Caligula fait partie de ce que l’écrivain appela lui-même « le cycle de l’absurde », trilogie composée en outre du
Mythe de Sisyphe (essai paru en 1942) et de
L’étranger (roman publié également en 1942). Pour la matière de cette pièce de théâtre,
Albert Camus s’inspira de la « Vie des douze Césars » de Suétone, où l’auteur latin souligne le brusque changement de politique de l’empereur, d’abord bon souverain, puis monstre sanguinaire (thèse fortement mise en doute depuis par un certain nombre de chercheurs).
La genèse de « Caligula » a été profondément marquée par la Deuxième guerre mondiale. Camus avait rédigé un premier manuscrit dès 1939, avant l’entrée en guerre de la France. Les tristes évènements qui s’ensuivront (drôle de guerre et horreur de la politique nazie durant l’occupation) influenceront profondément Camus, qui décide de reprendre le premier jet de sa pièce. La différence la plus notable entre les deux versions est l’importance de Cherea. Dans le « Caligula » qui paraîtra à la fin de la guerre, ce personnage est un véritable contrepoint du nihilisme de l’empereur. Il comprend la réflexion de Caligula, mais s’y oppose avec force.
Thème récurrent dans toute l’œuvre de Camus, la notion d’absurdité de l’existence est ici au cœur même du propos. L’auteur a recours à la forme tragique pour en montrer l’horreur qu’elle peut faire commettre à certains qui, plutôt que de le combattre, la nourrissent.