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Paris, décembre 1938. Un dénommé Bottini, intellectuel italien réfugié à Paris pour fuir Mussolini, est assassiné avec sa maîtresse (la femme d'un ministre français) dans une belle mise en scène habillée en suicide par l'OVRA, la police secrète de Mussolini. Bottini, apprend-on, était le rédacteur en chef de Liberazione, un journal antifasciste clandestin et quasi artisanal, composé depuis Paris par un groupe d'exilés italiens et quelques résistants du pays. La première partie du roman nous plonge dans ce monde de courage où l'on tente de s'organiser sans en avoir les moyens, de vivre aussi malgré la menace d'un coup fourré venu de nulle part.
Journaliste à l'Agence Reuters, Carlo Weisz est invité par ses camarades à prendre la relève de Bottini : il concilie tant bien que mal son rôle de journaliste clandestin et de reporter envoyé par son patron aux quatre coins de l'Europe. Envoyé quelques jours en Espagne où l'armée républicaine se fait massacrer par les Franquistes armés par Hitler et Mussolini, Weisz y croise un colonel italien idéaliste parti défendre l'Espagne. Puis à Berlin, il retrouve la « femme de sa vie », une Allemande mariée à un aristocrate allemand, qui intrigue de son côté pour faire barrage (impossible) à Hitler.
Weisz est au cœur du désastre. Hitler met l'Europe au pied du mur. La guerre est inévitable mais les Liberazione ne veulent pas abdiquer. L'OVRA les file, les fait renvoyer de leur boulot, leur coupe les vivres. Certains tentent de s'appuyer sur les sympathies françaises, d'autres jettent l'éponge. D'autres encore trahiront. Weisz, dans la seconde moitié du livre, est finalement aspiré par le jeu d'espions, contacté par les services secrets anglais qui lui proposent d'écrire, à des fins de propagande, la vie du colonel italien bataillant en Espagne, en échange de quoi il financeraient le journal et lui donneraient les moyens de compter vraiment dans sa croisade. Weisz et ses amis mettent alors en balance des principes comme l'indépendance, l'éthique et la...trouille.
Du courage et des hommes
Le Correspondant étranger est un roman à enjeux qui nous fait ressentir avec une intensité admirable le cours à la fois flottant et imperturbable de l'Histoire. Sans jouer jamais au jeu du « qu'auriez-vous fait à leur place ? », le roman se contente de montrer comment quelques hommes et quelques femmes, aux motivations très différentes, ont tenté de faire ce qu'il fallait. Les personnages de Furst sont impeccables, qu'il s'agisse des résistants italiens, de leurs femmes, ou d'espions professionnels.
Paris est un théâtre d'ombres où les espions jouent aux échecs comme si cela avait, à ce stade, encore une importance décisive. Les Anglais travaillent déjà pour l'après. Les Français ne voient rien venir. Les Communistes ont les moyens. Le roman nous amène jusqu'à la signature du Pacte d'Acier puis jusqu'à la guerre elle-même, qui n'existe presque pas à cette époque mais qui se manifeste par un regain de tension, par un supplément de pression et d'anxiété pour tout le monde.
Le grand talent de Furst est de s'arrêter à temps en toutes choses. Son style est tenu par la sincérité et la précision. Il n'en fait jamais trop dans l'émotion. Son intrigue est à l'avenant : toute en retenue et en mesure. Weisz, notamment, est admirable dans son rôle de héros ordinaire...extraordinaire. Il marchande l'exfiltration de son Allemande amoureuse contre le passage à l'acte. Des espions tiennent parole. Ce n'est pas si fréquent. Malgré la suite qu'on ne connaît que trop bien, Le Correspondant étranger se termine de façon formidable et donne espoir en l'homme, en l'amour etc. Furst réussit bien plus qu'un roman d'espionnage, livrant une sorte de drame épique, une belle odyssée en eaux troubles désespérée, romantique et... heureuse.
Alan Furst, Le Correspondant étranger, Edition de L'Olivier, novembre 2008.
Benjamin Berton
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