le guide, il se préoccupe plus de l'expression de sa vérité subjective que d'authenticité historique.
Il s'essaie au théâtre, notamment avec une adaptation de l'
Othello de
William Shakespeare, et renonce momentanément à la poésie pour s'intéresser aux parias de la société. Il traite également de l'isolement du poète dans
Stello (1832) dont il tirera son drame
Chatterton (1835).
Entre 1835 et 1848, les coups du sort vont se succéder : il rompt avec l'actrice Marie Dorval, pleure la mort de sa mère, doit faire face à la maladie de son épouse, et essuyer l'échec de sa candidature aux élections de 1848. Il entre à l'Académie française en 1846, après avoir souffert de quatre refus, et avoir émis de nombreuses critiques au sujet de cette institution. Parmi tous les académiciens,
Victor Hugo sera le seul à le défendre, allant jusqu'à refuser d'être nommé directeur tant qu'
Alfred de Vigny serait victime de l'hostilité des Immortels.
Ces revers de fortune le poussent à un isolement qu'il consacrera à la composition de son plus grand chef-d'œuvre,
Les Destinées, recueil de poèmes parus de son vivant, et publié à titre posthume. Sa poésie se mêle à la philosophie pour exprimer un pessimisme radical dont les seuls remèdes sont une forme de stoïcisme, nuancée par un espoir profond dans le progrès intellectuel, spirituel et social.
Après un an de lutte courageuse contre le cancer qui le ronge, Alfred de Vigny meurt à Paris en 1863. Seule une poignée de romantiques de la première heure l'accompagnera jusqu'au cimetière de Montmartre.