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Il fut publié pour la première fois à titre posthume en 1949 (né dans l'Iowa en 1887, Aldo Leopold, qui était américain, est mort dans le Wisconsin en 1948) et considéré immédiatement comme un classique des écrits dédiés à la nature. On le considère volontiers à l'égal du Walden de Thoreau et comme l'un des textes fondateurs de l'écologie.
Pourtant, l'importance de cette œuvre ne réside pas seulement dans le délicat « bruissement » des idées qu'elle porte ou dans le tableau des destructions systématiques entreprises dans l'Amérique du XIXe et poursuivies au XXe (les graminées de la Prairie, les forêts de chênes séculaires, les marécages de la région des Grands Lacs) qui s'achèveraient notamment par la disparition des pigeons voyageurs et des prédateurs, loups, pumas et ours. Evoquant aussi bien l'inexorable dévastation du patrimoine naturel que le massacre des Indiens, au nom du sacro-saint rêve pionnier, que nous dit-elle que nous ne savions déjà : « dans notre monde d'abondance de biens et d'appauvrissement de la vie, nous ne pouvons plus ignorer la valeur de l'échange et la nécessité de l'appartenance, ce fragile équilibre résumé ici dans le motif de l'éthique de la terre ». Cet almanach - un véritable almanach rédigé au fil des mois et des saisons, magnifiquement illustré par les dessins de Charles W. Schwartz - vaut aujourd'hui aussi et peut-être avant tout, écrit Le Clézio, par la beauté de sa langue, la fraîcheur de ses images, les sensations qu'elles éveillent :
« Au crépuscule du dernier jour de la saison de la grouse, chaque mûrier sauvage éteint sa lanterne. Je n'arrive pas à comprendre comment une simple broussaille peut être informée de façon aussi infaillible des statuts du Wisconsin, et je n'y suis jamais retourné le lendemain pour m'en enquérir. Pendant les onze mois à venir, les lanternes ne brilleront plus que dans mon souvenir. Il m'arrive de penser que les autres mois ont été créés comme une sorte d'interlude entre deux octobres. Je soupçonne que le chien, et peut-être la grouse elle-même, partagent ce point de vue. »
Ailleurs :
« Voilà que j'entends un faible aboiement dans les nuages. On croirait un chien au loin. C'est étrange comme le monde tend l'oreille à ce bruit, et reste songeur. Bientôt il s'amplifie : les oies ! Invisibles, mais elles se rapprochent. Le troupeau émerge des nuages bas. C'est une bannière dépenaillée d'oiseaux, montant et descendant, s'écartant, se rapprochant, avançant tout de même, sous le vent qui lutte amoureusement avec chaque aile vanneuse. Quand le troupeau n'est plus qu'une tache tout là-haut, j'entends sonner le clairon des funérailles de l'été. »
Chacun goûtera ces moments de pure poésie sans cependant dédaigner pour autant le message d'un auteur « qui a vécu le passage du monde ancien à l'âge nucléaire et a expérimenté tous les progrès et tous les échecs de l'époque moderne. »
Almanach d'un comté des sables
Un livre d'Aldo Leopold
Traduit de l'anglais par Anna Gibson
Illustrations de Charles W. Schwartz
Préface de J.-M.G. Le Clézio
288 pages ; 7,10 euros
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