Poèmes, 1945-1967 de Alain Bosquet




Toute la vie on a mangé le pain d'urine/ et à chaque repas on a bu les insultes/ du vieux patron. Toute la vie on a plaidé/ pour un coin de soleil sous les crachats du sort.
Toute la vie, comme une bête, on a tondu/ son âme osseuse : et pas de laine sur le dos !/ Toute la vie on a lavé les chiens, la banque/ les orgueils en plastique. A 50 ans, fini :
on sait que la raison est la pire salope. / On vole un revolver, on tire dans le tas : / fabricants, boulangers, infirmières, touristes,/
puis on abat aussi sa femme et ses enfants/ car si toute la vie on a rampé sous soi,/ par peur, on se choisit une mort collective.