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Je suis un peu à la traîne sur Amélie Nothomb, voire carrément à la ramasse, je l'avoue, n'ayant lu (il y a une éternité) que l'Hygiène de l'Assassin (pas mal) et Stupeur et Tremblements. C'est d'ailleurs un peu pour ça que je m'y suis remis.
Présenté comme une sorte de suite ou de prolongement naturel de son best-seller japonais (Nothomb qui travaille dans une entreprise nippone, travaille et travaille encore), Ni d'Eve, ni d'Adam promettait de ne pas être trop dur à suivre pour moi qui était resté scotché sur cet univers de salary men dégradés et dégradants. Après 252 pages de lecture en vitesse supersonique (on lit du Nothomb aussi vite que du Lévy, mais pour un plaisir beaucoup plus intense et des raisons différentes), Ni d'Eve, ni d'Adam me semble être un bon livre de comédie, un équivalent littéraire de ces comédies américaines avec Robert de Niro ou Steve Martin en beau-papa, Ben Stiller en fiancé et une next-door-girl en guise de jeune fille à séduire, qui vous donnent le sourire l'espace d'une heure ou deux, jusqu'à vous donner envie de voir (ou de lire) la suite, la resuite et la ratasuite.
L'intrigue de ce roman, dans lequel les dialogues occupent une bonne moitié de l'espace disponible, léger comme une plume et qui se digère assez facilement tant Nothomb est économe de moyens, est réduite à sa plus simple expression, comme dans les bons scénarios de Capra : une fille (Nothomb ou son double) tente de nouer une liaison avec un Japonais qui a la loose. Son soupirant (et vice-versa) s'appelle Rinri et est son élève. La jeune Belge lui donne des cours et tombe peu à peu sous le charme. Le tout est émaillé de scènes auxquelles on s'attend dès que s'amorce la romance et qui sont EXACTEMENT racontées comme on les aurait imaginées : rencontre avec la belle-famille, anti-héroïsme, quelques vacheries, incompréhensions sur les codes amoureux, échec final, quiproquos de boulevard...
Ce qui fonctionne bien ici, c'est évidemment la capacité du lecteur à se nicher sans trop d'efforts dans une littérature composée de "schèmes" conformes aux attentes (qu'il ne faut pas confondre avec des clichés, bien qu'ils s'en rapprochent parfois). On peut trouver ça facile, mais Nothomb fait ça à la perfection et, si l'on reprend l'image des comédies américaines, on sait bien que l'exercice est particulièrement ardu. L'équilibre est ici atteint entre la légèreté, l'effet comique et un certain sens de l'absurde, qui situe le travail de Nothomb infiniment plus haut dans la grande chaîne (alimentaire) littéraire que notre ami le Hérisson.
La langue elle-même résonne comme une sorte de "ligne claire" romanesque, une ligne à la fois limpide et débarrassée de ses détours descriptifs, une ligne qui comme le trait d'Hergé fonctionne sur la répétition de codes partagés par la foule des lecteurs, de prises de distance infimes par rapport à ceux-ci, de clins d'oeil et d'images référentielles. La question ne se pose plus à ce stade de savoir si les livres de Nothomb sont pauvres ou riches, s'ils sont satisfaisants ou non, s'ils comptent pour des prunes ou des nèfles, si l'un est meilleur que l'autre. Entre eux, ils se répondent et comblent un infini besoin de connivence et de réconfort. Ni d'Eve, ni d'Adam n'est pas un roman passionnant, pas un roman bouleversant, mais c'est un bon roman, dont la saveur et la justesse de ton sont bonifiées par la situation dans une série (qu'on n'ira pas jusqu'à appeler une oeuvre).
Il n'y a rien qui ressemble plus à un shoot qu'un autre shoot, non ? En créant son propre genre, mi-exotique, mi-comique, mi-conte philosophique, Nothomb semble avoir gagné à vie un droit de suite sur le succès qui est à la fois mérité et incontestable.
Myosotis
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