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Fluctuat : Quelle est la singularité du personnage de Monsieur Hippocrate ?
Alain Mabanckou : Quand on lit Black Bazar et quand on tombe sur le personnage de Monsieur Hippocrate, au premier abord on se dit "Il va encore nous ressortir le cliché sur le pauvre blanc raciste qui vit dans un immeuble avec des immigrés, qu'il ne les supporte pas, on a déjà vu ça, c'est de la caricature." Mais ça devient plus intéressant lorsque la chute montre que Monsieur Hippocrate est en fait un noir qui a pris toute l'idéologie raciste de l'Europe et la déverse sur une autre personne de couleur. Donc c'est aussi tirer la sonnette d'alarme sur le fait qu'il existe un racisme à l'intérieur des noirs.
Fluctuat : Après Obama aux USA, vous pensez qu'il est possible d'avoir un président noir en France ?
Alain Mabanckou : Il faut être un personnage exceptionnel. Ce n'est pas la couleur de peau qui décide l'élection d'un président mais c'est le parcours individuel qui fait qu'on a l'étoffe d'un président. Donc si un jour, une personne de couleur a un parcours atypique, individuel, percutant, je pense que les français ne voteront pas pour la couleur de peau mais ils voteront pour quelqu'un qui incarne l'espoir, qui apportera le changement. Mais pour cela il faut que cette personne ait la conscience que, même si elle n'a pas la couleur locale en France, il faut qu'elle décide de vivre pour la France et mourir pour la France.
Fluctuat : Seriez-vous fan du chanteur de Sète ?
Alain Mabanckou : Georges Brassens est sans doute l'un des rares chanteurs dont j'ai toute la biographie, y compris les enregistrements ratés de ses débuts où on entend dire "Putain j'ai raté l'accord !". C'est le premier musicien français que j'ai écouté quand j'étais petit puisque mon père avait un magnétophone avec une seule cassette et tous les jours on écoutait la chanson "Auprès de mon arbre, je vivais heureux.". Cette voix grave est restée en moi et par la suite je m'y suis intéressé et je trouve ses textes riches, denses, cocasses. Je pense que si Georges Brassens est resté d'actualité aujourd'hui c'est parce qu'il avait compris que l'arme de l'ironie et de la dérision est plus forte que toutes les leçons d'instruction civique ou le discours des militants.
Propos recueillis par Eric Vernay
Images/montage : Ségolène Fillâtre
Photo : Alain Mabanckou © Hermance Triay
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