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Leur niveau de stress n'a jamais été aussi haut, leur pouvoir d'achat est en baisse, leurs patrons sont des faux cools qui ne leur donnent pas d'ordres mais attendent trop d'eux. Le constat s'impose: les jeunes cadres de ces boîtes de com', de pub et autres consulting sont malheureux. Ici, ils se lâchent, se moquent d'eux-même et se plaignent beaucoup.
La tête dans le guidon
"J'peux pas, j'suis over charrette, j'ai une reco à préparer, on se poke plus tard sur Facebook".Nous avons tous dans notre entourage au moins un spécimen de jeune cadre dans la communication, la publicité ou le consulting dont nous pensons- à tort- que son boulot est "hyper cool". D'abord parce qu'il gagne mieux sa vie que nous, qu'il bosse pour des boîtes glamour sur des projets marrants. Nous lui envions aussi l'ambiance décontractée des nocturnes sur un projet qui finit en baby foot- sushi, ou parcequ'il connaît la vie intime de ses collègues au bout d'une semaine. Or ce jeune cadre se garde bien de dénoncer le climat de surveillance collective qui règne dans l'open space-"tellement plus sympa pour bosser en équipe". Il tait soigneusement son complexe d'interchangeabilité- car rien ne ressemble plus, en termes de compétences, à un cadre trentenaire que la horde de stagiaires prêts à tuer père et mère pour le moindre CDD. Il oublie légèrement d'avouer ses insomnies, ulcères, addictions diverses ou son absence totale de semblant de vie sociale hors boulot. Car c'est vrai, quoi, il n'est pas non plus à l'usine ou pire...chômeur.
Briser l'omerta
Tout a débuté par un mail collectif émanant d'un cadre en plein "burn out". Le mail a ensuite fait des petits et est devenu une chaîne de soutien et de témoignages, sorte d'éxutoire à culpabilité pour ces trentenaires surdiplômés dont les parents sont si fiers. Et tout y passe. Des petits tracas: en open space, impossible de glander sur Youtube tranquille, aux grandes souffrances: dépression nerveuse, sabordage de la vie privée ou maladie grave liée au stress. Car, en open space, le mot d'ordre est "tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes". Impossible, donc, d'échanger ses angoisses entre collègues de crainte d'être vu comme un dangereux syndicaliste mangeur d'enfants. Ou que le supérieur hiérarchique ne conclut que ce mauvais esprit ne mérite aucun avancement. Les voilà condamnés au silence, ces cadres, privilégiés, valorisés par une image stéréotypée très "trente glorieuses", pré-chocs pétroliers, crise, chômage, éclatement de la bulle Internet, re-crise etc...
Aussi Thomas Zuber et Alexandre des Isnards, à eux deux moins que l'âge de départ d'un cadre à la retraite, ont décidé de faire sortir ces témoignages du placard avec L'Open Space m'a tuer. Forts de leur expérience en SSII, ils livrent avec humour un pur pamphlet contre le néo-managment et ses ravages.
Auto-dérision et exutoire
Doté d'un très utile glossaire de ce "nouveau wording" inintelligible, L'open space... est avant tout une description drôlissime de cet univers où tout n'est que volontiers affaire d'apparence. Il faut avoir l'air "charrette", important et extrêmement motivé chez Accenpelure, Altranse ou Foulsex. Ne pas quitter son ordi avant 21h au risque de s'entendre souhaiter un "bon après-midi" sarcastique et culpabilisant quand on ose rentrer chez soi à 18H45! Accepter sans broncher de ne toucher ni prime ni augmentation parce que selon l'outil chouchou d'évaluation de personnalité, le Myers-Brigs Type Indicator (MBTI), on est plutôt de type F (feeling) et P (perception) quand il faut être de type T (thinking) et J (judgemental)! Et participer de bon coeur aux formations psychologisantes d'apprentissage à la séduction pour être "davantage avenante vis-à-vis des clients" de Capcefini...De là à parler de proxénétisme...
Pour un retour au managment de papa
Le tutoiement de rigueur, le "fun" de façade à tous les étages de la hiérachie dont les responsabilités sont brouillées, le jargon franglais vide de sens, l'autoévaluation et l'hyperflexibilité des horaires sont en grande partie responsables du désengagement flagrant de cette génération de cadres. Entrer à 25 ans dans une boîte et y faire toute sa carrière est un modèle dépassé. Aujourd'hui, les cadres se bousculent pour faire partie de la prochaine "charrette" de licenciement économique. Dans l'éspoir souvent déçu de toucher le pactole en indémnités et de trouver mieux ailleurs. Ou de vivre un temps des assedics pour réfléchir à une reconversion qui ait "du sens".
Forts de ce constat, Alexandre des Isnards et Thomas Zuber prônent un retour à un managment simple et efficace. Une hiérarchie qui assume son nom, des responsabilités, tâches et objectifs clairs et réalisables. Pour eux, il est essentiel de retrouver un réel intérressement de chacun au projet collectif, une valorisation des réalisations et l'ambition de garder ce cadre usé avant ses quarante ans.
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