La Hache et le Violon est un beau roman, foisonnant, tout en nuances, dont la fluidité narrative trahit le goût de l'écrivain pour le cinéma et son avatar littéraire, le scénario. La Hache et le Violon, c'est aussi une variation sur le thème de l'utopie totalitaire du XXe siècle. Le récit est construit à la manière de séquences, quatre au total, d'inégales longueurs. Quatre séquences répétant un même motif prophétique, visionnaire : "la fin du monde". Une fin du monde vue par la même personne, un jeune professeur de musique, curieux, érudit, amant de sa jeune nièce prénommée Esther, et disciple du vieux sage Chamansky, assurant la transmission d'un savoir courant des origines de l'univers à la complexité du monde moderne. Ce même motif, à force d'être répété sur des variations différentes, en devient amusant, presque absurde.
La première séquence, la plus longue, situe l'action en 1933, dans une petite ville d'Europe centrale dans laquelle frappe un mal mystérieux : "Le débat était devenu stérile pour savoir s'il s'agissait d'une épidémie biologique comme la peste, d'un phénomène physique d'origine cosmique comme une radiation ou de l'attaque d'un ennemi invisible, équipé d'armes inconnues…" Mais il faut bien un coupable et les autorités pointeront du doigt les musiciens et avec eux, "les grands compositeurs qui sont mis à l'index". La résistance, néanmoins, s'organisera autour de Chamansky...
Puis l'histoire se répétera, à d'autres époques, dans d'autres lieux. Désormais, les longues phrases de la première séquence, pour mieux souligner l'incompréhension du narrateur, ont laissé place à un style plus rapide, genre chronique, signifiant ainsi l'accélération du temps. Mais qu'importe cet emballement puisque au final, le roman se clôt par un "retour anticipateur et salutaire" vers la mythologie où le narrateur, vivant au milieu du XXIe siècle, est devenu à un âge canonique le mari, l'amant et le père de la petite-fille de sa nièce, elle aussi prénommée Esther. Celle-là même qui évoque le destin de ces colonies juives à mi-chemin entre la prospérité et la persécution. Tel un ruban de Moebius, La Hache et le Violon se lit dans tous les sens sans jamais en épuiser le sens.
S. L.