Black bazar de Alain Mabanckou



Critique

Note du livre L’Afrique au coin de la rue

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L’Afrique au coin de la rue



Prix Renaudot 2006, Alain Mabanckou revient en fanfare avec Black bazar, le journal de bord d'un dandy congolais à Paris, navigant à vue entre ses velléités d'écriture, les discussions de comptoir, le racisme au sein de la communauté noire, mais aussi les fascinants arrière-trains des donzelles du quartier des Halles. Un roman truculent, drôle et alerte, qui casse les clichés dans la joie, la tchatche et la bonne humeur, contagieuse.
 
Black bazar parle des Africains, des immigrés, de l'amour, de la tolérance, de l'inspiration littéraire, de l'exil, bref de sujets "sérieux", avec un bagout déconcertant. Ecrivain né au Congo-Brazzaville il y a 43 ans, Alain Mabanckou s'est fait connaître du grand public avec son roman Mémoires de porc-épic, qui lui a valu le prix Renaudot en 2006. Faussement léger, son dernier livre se lit d'une traite, et le sourire aux lèvres.

Black Bazar évoque les mésaventures drolatiques d'un écrivain congolais exilé à Paris, au centre de la "communauté noire". Haïtiens, ivoiriens, sénégalais... Mabanckou dépeint ainsi une jolie brochette de personnages, attachants et hauts en couleurs, mais pas insensible aux questions de couleur, justement. Entre sa copine surnommée affectueusement "Couleur d'origine" (très noire alors qu'elle est née à Nancy), et son voisin de palier Hippocrate, négrophobe notable qu'on découvre plus tard Noir haïtien (!), le héros, un écrivain coquet en mal d'inspiration, observe l'absurdité du monde, mi-amusé, mi-résigné. L'auteur fait ainsi valser les idées préconçues sur l'idée d'une quelconque "communauté noire" ou Africaine en France. Le racisme est omniprésent - parcourant toute la gamme de couleurs de l'anti-blanc ou l'anti-noir - et allégrement tourné en dérision.

Le style de Mabanckou, vif et oral, ressemble d'ailleurs à ses personnages beaux-parleurs. On croirait les entendre. L'auteur, qui enseigne aujourd'hui la littérature francophone aux Etats-Unis, se moque avec tendresse des contradictions de ses protagonistes. L'Arabe du coin par exemple, "qui n'habite pas au coin mais au milieu de la rue" est extraordinaire. Il estime que la plus grande sagesse c'est de savoir écouter, alors qu'il parle sans cesse. Chaque jour, le héros doit se farcir ses interminables diatribes sur la faillite morale du monde, le manque de respect des jeunes envers les anciens, la concurrence des commerces pakistanais et chinois... Des soliloques mélancoliques et enflammés, touchants et drôle.

Comme Brassens, qu'il cite souvent, Mabanckou parle de choses graves en riant, croque le quotidien avec son verbe à lui, truculent et satirique, détournant sans cesse de leur sens des expressions françaises figées, entre deux considérations sur les troublantes "faces B" de ces demoiselles. Ainsi prend forme la foisonnante galerie de personnages de Black Bazar, bruyante et on ne peut plus vivante, dont le mélange parfois explosif donne toute sa richesse au livre, mais aussi à la culture de notre pays. Salvateur en cette période de Horteufeux-ringite aiguë !

Alain Mabanckou, Black Bazar, Seuil, 2009.

Eric Vernay

 

Le 20 janvier 2009

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