Comme vous, Ben Tanaka est un asiatique américain et Loin d'Etre Parfait parle des problèmes liés à ses origines. Avez vous éprouvé le besoin de finalement traiter cette question après l'avoir esquivé dans vos premiers travaux ?
Pour commencer je n'ai pas esquivé sciemment la question de la race dans mes travaux précédents. En fait j'ai même été surpris quand les journalistes ont commencé à me demander pourquoi j'avais évité d'en parler. Je n'ai pas été élevé dans l'idée qu'un artiste appartenant à une minorité devait forcément en faire le thème central de son art. Mais finalement, l'idée d'aborder de telles questions est devenue une sorte de challenge que j'ai voulu relever.
Les critiques s'accordent sur le fait que votre personnage Ben Tanaka est un con. Avez-vous consciemment créé un personnage antipathique ?
Mais pas du tout ! J'ai manifestement mal évalué la réaction des gens. J'avais bien conscience de ne pas créer un personnage sympathique comme E.T mais je n'étais pas du tout préparé à ce qu'il provoque un tel rejet. Dans mon esprit c'était un personnage avec des défauts, quelqu'un de difficile mais , surtout quand on pense à nos medias actuels ( pour ne rien dire du monde réel) je ne pensais pas qu'il passerait pour quelqu'un d'aussi horrible.
Mais vous avez absolument raison, les critiques sont presque unanimes c'était donc une fausse idée de ma part...
On compare souvent vos travaux à ceux de romanciers comme Raymond Carver ou John Fante. Pouvez-vous nous parler de vos influences ?
Je suis toujours réticent à répondre à ce genre de questions parce que je vais inévitablement faire référence à des auteurs si brillants et tellement plus talentueux que moi que la moindre comparaison paraîtrait un peu arrogante.
Vous avez toujours été influencé par des gens comme Daniel Clowes ou les frères Hernandez mais vous vous inspirez seulement de leur veine réaliste, jamais de leur dimension surréaliste. Vos travaux sont d'ailleurs plutôt des exercices minimalistes. Vous n'êtes jamais tenté de tout envoyer valdinguer pour raconter des histoires de robots et de ninjas ? Honnêtement non mais on m'a posé tellement de fois ce genre de questions qu'il est clair qu'on aimerait que je réponde oui. Pourtant je vous garantis que si beaucoup de gens sont séduits par cette idée au départ ils seraient bien déçus par le résultat.
La bédé américaine indépendante est souvent d'un style très sobre (je pense à Seth ou Joe Matt, comment l'expliquez-vous ?. Je ne suis pas sur de saisir ce que vous entendez par « sobre ». Je trouve que les bédés de Joe Matt sont vraiment extravagantes et drôles. Mais peut-être faîtes-vous allusion à une réaction inconsciente des auteurs alternatifs qui tentent de se différencier des auteurs plus populaires. En tout cas, si vous étiez déjà allé à un festival de bd indépendant, vous auriez une autres image de notre nature "sobre" !
Vous serez à Angoulême cette semaine. J'ai toujours pensé que vous deviez aimé des auteurs comme Hergé et la ligne claire. Y a-t-il d'autres auteurs français ou belges qui vous plaisent ?
Il faudrait être complètement aveugle quand on est dessinateur pour ne pas apprécier le travail des auteurs français et belges.
J'ai lu beaucoup de bédés populaires, Belges comme françaises quand j'étais jeune et je suis certain que cela a beaucoup influencé mon travail.
Je suis aussi très fan de la nouvelle génération, il y a une aisance et une facilité avec le support qui ne peut provenir que d'une culture qui respecte et nourrit l'art de la bédé depuis longtemps.
Adrian Tomine, Loin d'être parfait, Editions Delcourt, 2008.
Propos recueillis par Daniel de Almeida.
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