Le premier principe, le second principe de Serge Bramly




Elle n'était pas encore morte.

Elle ne pouvait bouger les yeux ni remuer les membres, sinon de façon spasmodique, mais une partie de son cerveau demeurait en activité, où des images, des sensations, des impressions passaient au ralenti, dans une sorte de brume, sans qu'elle pût en dire la source ni les relier l'une à l'autre.

Elle n'avait pas mal cependant. Oppressée, oui ; quelque chose lui écrasait la poitrine à la façon de ce corset qu'elle avait dû mettre un soir pour un bal costumé, dont on serrait les lacets dans son dos par à-coups, une main contre ses reins, en l'obligeant à chaque fois à rentrer le ventre et tenir sa respiration. Cela l'étouffait jusqu'à la nausée, mais elle ne ressentait pas de douleur particulière, son corps ne lui envoyait aucun signal qui pût lui faire penser qu'elle s'était cassé une jambe ou blessée au visage ou même écorché un coude. De sorte qu'une de ses premières pensées cohérentes fut de demander combien de temps il allait lui falloir pour récupérer du choc qui l'avait étourdie, et se lever, et rentrer chez elle.