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Tristan Garcia contextualise tout (dates, lieux) et laisse penser que son récit est un compte-rendu de la réalité. On s'amuse alors à chercher qui se situe derrière la figure de Jean-Michel Leibowitz, intellectuel d'extrême gauche devenu pourfendeur de la décadence et l'on pense à Alain Finkielkraut ou André Glucksmann. William Miller, figure du milieu homosexuel, écrivain underground prônant le barebacking (le sexe sans préservatif) laisse suggérer Guillaume Dustan. L'auteur met cependant en garde sur les ressemblances fortuites entre les héros et la réalité. Il écrit que si le lecteur reconnaît des personnes réelles « c'est simplement parce que, plongés dans des situations comparables, personnes et personnages n'agissent pas autrement ».
Fiction du réel
La Meilleure part des hommes s'inscrit aussi dans la suite des romans d'Hervé Guibert tant au niveau des thèmes abordés (le Sida, l'amitié ambiguë) que dans la précision de la narration. Tristan Garcia soulève la question de l'autofiction, en en rejetant la qualification : « c'était devenu un style, le style : tant que je parle, j'ai raison, je peux mentir ou j'ai rien à dire, j'ai raison - j'ai la parole, et ça s'appelle un livre (...) Ce qui veut dire qu'il n'y a pas d'histoire, il y a un discours. C'est quelqu'un qui parle, et on le regarde parler. Bon. O.K, qui parle ? »
Et qui écrit ? Tristan Garcia, né en 1981, soit vingt ans de moins que ses personnages. À défaut d'avoir vécu l'époque qu'il décrit, il l'esthétise et la transforme en une période de violence sublimée. Il crée la fiction d'une réalité (non vécue), celle de la « Grande Joie » du début des années quatre-vingt et de la gueule de bois qui l'a suivi. William Miller, fabuleux et pernicieux trublion s'enferme dans une illusion, celle du libertaire hypersexuel, pour quitter sa vie anodine. Comme tout mythe, celui-ci s'effondre et il meurt « plutôt anodin », rattrapé par la pire des réalités, le Sida.
À l'image d'un Michel Houellebecq, Tristan Garcia fait incarner à chacun de ses personnages un concept de son temps : le désenchantement de la pensée critique pour Jean-Michel Leibowitz, l'échec de l'activisme pour Dominique Rossi... Le tout orchestré par la narration désabusée d'Elizabeth, seule femme du récit. En tournant autour des codes de la fiction, Tristan Garcia analyse « cette vieille canaille d'époque » dont parlait Guy Debord, décrit la brutalité des rapports humains et cherche désespérément la meilleure part des hommes.
Tristan Garcia, La Meilleure part des hommes, Gallimard, septembre 2008.
Clément Ghys
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