L'Empire de la morale de Christophe Donner



Critique Lecteurs Votre note

Editeur : LGF  Année : 2001   Genre : Roman



" Je sais aujourd'hui que mes parents n'ont été pour moi que des pièges. Sous les visages de la psychanalyse et du communisme, ils formaient les deux pans du même gouffre. " C. D. Le narrateur, un adolescent surdoué et névrosé, en proie à des hallucinations, doit être interné dans un centre spécialisé. Comment en est-il arrivé là ? Entre un père disciple de Marx et une mère adepte de Freud, notre héros subit une double violence, grandit dans une double imposture, contre lesquelles il va finir par se révolter, sous peine d'y laisser sa peau. Voyage au cœur de la souffrance, " roman familial " à la portée universelle, où l'on trouve de la drôlerie et de la sauvagerie, L'Empire de la morale est un livre dérangeant dont on ne sort pas indemne. Mieux qu'un pamphlet, c'est la confession d'un homme qui a échappé au gaufrier de métal familial pour s'élaborer lui-même. L'émouvant portrait d'un rescapé.

Cet ouvrage a reçu le prix de Flore en 2001.


jmlire  le 12 Août 2009 à 18:08  

" On n'était plus que trois ou quatre autour de la table. La fenêtre de la chambre de Lilas était ouverte. Toujours pas de lumière, rien. Il devait être 4 heures du matin lorsqu'il s'est passé une chose très douce : le père de Lilas a fredonné la chanson qu'il était en train d'écrire ces jours-ci. La chanson était triste, c'était une histoire d'amour, un type qui revoit la fille qu'il a aimée après plusieurs années, elle a changé, elle a du fric, elle ne dit plus aux copains ça va ça vient, elle est toujours aussi jolie, sauf le coeur. Voilà l'histoire. Jacky la chantait en me regardant, en s'appuyant sur moi, comme pour me l'apprendre, mais c'était plus ça, c'était pour me parler des femmes, son petit brin de Lilas était devenue une femme parmi toutes les femmes, et nous, pauvres de nous, toujours des chiens lépreux d'Afrique, au regard noyé... Je me souviendrai toujours de cette chanson en train de faire son chemin entre les mots, la mélodie, encore un verre, il la reprenait, jusqu'à ce que ce soit ça, parce qu'il n'y avait rien de mieux à dire. Quand il l'a chantée pour finir, c'était comme un chagrin, toutes les chansons sont des chagrins, quand on y pense, tous les malheureux écrivent des chansons, ils marchent, la tête baissée, on croit qu'ils comptent leurs pas, mais ce sont des rimes, la cadence, le pourquoi, comment ça finit, dès qu'ils ont le refrain ça va ça vient, ça va déja mieux.
Jacky était encore meilleur chanteur que je ne le pensais, ou alors c'était l'homme avec son chagrin, et non plus le chanteur, que j'aimais à présent, pour toujours.
Je suis remonté dans la chambre de lilas, saoul, je me suis couché dans son lit. Elle était plus jolie que jamais, son odeur..."

Christophe Donner : extrait de L'empire de la morale , Grasset, 2001

jmlire  le 12 Août 2009 à 18:08  

" On n'était plus que trois ou quatre autour de la table. La fenêtre de la chambre de Lilas était ouverte. Toujours pas de lumière, rien. Il devait être 4 heures du matin lorsqu'il s'est passé une chose très douce : le père de Lilas a fredonné la chanson qu'il était en train d'écrire ces jours-ci. La chanson était triste, c'était une histoire d'amour, un type qui revoit la fille qu'il a aimée après plusieurs années, elle a changé, elle a du fric, elle ne dit plus aux copains ça va ça vient, elle est toujours aussi jolie, sauf le coeur. Voilà l'histoire. Jacky la chantait en me regardant, en s'appuyant sur moi, comme pour me l'apprendre, mais c'était plus ça, c'était pour me parler des femmes, son petit brin de Lilas était devenue une femme parmi toutes les femmes, et nous, pauvres de nous, toujours des chiens lépreux d'Afrique, au regard noyé... Je me souviendrai toujours de cette chanson en train de faire son chemin entre les mots, la mélodie, encore un verre, il la reprenait, jusqu'à ce que ce soit ça, parce qu'il n'y avait rien de mieux à dire. Quand il l'a chantée pour finir, c'était comme un chagrin, toutes les chansons sont des chagrins, quand on y pense, tous les malheureux écrivent des chansons, ils marchent, la tête baissée, on croit qu'ils comptent leurs pas, mais ce sont des rimes, la cadence, le pourquoi, comment ça finit, dès qu'ils ont le refrain ça va ça vient, ça va déja mieux.
Jacky était encore meilleur chanteur que je ne le pensais, ou alors c'était l'homme avec son chagrin, et non plus le chanteur, que j'aimais à présent, pour toujours.
Je suis remonté dans la chambre de lilas, saoul, je me suis couché dans son lit. Elle était plus jolie que jamais, son odeur..."

Christophe Donner : extrait de L'empire de la morale , Grasset, 2001






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