A l'estomac de Chuck Palahniuk



Critique

Note du livre Ego tripes

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Ego tripes



Quand Chuck Palahniuk enferme une vingtaine d'écrivains dans un souterrain ça ne donne pas une pénible méditation sur le processus créatif mais une excellente farce burlesque et outrancière.

Le dernier Palahniuk s'appelle donc A l'estomac. Il aurait du s'appeler Hanté, ou Possédé, ou tout autre synonyme, plus court, plus brutal. Le titre français fait penser à une traduction d'une mauvaise nouvelle d'Ernest Hemingway, une de ces histoires de rédemption moyenne qui se passerait sur un ring oublié de l'Espagne ou de l'est du Pécos, une histoire d'hommes sensibles et meurtris.
Sauf que le dernier Chuck Palahniuk c'est tout simplement le contraire. C'est l'histoire d'une bande d'écrivains égotiques qui se constitue dans l'idéal d'une hostilité : partis en retraite pour écrire leur chef d'oeuvre, ils se retrouvent enfermés dans un théatre souterrain, sans espoir de sortie.
Devenus prisonniers volontaires de cet enfermement, ils livrent chacun leur tour le traumatisme initial marquant leur entrée dans la fiction. Leur récit collectif, c'est une création qui s'exprime a la première personne du pluriel et met épisodiquement sur le devant de la scène un de ses membres ; comme dans un groupe de parole, ou plutot comme sur les planches d'une stand up comedy, chacun des membres progresse tour a tour dans l'horreur, dans la folie, repoussant les frontières du sordide à la manière des comiques américains qui se refilent des blagues obscènes avant d'entrer sur scène.

"J'aurais préféré qu'elle soit morte"

Cette obscénité dégradante, source de comique la-bas, source de malaise pour le lecteur-spectateur est une partie de la farce en soi. L'attrait pour le morbide ne parvient pourtant jamais a égaler le penchant burlesque de l'ensemble, la trace d'une folie collective qui plane sur tout le texte parvenant à subsister aux outrances monstrueuses des protagonistes.
La galerie des horreurs dépeinte dans la collectivité est telle, qu'on sent un moment que Palahniuk va se planter, nous laisser une fois de plus au coeur d'un de ces romans où le personnage principal est un romancier qui décrit son processus d'écriture, au milieu d'un jeu gore qui n'a pas plus d'intérêt que le démontage de sa propre cuisine interne.
Palahniuk parvient a désamorcer ces craintes en utilisant cette image et en faisant progresser l'obsession de célébrité du groupe qui constitue un repoussoir à identification. Ceux qui sont enfermés dans le théatre possèdent en majorité des bonnes histoires, mais n'ont aucun moyen de s'en sortir. C'est aussi un monde incompréhensible où ceux qui s'en sortent n'ont plus rien à dire. Une phrase echappée du livre, de la bouche de la mère d'une enfant disparue : "J'aurais préféré qu elle soit morte".
L'incarnation de cette sitcom, balancée comme un reality show en aveugle, est malheureuse, bien entendue. Le titre français a un mérite, il nous avertit : C'est effectivement l'estomac bien accroché que se fait la visite de ce freak show, un solide paquet de nerfs, de sang et de tripes attendant ceux qui chercheront la clef de cette parade sauvage.

Alex Le 05 février 2009







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