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Sanglante miniature
Directement inscrit au programme de la rentrée littéraire, il n’y avait que l’iconoclaste Céline Minard pour nous offrir un roman de 103 pages (exactement) respectant à la lettre les idiomes du « vyeu françois » tout en affichant un titre… en anglais ! Et pourtant, impossible de mieux respecter la langue française.
Par le biais du récit qu’en fait un simple clerc, ce quatrième roman de la française narre l’histoire d’une petite ville de la Haute-Marne en 1437. En proie aux assauts incessant d’un seigneur nommé Bastard de Bourbon, la ville de Chaumont devra son salut à l’intervention d’un bien curieux allié. Un personnage aux techniques de combats alors inconnues, qui s’avèrent en fait être une femme d’origine asiatique. Celle-ci enseignera aux habitants les subtilités du combat rapproché, de l’espionnage et des arts martiaux, permettant ainsi aux villageois de résister à leur bourreau dans une furia sanglante etbelliciste digne d’un Takeshi Kitano ou d’un Quentin Tarantino.
La langue et le sabre
S’il semble mince, Bastard Battle n’en est pas moins dense. Le dernier né de la gamine Minard est même d’une ambition qui ne dit pas son nom. Savant mix d’imagerie et d’énergie manga, de film de sabre et de poésie médiévale, Bastard Battle s’impose une fois encore par sa langue. Céline Minard aime écrire et cela se sent. De fait, le roman à beau être fin, on ne le lit pas d’une traite. La richesse de la langue ne s’apprivoise pas immédiatement et les images que l’auteur fait naître grâce à son style extrêmement cinématique sont, en l’occurrence, d’une grande aide pour suivre le déroulement du récit.
C’est aussi tout le paradoxe de roman qui n’en est pas à une extravagance près : proposer une lisibilité par delà les mots à un lectorat contemporain peu au fait du parler de l’époque (et en ce sens, Minard excelle et a du faire un gros travail de recherche), tout en mêlant fantasy et roman historique, sans pour autant complètement basculer dans l’uchronie.
La bienfaisante jouissance de la violence
Que les plus craintifs se rassurent, Bastard Battle reste avant tout une grande aventure. Une aventure littéraire (gager que vous ne vous amuserez pas si souvent à lire un roman écrit en langue du moyen âge) et une équipé violente mais aussi profondément jouissive. On sent derrière ce court texte, tout le plaisir que l’auteur à éprouvé en faisant communier des époques, qui, si elles sont éloignés dans le temps, ne le sont finalement pas tant que ça dans la philosophie et la morale.
En ce sens, les amateurs de cinéma asiatique et en particulier de films de sabres hong-kongais ou japonais, et ceux qui préfèrent les romans ou les films d’action, n’auront aucun mal à imaginer les protagoniste de ce furieux livre en action. Et c’est cette vivacité, ce vitalisme qui anime la langue de Céline Minard comme ces personnages, qui séduit tant ses adeptes et trouble très certainement les autres. A ce titre, ces détracteurs devraient prendre garde, après la lecture de Bastard Battle certains de ses admirateurs pourraient bien décider de les passer par le sabre, morbleu !
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